Caen : une projection du film “J'accuse” de Polanski annulée à la fac

Des militants féministes protestent contre la diffusion du film "J'accuse" de Polanski, accusé de viol, à la fac de Caen, mardi 19 novembre 2019 / © Collectif Rugir Caen
Des militants féministes protestent contre la diffusion du film "J'accuse" de Polanski, accusé de viol, à la fac de Caen, mardi 19 novembre 2019 / © Collectif Rugir Caen

Mardi soir, une vingtaine de personnes ont bloqué l'accès à l'amphithéâtre Pierre Daure de l'Université de Caen pour protester contre la diffusion du dernier film de Roman Polanski, accusé de viol.

Par Elise Koutnouyan

"Polanski violeur, cinéma coupable, public complice", ont clamé mardi soir des militants féministes, bloquant l'accès de l'amphithéâtre Pierre Daure de la faculté de Caen aux alentours de 19 heures. La projection du film "J'accuse" de Roman Polanski, prévue à 20 heures, a été annulée.

"C'était symbolique pour nous de faire cette action dans l'université, surtout que cet amphi peut accueillir jusqu'à 600 personnes, explique Léa, étudiante en histoire, qui a participé à l'action. On veut alerter le public que, quand il va voir ce film, il va voir un réalisateur accalmé par le cinéma français, mais qui a été condamné pour des faits de pédophilie et de viol par la justice [américaine, en 1978, NDLR]. " 
 

Une vingtaine de personnes, issues notamment du collectif féministe Tadam et du syndicat SL Caen Solidaires Etudiant-e-s, ont déployé des banderoles et scandé : "Si violer est un art, donner à Polanski, tous les césars", ou encore "Nous sommes fortes, nous sommes fières, queer, féministes, radicales et en colère". 

Depuis sa sortie, plusieurs manifestations dans des salles de cinéma en France ont empêché la diffusion du film, dont le réalisateur franco-polonais est sous le coup de plusieurs accusations d'agression sexuelle. La dernière en date remonte au 8 novembre, quand la photographe française Valentine Monnier a accusé dans Le Parisien Roman Polanski de l'avoir violée en 1975, à l’âge de 18 ans.


Une "oeuvre collective" pour le LUX

Gautier Labrusse, le directeur du cinéma associatif Lux et co-organisateur de cette soirée-débat, regrette cette annulation, mais affirme à France 3 Normandie qu'"il était préférable d'en rester là et d'éviter une bagarre entre ceux qui voulaient voir le film et les militants issus en partie des mouvements LGBT qui bloquaient les portes. C'est très étonnant car ce sont des gens avec qui nous avons l'habitude de travailler."

Plus tard dans la soirée, le cinéma Lux a publié un communiqué de presse réaffirmant "son choix d'avoir programmé J'accuse, une oeuvre historique magistrale, unanimement saluée par la critique et récompensée à la Mostra de Venise. Et Si l'homme est, certes, indissociable du film qu'il a signé, il faut rappeler que c'est une oeuvre collective qui n'est pas que celle de son réalisateur et engage aussi ses comédiens, scénaristes, techniciens (...)".
 

Si le LUX n'est ni directeur de consciences, ni un tribunal, il soutient avec force toutes les victimes de violences morales, physiques et sexuelles, ajoute le directeur Gautier Labrusse.


450 personnes avaient réservé leur place pour assister à la séance suivie d'un débat en présence de l'historien Benoit Marpeau, maître de conférence en histoire contemporaine et auteur du livre "L'affaire Dreyfus" aux éditions Ellipses. Les séances dans les cinémas de la ville sont pour l'heure maintenues.
 

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