Aéroport Caen-Carpiquet : "Il faut surtout des pistes de réflexion pour limiter le trafic aérien"

Deux jours après la réouverture de l'aéroport Caen-Carpiquet, trois associations, Acapacc, Extinction Rebellion et Alternatiba se sont mobilisées ce samedi pour dénoncer l'impact environnemental de l'avion. Ils espèrent également mettre cette question au cœur du débat public lors des prochaines élections européennes et municipales.

"L'aéroport vient de rouvrir. Nous aussi, nous voulons lui faire sa fête", ironise Pascal Goudreau de l'Acapacc, l'association caennaise qui a vu le jour en 2019, au moment du débat sur l'allongement de la piste de l'aéroport. Projet qui a d'ailleurs été abandonné.

Chiffres à l'appui, ils veulent sensibiliser les voyageurs. "La majorité des Français·es ne prennent jamais, ou presque jamais, l’avion. Selon l’association The Shift project, alors que l’avion ne représente que 7 % des voyages des Français, il pèse plus de 50 % des émissions de CO2 liées aux déplacements".

Nous ne sommes pas contre l'avion mais ce secteur doit prendre sa part et réduire ses émissions de gaz à effet de serre, pour respecter l'Accord de Paris. Il faut réduire le trafic et non le développer, comme ici à Caen.

Pascal Gourdeau, militant à l'Acapacc

La meilleure piste ? Le plafonnement 

La compensation carbone ? "C'est du greenwashing" explique Pascal Gourdeau. "Le secteur aérien finance des projets censés baisser les émissions ailleurs, mais c'est complètement décalé. Un arbre planté met 10 à 20 ans avant de commencer à vraiment capter du CO2. C'est aujourd'hui qu'il faut réduire les émissions."

Pour le collectif, la solution existe. La réduction progressive du trafic. Les militants regardent de près les mesures prises aux Pays-Bas. À l’aéroport Amsterdam-Schiphol, l’un des plus fréquentés d’Europe, le gouvernement a en effet décidé de réduire les vols et d'instaurer un couvre-feu. Le trafic ne peut donc plus dépasser 440.000 rotations par an, soit une baisse de 12 % par rapport à 2019.

Par ailleurs, des tribunes fleurissent. Des collectifs et des manifestations s'organisent dans toute l'Europe, à Paris, Londres, Madrid, Francfort pour réclamer aux gouvernements de prendre des mesures similaires. 

Le plafonnement doit faire partie du débat public, surtout à la veille des élections européennes. C'est un enjeu majeur car cela concerne la pollution de l'air, les nuisances sonores, l'impact sur la santé. Il faut aussi en parler, ici, lors des prochaines élections municipales. Caen-La-Mer investit pour cet aéroport.

Pascal Gaudreau, militant à l'Acapacc

"Nous ne restons pas les bras croisés" répond la direction de l'aéroport

Même si le nombre de passagers a augmenté de 9% rapport à 2019, soit 329 632 passagers commerciaux, la directrice de l'aéroport Caen-Carpiquet tient à nuancer. 

"Caen-Carpiquet est un aéroport régional. Notre volume de trafic est cohérent avec la dimension du territoire. Nous ne sommes pas à Nantes, ici. Nous n'avons pas d'activités la nuit par exemple. On connaît bien les enjeux de décarbonisation et nous faisons notre possible.

La filière aéronautique est en plein mouvement. Les compagnies doivent évoluer sur la fabrication des avions et sur les carburants décarbonés. Nous aussi, nous voulons accueillir des avions plus verts. Mais cela prend du temps." explique Maryline Haize-Hagron, la directrice de l'aéroport.

Elle rappelle d'ailleurs leur passage "au tout électrique" pour les équipements et engins, amenés à rouler sur la piste. "Nous sommes attentifs à la préservation des espèces. Nous travaillons avec des associations pour protéger les 230 espèces de la faune et la flore, présentes sur l'aéroport. Nous contribuons aux enjeux de demain."