Leur petit Maël meurt foudroyé par une leucémie : deux mamans font un tour de France à vélo pour ne pas sombrer

Aude Béhague et Solveig de La Hougue ont quitté Caen voilà un mois pour faire le tour de France à vélo. Un voyage à la fois thérapeutique et mémoriel pour ces deux mamans qui ont perdu leur petit garçon foudroyé par une leucémie.
 

Solveig de La Hougue et Aude Béhague ont entamé en février dernier un tour de France à vélo en mémoire de leur fils disparu
Solveig de La Hougue et Aude Béhague ont entamé en février dernier un tour de France à vélo en mémoire de leur fils disparu

"Hier, c'était une journée assez longue et à un moment, quand c'est dur, quand je suis à la limite physiquement, je me dis que ça ne sert à rien. On arrête. On rentre. De toute façon, il ne reviendra pas." Voilà un mois que Aude Béhague et sa compagne, Solveig de La Hougue, sont parties de Caen. Les deux jeunes femmes ont enfourché leur vélo pour entamer un tour de France. A l'avant du vélo de Solveig, telle une figure de proue, un doudou. Celui de Maël, leur petit garçon. Maël aurait soufflé ses deux bougies ce printemps.

Tout est allé très vite. En octobre dernier, les deux mamans reçoivent un premier "coup de massue". Le diagnostic tombe : leur petit garçon de 18 mois est atteint d'une leucémie extrêmement rare qui touche seulement entre cinq et dix enfants par an.

"Nos vies se sont arrêtées. On arrête tout et on se consacre à Maël. On essaye de rester positives, on pense à tous les moyens qui existent pour le soigner", raconte Solveig. Le moyen existe : une greffe de moëlle osseuse. Des examens sont en cours pour y parvenir quand brutalement, l'état de Maël se dégrade. "Et il est parti en deux jours."

Le doudou de Maël accompagne ses deux mamans dans leur tour de France
Le doudou de Maël accompagne ses deux mamans dans leur tour de France

Pour combler ce vide, ce "gouffre" selon les mots de Solveig, les deux jeunes femmes se raccrochent l'une à l'autre. "On ne faisait plus qu'un bloc. On ne s'est jamais laché et heureusement parce qu'on avait besoin l'une de l'autre pour tenir debout." Aude abonde : "Le vivre seule, je n'en aurais pas eu la force. Les jours où je voulais rester au lit, Solveig me disait : non, on se bouge, on se lève, on va s'entraîner."

Un projet "pour ne pas tomber"

Parties de Caen à la fin du mois de février, Solveig et Aude ont pris la direction du Cotentin avant de rallier la Bretagne. Les voilà maintenant pédalant sur les bords de Loire pour un voyage de 70 étapes, à raison de 100 à 150 kilomètres par jour. "Je ne suis pas une grande voyageuse", confie Aude, "On découvre plein de belles choses. Même si ce n'est pas le but." Face à "l'inconcevable", les deux mamans ont éprouvé très vite la nécessité de partir. "Après, on a essayé de construire quelque chose, d'avoir un projet un peu construit", indique Solveig, un projet "pour avancer et garder l'équilibre, pour ne pas tomber."

Leur petit Maël meurt foudroyé par une leucémie : deux mamans font un tour de France à vélo pour ne pas sombrer

Reportage de Florent Turpin, Carole Lefrançois, Franck Leroy, Thomas Tourbier et Xavier Gérard

En se lançant à corps perdus, sur les routes de France, les deux jeunes femmes voulaient tout d'abord honorer une promesse. "Quand on a arrêté de travailler pour s'occuper de Maël, notre famille a lancé une cagnotte pour nous aider. On s'est dit qu'une fois que Maël serait guéri, on irait remercier toutes les personnes qui avaient participé, toutes les personnes qui nous ont appelé et nous ont manifesté leur soutien", se souvient Aude. Maël disparu, cette idée est devenue comme une planche de salut pour ses deux mamans. Et plus encore.

