Contre les "fêtes sauvages" sur les plages, le maire de Deauville et ses collègues plaident pour les discothèques

Une quinzaine de maires de stations balnéaires renommées ont publié ce lundi dans les colonnes du Parisien une tribune appelant à la réouverture cet été des boîtes de nuit. Ces élus locaux craignent l'explosion des fêtes clandestines.

Une quinzaine de maires du littoral français craignent des fêtes sauvages sur les plages cet été
Une quinzaine de maires du littoral français craignent des fêtes sauvages sur les plages cet été © Pierre Heckler/ MaxPPP

"Vous imaginez qu'ils sont fermés depuis le 15 mars de l'année dernière, ça fait 14 mois qu'ils sont fermés ! Ils sont pressés de rouvrir sinon ils vont aller dans le mur. " La communauté de communes de la Côte Fleurie compte trois boîtes de nuit, dont deux pour la seule commune de Deauville. Si le maire, Philippe Augier, est sensible à l'avenir économique de ces entreprises - 400 boites de nuit sur 1 654 pourraient mettre la clé sous la porte selon le Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs - il est également inquiet d'une seconde saison estivale sans lieu festif.

Une quinzaine de maires du littoral français, élu pour beaucoup dans des stations balnéaires renommées comme La Baule, Saint-Tropez, Biarritz ou Royan s'en émeuvent ce lundi dans une tribune publiée chez nos confrères du Parisien. "Rouvrir les discothèques, c'est faire le choix d'un déconfinement responsable !", clament ces édiles. Or, pour l'instant, ces établissements sont les grands oubliés du calendrier de déconfinement. L'amendement présenté par les députés Modem pour une réouverture au 1er juillet avec un pass sanitaire a été rejeté, comme le regrettait le 10 mai dernier l'élu du Calvados, Christophe Blanchet.

Le frère du député normand, Xavier Blanchet, président du SNDLL, était ce lundi midi l'invité du journal télévision à Caen. "Quel est le message que veut faire passer le gouvernement à nos jeunes ?", s'est-il interrogé, "A partir du 1er juillet, vous avez le droit d'aller dans des mariages de 200, 300, 400 personnes sans protocole ou geste barrière, vous pourrez aussi partir partout hors de France dans des discothèques." Les professionnels français ont récemment déposé un référé devant le Conseil d'Etat pour réouverture le 30 juin. Le gouvernement, par la voix d'Alain Griset,le ministre délégué aux PME, leur a donné rendez-vous le 15 juin pour leur donner une date de réouverture. "A partir du 1er juillet, malheureusement, il y aura des fêtes clandestines avec de la drogue, de l'alcool, sans protocole, sans rien", prévient Xavier Blanchet.

Et c'est justement ce point qui inquiète grandement les auteurs de la tribune publiée ce lundi dans les colonnes du Parisien.  "Il y a une telle appétence des jeunes à s'amuser, à se réunir, à écouter de la musique et à faire la fête que, les boites de nuit étant fermées, ils organisent des fêtes clandestines, soit dans des endroits privés soit, l'été, sur les plages", nous explique Philippe Augier.

Il vaut mieux signaler le virage avant qu'il y ait un mort dans le virage"

Philippe Augier, maire de Deauville

L'élu normand le reconnait, contrairement à d'autres régions de France sa commune et ses voisines alentours ont été relativement épargnées l'an dernier. "On ne l'a pas trop subi à Deauville mais ça peut arriver ! Il vaut mieux anticiper que d'attendre que ça arrive. Il vaut mieux signaler le virage avant qu'il y ait un mort dans le virage.​​​​​​", plaide Philippe Augier,  "Il s'est passé un an depuis, la pression est grande, les jeunes n'en peuvent plus, ils ont envie de vivre, de faire la fête, ce qui est parfaitement compréhensible. Il faut faire en sorte que ce soit organisé, canalisé."

"À la catastrophe économique, risquent de s'ajouter le désordre et le risque sanitaire", clament les auteurs de la tribune. "Oui, la surveillance des plages représentent un coût pour les communes mais ce n'est pas pour ça qu'on ne veut pas des fêtes sauvages", indique le maire de Deauville, "Quand il y a des rassemblements de cette nature, ça devient très difficile de contrôler. J'étais récemment en contact avec le maire de la Baule qui m'a dit : on a été totalement débordé." Il est vrai que le maire de cette station balnéaire de Loire-Atlantique a près de neuf kilomètres de plage à gérer. Un casse-tête en termes de sécurité.

Canaliser la fête dans des lieux clairement identifiés où des règles sanitaires peuvent être mise en place et appliquées, c'est le souhait de ces maires du littoral français. "Ce n'est pas ouvrir pour ouvrir", tient à préciser Philippe Augier, "Il est impératif d'avoir un protocole sanitaire drastique, c'est impératif. Il faut des test PCR, le QR code de la vaccination, le passe sanitiare. S'il y a le passe sanitaire et un protocole sanitaire drastique, je ne vois pas pourquoi on ne les ouvrirait pas.

Les gestes barrière en club libertin ?

Si le monde de la nuit peut compter sur le soutien du député LREM du Calvados Christophe Blanchet, il a également été soutenu depuis de nombreux mois par un autre parlementaire de la région, Philippe Gosselin. L'été dernier, déjà, le député LR de la Manche dénonçait à l'Assemblée nationale des incohérences quant aux autorisations ou interdictions de fermeture qui frappaient des établissements. Le 10 mai dernier, l'élu normand avait de nouveau pris la parole dans l'hémicycle pour voler au secours des boites de nuit. 

"On arrive à des choses complètement absurdes", avait déclaré le député de la Manche, face au refus du gouvernement d'intégrer les discothèques dans le calendrier du déconfinement, "Savez-vous que les clubs libertins, eux, vont pouvoir rouvrir ? Et il est bien connu que dans ces clubs, on pratique tous les gestes barrière. C'est même d'ailleurs pour ça qu'on y va." À défaut d'infléchir la position du gouvernement, la remarque de l'élu normand avait su faire sourire l'Assemblée.

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société loisirs sorties et loisirs