Les fruits et légumes sont-ils des produits de luxe ?

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De nombreux Français affirment avoir largement réduit leur consommation de fruits et légumes alors que les prix s'envolent depuis quelques mois: + 9% en deux ans selon l’Insee.

Au marché de Caen, pour s’en sortir, vendeurs et consommateurs rivalisent d’imagination dans leurs démarches commerciales ou actes d’achat. 

Fruits et légumes de saison d’abord !

Bien sûr, le premier réflexe à avoir est d’acheter des légumes de saison. Tomates, courgettes, aubergines, concombres, salades, pommes de terre, haricots verts, pêches, prunes, fraises, melons, pastèques… Sur les étals de  la rue de Bayeux, de nombreux fruits et légumes sentent bon l’été.  Proposés pour la plupart en circuits courts par des producteurs locaux, ils supplantent la viande et équilibrent les budgets.   

Comparer les prix 

Nous avons rencontré un habitué du marché qui ne s’y trompe pas, il a ses petites habitudes auxquelles il ne déroge pas.  « J’achète le dimanche car c’est moins cher. La qualité est meilleure et il y a la quantité ! Les vendeurs étrangers sont plus intéressants » dit-il. « Je regarde le prix, mais  ici j’achète plutôt du poisson  car sur ce marché, les légumes sont chers, sauf un petit producteur qui vend sa salade 1 euro !».

 J’achète le dimanche car c’est moins cher. La qualité est meilleure et il y a la quantité !

un acheteur averti

Il poursuit: « Il y a une différence de prix entre marchands ». Par exemple, j’achète la moule de bouchot 5,90 euros le kilo mais un peu plus loin, elle est à 8 ! Je suis retraité avec une petite pension, j’achète en fonction de ce que trouve mais je fais attention ». D’autant plus attention que notre badaud a la main verte: «  J’ai  un petit jardin potager mais cette année, impossible d’avoir des carottes, des salades ou des poireaux… A cause du manque d’eau, rien ne pousse !  J’ai bien quelques tomates mais il n’y en a pas beaucoup, toujours à cause du manque d’eau. Ici, elles sont à 4,50 euros le kilo mais je les achète abîmées à 1,50 euros ... De bonnes économies !» dit-il avec le sourire.   

Un contexte qui conditionne la vente

Pour s’en sortir, les vendeurs n’ont pas grand choix. Les coûts de production sont répercutés sur les produits. Pourtant, Stéphanie Lelièvre produit elle-même ses plants de légumes. Elle doit les chauffer en début de croissance et puis arroser bien sûr. « Les factures augmentent » dit-elle ! « Donc on augmente un peu. C’est plus que les années précédentes ! Il faut payer les sacs de  terreau. Cette année, la production est moyenne à cause  de la sécheresse. On est en retard sur les tomates. Les poivrons et les aubergines aiment la chaleur, ça pousse mieux mais on n’a pas de navets ou de carottes car il faut arroser… On ne peut pas arroser partout et tout le temps et c’est beaucoup de temps de travail ». Elle constate que les gens font attention et consomment au jour le jour. « Ils ne stockent pas, ils prennent en plus petite quantité. A long terme, ça peut être compliqué pour nous, c’est une année difficile » conclut-elle.

Le bio en souffrance 

Même son de cloche pour cette maraîchère bio qui ne fait pas les marchés mais dont l’exploitation souffre aussi de la sécheresse. Installée depuis cinq ans à Grainville-Langannerie, Marianne Siméon voit la nappe phréatique qui alimente son sytème d’irrigation se tarir et des remontées de boue compromettre l’arrosage. Elle pense investir  dans un système de récupération d’eau, un grand bassin de rétention par exemple mais les devis l’effraient déjà. Elle voudrait aussi multiplier les serres pour produire mieux et davantage. "Problème, les prix ont augmenté de 30 à 40% ! "  se désole-t-elle. Sans compter les charges de base  que sont le carburant, le terreau et le prix des plants qui a augmenté de 13% cette année. Pour faire face, la cultivatrice diversifie  sa distribution:  vente directe à la ferme, approvisionnement d’Amaps, négoce avec des biocop locales, drive itinérants, restaurateurs, épicerie à Falaise. Malgré tout, elle constate que  les consommateurs se détournent en partie du bio, soit en réduisant leur consommation, soit en retournant au super marché plus compétitif.

Négocier le prix d’achat

Pour le distributeur, le prix d’achat au fournisseur est fondamental. 

Sylvain Bunot sur le marché de Caen l’a bien compris. Il ne se plaint pas trop dans un contexte où les prix de gros sont réglementés. « Il faut trouver des produits à un bon rapport qualité prix » argue le vendeur. « Des produits français de qualité, les clients voient la différence !.. C’est pas évident mais on arrive à s’en sortir ! » 

Il est vrai que le coût de la vie a augmenté, le prix du gasoil se répercute sur les fruits et légumes. Résultat, un kilo de tomate acheté 90 centimes au producteur se retrouve à deux euros sur l’étal. Le primeur poursuit: « Les gens  achètent un peu moins en quantité mais plus en qualité,  donc finalement tout le monde s’y retrouve ». 

De notre côté, il faut se fournir les premiers aux halles de Soliers à 3h30 du matin, dès le lundi, pour avoir les meilleurs produits au meilleurs prix ! »