Masques à l'école, mesures sanitaires : qu'en pensent les enfants ?

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Écrit par Pauline Latrouitte
Valentine, Louise, Louison et Jeanne apprécient de jouer sans masque et seront contentes de retourner à l'école vendredi.
Valentine, Louise, Louison et Jeanne apprécient de jouer sans masque et seront contentes de retourner à l'école vendredi. © Pauline Latrouitte

Les mesures sanitaires et les protocoles se sont enchaînés ces dernières semaines. Les enfants sont à leur tour touchés par l'épidémie. Quel est leur regard sur cette pandémie ? Comment font-ils face à la vague Omicron ?

Sur le chemin de l'école lundi matin, Louise, en CM1 et sa petite soeur Valentine, en CP, marchent avec entrain, dévoilant un très large sourire, juste avant de remettre leurs masques, à leur arrivée  "Aaaah, je suis vraiment contente de retourner à l'école" s'exclame Louise et ça sort du coeur.

Pendant les vacances de Noël, elles ont attrapé le virus et ont eu le droit à une semaine de congés en plus. "Bah non, ce n'était pas des vacances, on a fait l'école à la maison et franchement, je préfère être en classe pour apprendre et voir les copines." Valentine, sa petite soeur, acquiesce en rajoutant sourire en coin "Oui mais pour les maths, on avait le droit d'utiliser l'ordinateur de maman, et ça c'était chouette".

Elles ont donc eu le droit à leur lot de tests, 7 en un mois, "dont trois le même jour, précise Louise, un salivaire, un antigénique et un PCR. C'est vraiment désagréable. Je préférerais avoir un salivaire à chaque fois.

Les enfants ne sont pas épargnés comme lors des précédentes vagues. Il suffit de regarder ce tableau, publié par Covidtracker (selon les données de Santé Publique France).

En Normandie, selon les âges, le taux d'incidence oscille entre 2300 et 4028 pour 100 000 habitants, lors de la première semaine de janvier. 

Les tests ? Les nouveaux devoirs des enfants à la sortie de l'école

Et encore ce ne sont que les cas positifs. Avec les nouveaux protocoles sanitaires, peu d'enfants échappent au test nasal. En ce jour de grève, Louise et Valentine accueillent "sans masque" leurs voisines, Jeanne, en CM1, cas contact la semaine dernière et Louison en grande section de maternelle. 

"La semaine dernière, j'ai fait trois tests, dont un avec une piqûre dans le doigt, avant le vaccin et celui-là fait encore plus mal. Sur le coup, ce n'est pas agréable et puis ça passe. " explique Jeanne. Sa mère en était malade et culpabilisait d'infliger tout ça à sa fille, avant de reconnaître : "En fait, ils m'impressionnent. Je trouve qu'ils s'adaptent, peut-être plus que nous. Pour le dernier test, elle n'a pas rechigné à y aller. Elle a même donné des petits chocolats pour remercier la pharmacienne, qui enchaîne jusqu'à tard le soir ."  

"Les enfants râlent beaucoup moins que les parents", confirme Emilie Lammens, pédiatre à Saint-Contest, qui effectue parfois des dépistages dans son cabinet.

Tout dépend comment on leur présente les choses. J'ai tendance à dédramatiser en leur disant que ce n'est pas pire qu'un vaccin. La sensation de gêne ne dure pas. Mes enfants sont au collège et ils se font des autotests tous seuls, je n'ai plus besoin de leur dire. Ils ont intégré les consignes et gèrent plutôt bien, je trouve.

Emilie Lammens, pédiatre à Saint-Contest

Comment vont les enfants, psychologiquement ?

Jeanne, Louise et leur copine Eulalie, en CM2, répondent à cette question avec un grand sourire 

"Bien. Pourquoi ? Nous, on ne parle pas Covid dans la cour de récré. Cela ne change pas grand chose, à part qu'on se voit un peu moins. Nous ne sommes pas dans la même classe, donc on ne peut plus aller à la récré et à la cantine ensemble. C'est ça qui nous embête le plus."

Louise, Jeanne et Eulalie en CM1 et CM2

"Les enfants qui sont bien construits s'adaptent très bien et se montrent résilients. On le voit bien avec les masques, ils s'habituent en général. Je m'interroge plus sur les conséquences du Covid sur leur construction et leur sociabilité ", explique Marion Stévenot, psychologue-clinicienne au service de pédiatrie du CHU de Caen. 

Certains enfants passent à côté de certains rituels, des fêtes d'anniversaire ou des soirées entre copains pour les plus grands. "Ce n'est pas anodin, les enfants font AVEC certes, mais il n'empêche, ces moments festifs ne marquent pas cette temporalité dans leur histoire de vie". 

A l'âge de la découverte de l'autre et du partage, ils apprennent à ne pas prêter une gomme ou un stylo pour des raisons d'hygiène, à ne pas se faire des câlins entre eux.

Les enfants sont dans la spontanéité et nous sommes en train de casser cet élan de partage et de tendresse entre eux. Pour eux, le copain devient un danger. Quelle notion de l'autre vont-ils avoir plus tard ?

Marion Stévenot, psychologue-clinicienne au CHU de Caen

Marion Stévenot s'interroge aussi sur leur rapport à la "la Règle, avec un grand R, qui est muable et change tous les trois jours. Comment vont-ils intégrer et comprendre le respect des règles, quand c'est si changeant ?  Qu'est ce que ça va donner à l'adolescence ou à l'âge adulte sur la question du respect de la Loi ? "

Alors comment faire ? Tout est une question de balance. Les parents peuvent s'interroger sur ce qu'ils doivent laisser faire à leurs enfants ou non, au nom de la crise sanitaire. Et puis d'expliquer : "Cet élan qu'ils ont d'être aidant, social et dans le partage, c'est bien. C'est un peu bizarre, pour l'instant, on n'a pas le droit de faire certaines choses, comme les câlins mais pourtant, c'est bien. C'est important de remettre une normalité dans leurs émotions."

Dans son service, en pédiatrie, Marion Stévenot voit surtout des enfants qui ne vont pas bien. La plupart sont atteints de pathologies chroniques, qui pourraient être aggravées par le Covid. "Là l'enjeu n'est pas le même sur le port du masque et sur le dépistage. C'est très compliqué pour la famille et notamment la fratrie qui souffre d'anxiété extrême. Ils ont peur d'être celui qui pourrait contaminer le petit frère ou la petite soeur déjà malade et de le faire mourir. Le nombre d'enfants hospitalisés pour troubles psychosociaux, de mal-être, de troubles anorexiques, c'est exponentiel chez nous, depuis un an et demi."

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