Conséquence de la grève : une affaire jugée sans avocat à Caen

Photo d'illustration / © Faustine Mauerhan-maxppp
Photo d'illustration / © Faustine Mauerhan-maxppp

L'incident s'est passé ce mercredi 12 février au Tribunal administratif de Caen. Des avocats sont révoltés de voir des magistrats "outrepasser le droit de la défense" en négligeant le report d'audience lié à la grève des avocats. Du jamais vu qui vient souffler sur les braises de la colère. 

Par Alexandra Huctin

"On a fait venir un huissier pour constater l'état de l'audience, c'est grave", affirme Cindy Boidevin, avocat à Caen. Depuis le début de la matinée, le président enchaîne les affaires inscrites au rôle sans tenir compte de la grève des avocats.
La bienséance voudrait que pour respecter leur droit de grève, l'audience soit systématiquement reportée si les avocats du dossiers sont grévistes. 
"C'est comme ça que ça se passe depuis le début et c'est normal. En France, le droit de la défense s'exprime jusqu'à l'audience !", poursuit Cindy Boidevin. 
 

Après 6 semaines de grève


Il faut dire qu'après 6 semaines de grève ( les avocats luttent contre la réforme de leur régime de retraite depuis le 6 janvier), les dossiers commencent à s'accumuler aux greffes et dans les tiroirs des tribunaux.

Ce 12 février, les 3 magistrats qui officient pour le tribunal administratif ont donc décidé de ne pas en tenir compte. Après la prise de parole des bâtonniers qui expliquaient la situation, les juges ont poursuivi l'audience en s'appuyant sur la lecture du ministère public et des conclusions des avocats.
"Ils ont jugé l'affaire avec les écrits et les conclusions écrites de chacun, sans tenir compte des exposés oraux. C'est incroyable. Du jamais vu pour nous. On ignore la procédure", poursuit l'avocate en colère, assurant que tous ses collègues présents sont dans le même état.


Tension au tribunal de Caen 


Dans la confusion, une cliente qui devait passer à la barre a explosé en larmes, son dossier c'est celui d'une maman endeuillée qui poursuit l'hôpital pour erreur médical. 

"Il lui a fallu supplier le président de reporter l'audience", raconte Cindy Boidevin, choquée d'une telle ambiance. "Juger sans sérénité, c'est déplorable." 

Pour le moment, à Caen, cette situation ne s'est produite qu'au Tribunal Administratif mais les avocats redoutent qu'elle ne s'étende aux autres tribunaux. Ils n'ont pas l'intention d'en rester là. 
 

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