Coronavirus : un facteur témoigne, « on met notre vie en jeu pour une paire de chaussures ou un jean »

La distribution du courrier est réduite pendant le confinement, mais les employés de La Poste poursuivent leur activité. Des colis nombreux et des mesures de protection tardives. Mécontent, Sébastien facteur dans le Pays d'Auge, raconte ses journées.

A partir du 11 mai, la distribution des courriers et colis reprendra six jours sur sept.
A partir du 11 mai, la distribution des courriers et colis reprendra six jours sur sept. © Bastien Odolant / France Télévisions
Des vêtements, des chaussures, des DVD... C’est ce que distribue Sébastien. Pendant le confinement, les tournées de ce facteur du Calvados (14) sont réduites à quatre jours par semaine mais le nombre de colis est supérieur à la normale. 
 


Comme à Noël

Les lettres sont moins nombreuses et les colis dits « de confort » remplissent la petite camionnette jaune de Sébastien. « On est en pleine période de Noël », lance agacé le trentenaire forcé de constater la « forte hausse des colis », comparable aux tournées du mois de décembre.
 

« On met notre vie en jeu pour une paire de chaussures ou un jean », Sébastien facteur


Impossible de flâner dans les rues ou de faire du lèche-vitrine. Confinement oblige, les boutiques d’habillement sont fermées jusqu’au 11 mai 2020. Mais les sites de ventes en ligne sont bien actifs. Des Calvadosiens font passer le temps, en commandant sur le net. Sur les réseaux sociaux, les sites de mode, comme Sarenza, poussent les internautes à la commande, à coup de formules bien choisies : « se faire un petit outfit mignon pour sortir sur le balcon, et alors ? » ou encore « on adopte le blazer même à la maison ».
 

« Les gens ne se rendent pas compte du travail que ça nécessite pour acheminer un colis du site internet jusqu’à leur pied de porte », Sébastien, facteur


« On a vraiment l’impression de mettre notre vie en jeu pour des choses qui ne sont pas nécessaires », s’indigne Sébastien, qui alterne ses tournées entre une trentaine de communes du Pays d’Auge. Le confinement est strict au moins jusqu’au 11 mai. Et ce postier n'a pas vraiment envie de jouer au père Noël. Pour lui, priorité à la santé des facteurs : il est urgent d’attendre et de ne commander que des « produits de première nécessité ».

« Les gens ne se mettent pas à notre place » s’insurge le trentenaire. Il reconnaît : « ce n’est pas forcément volontaire. Ils ne se rendent pas compte du travail que ça nécessite pour acheminer un colis du site internet jusqu’à leur pied de porte ». Des courriers recommandés à faire signer, des paquets qui ne rentrent pas dans les boîtes aux lettres : « on a encore des contacts avec notre clientèle », rappelle le facteur.
 
© Bastien Odolant / France Télévisions
 

Drôle d’ambiance

Sébastien commence sa journée à 6h45. Avant d'enfourcher son vélo ou de conduire sa fourgonette pour faire du porte-à-porte, il faut effectuer différents travaux de tri. Les espaces de travail ont été aménagés pour mettre en place la distanciation physique. « On a notre position de tri où on est espacé à 1m50 mais il y a malgré tout beaucoup de va-et-vient dans le centre », constate Sébastien. Même si les salariés de La Poste trient sans se côtoyer, ils se retrouvent au même endroit pour récupérer leur courrier et rejoindre leur espace de travail.

Les prises de services ont aussi lieu en décalé, pour limiter les contacts. Les employés sont moins nombreux sur le site, alors les échanges se font rares. « Ce qui a principalement changé, c’est le stress et l’anxiété au travail », avoue le facteur normand, en cherchant ses mots. L’ambiance de travail est « étrange », constate Sébastien, avant de reconnaître que depuis la crise sanitaire ses collègues et lui-même sont « un petit peu plus renfermés ».
 

Des mesures ont été prises malheureusement un peu tard. Une distanciation a été mise en place au niveau des casiers de tri. C’est à peu près tout, Sébastien, facteur

   

Des mesures de protection tardives

« Nous avons des masques, mais il aura fallu attendre environ trois semaines pour que nous en soyons dotés », raconte le postier agacé. Ces protections ne sont pas directement mises à la disposition des employés. Chaque matin, Sébastien doit réclamer un masque à son encadrant et le porter pendant toute la durée du service. « Les conseils sanitaires sont "un masque toutes les trois heures", donc malheureusement un masque pour toute la journée ce n’est pas suffisant », s’inquiète le facteur avant d’ajouter résigné : « mais c’est toujours mieux que rien ».

Sébastien et ses collègues se munissent de gants personnels pour manipuler les enveloppes en papier et les colis en carton. « On se protège du mieux qu’on peut », lance-t-il. Côté tenues vestimentaires, elles sont entretenues par les facteurs eux-mêmes. Sébastien explique : « il faudrait les laver tous les jours, mais ce n’est malheureusement pas faisable ». Anxieux, il ajoute : « nos habits de travail sont susceptibles de nous contaminer. Comme les lettres, comme tout le matériel mis à notre disposition pour travailler ».

En rentrant de tournée, Sébastien, comme les autres facteurs, est chargé de désinfecter son vélo ou son fourgon. Limité à un spray désinfectant pour « 25 à 30 véhicules », il reconnaît ne pas avoir le temps d’effectuer cette tâche quotidiennement. « Tous les jours, c’est du stress, de l’anxiété. On y pense avant, pendant et après le travail », admet-il.

La Poste assure avoir la volonté de « concilier la protection de la santé des salariés et la continuité de service ». A partir du 11 mai, l'entreprise projette de « rétablir une distribution des courriers et des colis 6 jours sur 7 de manière progressive », dans son plan de déconfinement publié le 5 mai 2020. Elle assure mettre en oeuvre les mesures suivantes : « intégration des gestes barrières dans l’organisation du travail, nettoyage renforcé des locaux, équipement en masques fournis par La Poste ».

 
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