Découvrez ce tableau exceptionnel rapatrié en Normandie pour les 150 ans de l'impressionnisme

À l'occasion du 150e anniversaire de l'impressionnisme, le musée d'art et d'histoire Baron-Gérard de Bayeux peut s'enorgueillir de faire découvrir au public une œuvre exceptionnelle, prêtée par le Musée d'Orsay. Il s'agit d'une toile de Georges Seurat intitulée "Port-en-Bessin, avant-port, marée haute". Peint en 1888, le tableau est visible jusqu'au 23 juin.

Il est arrivé le 30 mars 2024 au musée Baron-Gérard de Bayeux et est déjà en bonne place dans la salle du 19e siècle au côté de trois autres toiles signées Gustave Caillebotte et Henri-Edmond Cross.

Intitulé "Port-en-bessin, avant-port, marée haute", le tableau de Georges Seurat a été prêté jusqu'au 23 juin par le Musée d'Orsay.

Un prêt exceptionnel du Musée d'Orsay

Comme une impression de chambardement, le musée d'Orsay est en ébullition. Des Monet, des Degas, des Renoirs, des Cézanne et tant d'autres grands noms. Dans le cadre d'une sensibilisation sur tout le territoire national, 178 œuvres mythiques de ce mouvement pictural révolutionnaire qu'est l'impressionnisme partent dans 34 musées régionaux. Pour la Normandie, direction Bayeux !...

L'œuvre prêtée arrive en toute confidentialité sous haute escorte. C'est une huile sur toile de Georges Seurat estimée à près de 33 millions d'euros.

"C'est un tableau magnifique", s'exclame une conservatrice d'Orsay. Magnifique jusqu'à la bordure !" Le régisseur précise que Seurat avait pour habitude de réaliser la toile dans son entièreté et de tout peindre, y compris le cadre.

La spécificité de Seurat, c'est aussi de fabriquer le cadre et de prolonger la toile dessus, c'est une oeuvre totale.

Candice Brunerie, régisseur du musée d'Orsay

"Port-en-Bessin, avant-port, marée haute", tel est l'intitulé de cette œuvre peinte en 1888 par Georges Seurat. Ce prêt exceptionnel au Musée de Bayeux sonne comme un retour aux sources. Car le peintre vient régulièrement dans ce port de pêche du Bessin pour "se laver l'œil des jours d'ateliers parisiens et aussi traduire le plus exactement la vive clarté avec toutes ses nuances", écrivait-il.

Le Bessin, une source d'inspiration pour les maîtres 

Port-en-Bessin, depuis les falaises de Huppain ou depuis les quais, Georges Seurat peint les ballets des bateaux à voiles, l'architecture de la toute récente halle aux poissons, l'avant-port. La petite ville côtière devient son objet d'études à travers six tableaux. 

Le regard aiguisé, la conservatrice regarde à la loupe si on voit bien les craquelures signalées sur le constat d'état. Le régisseur précise qu'il existe effectivement une craquelure sur la toile mais qu'elle n'est pas nouvelle :

"Suivant les conditions dans lesquelles on fait le constat, on voit les choses différemment. Et puis c'est bien d'avoir un nouveau regard. C'est une technique qui peut être assez en relief donc assez fragile quand même pour les transports très sensibles."

Une technique atypique

L'œuvre de Seurat est atypique. Sa technique pointilliste s'inspire de la physique, de la chromatique et de l'optique. 

La directrice du Musée Baron-Gérard de Bayeux indique que sa technique est tout simplement une juxtaposition de petites touches sous la forme de petits points les uns à côté des autres et pas les uns sur les autres.

Quand vous regardez l'oeuvre de prêt, effectivement, vous ne voyez que des petits points, vous ne voyez pas le sujet. Et quand vous vous reculez, le cerveau assure la synthèse, retraduit l'image vers votre oeil et voit effectivement le paysage tel qu'il l'a conçu.

Dominique Hérouard, directrice du musée Baron-Gérard à Bayeux

Avec cette technique, Georges Seurat ouvre la voie du néo-impressionnisme. Soutenu par son ami Paul Signac et le critique d'art Félix Fénéon, l'accueil restera mitigé de son vivant avant de devenir une référence plusieurs années après sa disparition.