D-Day : des taxis londoniens offriront le voyage en Normandie à trente vétérans britanniques

Publié le Mis à jour le
Écrit par Pierre-Marie Puaud
Franck Pendeergast (à gauche) a combattu à Pegasus-Bridge le 6 juin 1944. Frederick Glover (au centre) a sauté sur la batterie de Merville au petit matin du D-Day. Bill Gladen (à droite) a atterri à l'aube du Jour J à bord d'un planeur à Ranville où il a été grièvement blessé douze jours plus tard. Ces trois vétérans britanniques reviendront en juin prochain avec leurs derniers camarades grâce à l'aide des taxis londoniens.
Franck Pendeergast (à gauche) a combattu à Pegasus-Bridge le 6 juin 1944. Frederick Glover (au centre) a sauté sur la batterie de Merville au petit matin du D-Day. Bill Gladen (à droite) a atterri à l'aube du Jour J à bord d'un planeur à Ranville où il a été grièvement blessé douze jours plus tard. Ces trois vétérans britanniques reviendront en juin prochain avec leurs derniers camarades grâce à l'aide des taxis londoniens. © Pierre-Marie Puaud / France 3 Normandie

Taxi Charity for Military Veterans perpétue une tradition d'entraide née au sortir de la guerre, quand il fallait soutenir de jeunes hommes encore meurtris par les combats. Aujourd'hui, l'association entoure de vieux messieurs bientôt centenaires qui se font un devoir de revenir pour le Jour J.

Franck n'a plus le pas alerte de ses 20 ans, mais l'homme est du genre décidé. Il nous entraîne dans les salles du Memorial Pegasus, parce qu'il veut nous montrer une photo. Un cadre, rectangulaire, accroché au dessus d'une vitrine : des centaines de jeunes soldats prennent la pose pour l'éternité. Franck pointe le doit vers le tirage sepia. "Je suis là, le quatrième à partir du milieu". Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, son régiment de parachutistes a sauté sur le pont Pegasus qui enjambe le canal de Caen à la mer. L'épisode est entré dans l'Histoire. A-t-on déjà vu opération plus audacieuse ?
 

Quelques heures plus tard, ce même 6 juin, Fred Glover saute sur la batterie de Merville avec le 9e bataillon de parachutistes. Lorsque son avion est en approche, il est touché aux jambes par des éclats d'obus. Il saute dans le vide, tout en sachant qu'il ne sera pas en mesure de suivre ses camarades. "Mais nous ne sommes pas des héros. Les vrais héros du D-Day, ils sont au cimetière". Alors, chaque année depuis qu'il est entré dans ses vieux jours, il refait le pélerinage, pour se rendre sur les tombes de ses camarades. 
 Bill Gladen sera aussi du voyage. Comme chaque année, il fera un détour pour revoir l'église à Ranville. À l'aube du D-Day, son planeur s'est posé juste derrière le clocher, sur un champ, dans l'obscurité. Il a amené en France un char et six motos. Le 6 juin prochain, le périple sera moins chaotique. Bill, Fred et Franck voyageront une fois encore à bord d'un taxi londonien. La course est offerte.

Soixante-quinze ans après le débarquement, les Taxi Charity continuent de leur ouvrir les portières, pour faire que le reste de leur vie ait tout du voyage paisible. "Depuis une quinzaine d'années, ils ont perdu des proches. Certains sont veufs. On leur permet donc de retrouver des copains, des frères d'armes, un peu de chaleur", raconte Ian Parson, vice-chairman de l'association. Taxi Charity organise des sorties en Angleterre, en France, aux Pays-Bas. En 2017, quatre-vingt dix taxis ont offert le voyage en Normandie. Opération "back to the beaches". Bill très ému confie :"j'ai perdu ma femme. Mais j'ai eu droit à une nouvelle vie avec ces gens".
 (Back to the beaches : le voyage des vétérans britanniques à bord des taxis en juin 2017. Reportage de Florent Turpin et Erwan de Miniac)

C'est en 1948 qu'est née l'association Taxi Charity for Military Veterans. L'Histoire raconte qu'un soir, dans un pub de Fulham, à Londres, des chauffeurs ont passé une sorte de pacte. Ils avaient pour beaucoup combattu en Europe. Et ils souffraient de voir des anciens frères d'armes peiner à se refaire une santé, une vie, en paix. "Beaucoup de leurs amis avaient été blessés. Certains étaient sans le sou. D'autres avaient perdu des membres de leur famille dans le Blitz." Ils ont donc entrepris d'organiser des sorties, pour leur changer les idées, pour offrir un peu de chaleur et de réconfort.
 

Bill, Franck et Fred sont venus en éclaireur à Ranville pour préparer ce nouveau voyage avec l'association. Dans le hall du Mémorial Pegasus Bridge, les visiteurs leur demandent des photos, des autographes. Fred sourit : "Quand je suis revenu pour la première fois en Normandie en 1974, rien n'était organisé. Nous passions inaperçu. Il n'y avait personne pour s'intéresser à nous". Les derniers vétérans sont aujourd'hui des figures sacrées, accueillies avec déférence. "Moi ce que j'ai à leur dire, c'est que la liberté n'a pas de prix. Quand tu perds la liberté, tu perds tout. Tant qu'on aura des gens pour nous écouter, je reviendrai ici pour le dire. Tant que je pourrai, je reviendrai !" Et il se trouvera toujours un taxi londonien pour offrir le voyage.

 

 

Des vétérans bien arrivés à Pégasus Bridge le 5 juin 2019

(mise à jour 5 juin 2019)
Ce matin du 5 juin 2019, les vétérans britaniques sont bien arrivés en France à Pegasus Bridge pour participer aux cérémonies du 75ème anniversaire du Débarquement.
Parmi eux, Marie Scott télégraphiste à Portsmouth pendant la guerre. Elle avait relayé les messages le 6 juin. Elle y avait entendu les combats. Elle a reçu ce matin la légion d’honneur comme 3 vétérans à l’occasion d’une cérémonie au mémorial Pegasus.
 
 
 
 
 



 

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