"Il n'aimerait pas nous voir arrêter"

"C'est vrai que parfois, on se dit qu'on ne va pas y arriver. Mais l'instant d'après, on se dit qu'il faut continuer pour lui, qu'il n'aimerait pas nous voir arrêter." Si les deux mamans ont dû s'entraîner avant de se lancer dans ce périple, ce dernier est, pour ces deux anciennes joueuses de rubgy de haut niveau, plus difficile moralement que physiquement. "Il adorait le vélo. Il était trop petit pour en faire mais il avait eu une draisienne pour ses un an et il faisait pas mal de balades avec nous. On l'emmenait aussi chez la nounou à vélo.

Chacune a accroché à son guidon un album de photos de leur petit garçon. "On a choisi de le mettre au premier plan parce que tout le voyage est pour lui et on sait que dans des moments difficiles, il peut nous être d'un grand secours. Et c'est lui qui nous donne la force d'appuyer un peu plus fort ou de continuer quand parfois l'envie d'arrêter nous prend." Avec ces photos, Solveig et Aude ont en quelque sorte emmené leur fils avec elles. "On sait qu'il aurait aimé faire ce voyage."  

Sur les photos, Maël tout sourire. "Il était très joyeux, très ouvert" se souviennent ses mamans.
Sur les photos, Maël tout sourire. "Il était très joyeux, très ouvert" se souviennent ses mamans.

Pour ces deux mamans, ces photos sont aussi là pour témoigner, raconter au monde qui était Maël, un enfant "très joyeux, très ouvert, très curieux, très gourmand, très facile". Et très souriant. "C'est le rendre vivant que de le raconter, c'est honorer sa mémoire", confie Solveig, "On a énormément besoin de parler de lui. Dans nos têtes et dans nos coeurs, bien évidemment, il ne disparaîtra jamais mais c'est angoissant de se dire que les autres peuvent oublier."

Des vies semées d'embûches

Alors à chaque étape, Solveig et Aude racontent à leurs hôtes d'un soir leur petit garçon, les jours heureux passés ensemble et les moments plus douloureux. "On sent la bienveillance de toutes ces personnes, un peu de reconfort aussi. On a vu des personnes qui ont aussi vécu des choses difficiles dans leurs vies. On se rend compte que les vies de chacun sont semées d'embûches. Il y a deux jours, on était chez ma cousine qui a perdu son mari. Elle nous a raconté son deuil à elle et que le temps fait les choses. On prend un peu chez chacun."

Aude et Solveig
Aude et Solveig

Des rencontres qui sont autant d'étapes sur la route de leur voyage et peut-être d'une éventuelle guérison. "On a un peu perdu le goût de la vie et le sens des choses", explique Solveig, "parfois, je pense qu'il ne faut pas trop se poser de question, continuer à pédaler et on verra le résultat de ces efforts un peu plus tard. Je suis sûre que notre projet nous sera bénéfique." Pour le moment, pas question de penser au retour à la maison.

"J'ai l'impression que chaque jour, on prend ce qui vient. Et pourtant, ce n'est pas dans mon tempérament", confie Aude, "En fait, maintenant, c'est un besoin de prendre chaque rencontre, chaque moment, chaque paysage, chaque rayon de soleil, profiter de tout ce qui peut nous être offert et peut nous faire du bien.

 

Le portrait de Aude et Solveig est à retrouver mercredi 7 avril à 23h10 dans l'émission "Enquêtes de Région" sur France3 Normandie : Traumatismes, les chemins de la résilience

Au sommaire : rencontre avec Aude et Solveig qui ont entrepris un tour de France à vélo pour se relever de la disparition de leur petit garçon; Saint-Etienne-du Rouvray 5 ans après les attentats, une résilience collective; Portrait de Bernard Duval arrêté torturé et déporté par les nazis à 19 ans

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