Covid-19, un an après : comment la Normandie s'est transformée en terre promise... ou pas

En Mars 2020, la France entre dans une période de confinement inédite. Loin d'être épargnée par l'épidémie de Covid-19, la Normandie fait figure de refuge, avec ses campagnes verdoyantes et son littoral pas si loin d'une capitale qui étouffe. Un an après, beaucoup s'y sont installés définitivement.

Sur les falaises d'Etretat, un des symboles d'une Normandie qui attire par la beauté de son littoral.
Sur les falaises d'Etretat, un des symboles d'une Normandie qui attire par la beauté de son littoral. © Olivier Couvreur / France Télévisions

Mars 2020. Confinement 1. L'été est en avance. Il a chassé le printemps comme dans les rues le virus a chassé les gens. Le soleil brille et tape sur la campagne normande, alors que la pandémie de Covid-19 sévit en France et dans le monde. Les pommiers sont en fleurs. La blancheur des façades du littoral tranche avec le bleu de la Manche à perte de vue. Brève carte postale d'une Normandie idyllique qui fait la nique aux avenues grises et vides de Paris et l'Île-de-France. Ça ne se voit pas forcément, mais un premier exode a eu lieu. Celui des citadins venus chercher un coin de verdure, la mer ou un peu d'air pur pour traverser cette période dont on ne connaît pas la fin. Ça n'empêche pas cette région Normandie d'être touchée par l'épidémie de Covid-19, non. Mais l'ambiance y est, hors Ehpad et structures hospitalières saturées, beaucoup plus douce qu'à Paris et en Île-de-France. Et suscite les convoitises.

Dans le "Journal du confinement" qu'elle commence pour Le Monde, la romancière Leïla Slimani raconte qu'elle a l'habitude de passer tous ses week-ends avec sa famille dans une maison en Normandie avant de regagner la capitale. Dans ses écrits, elle explique que cette fois-ci, elle ne rentrera pas.

Depuis vendredi 13 mars, je suis à la campagne, [...] D’habitude, nous remballons le dimanche soir. Les enfants pleurent, ils ne veulent pas que le week-end se finisse. Nous les portons, endormis, dans la cage d’escalier de notre immeuble. Mais ce dimanche, nous ne sommes pas rentrés. La France est confinée et nous restons ici."

Leïla Slimani, romancière, dans "Le Journal du confinement" / Le Monde

Elle n'est pas la seule à avoir trouvé refuge dans la région. La Normandie, c'est un peu la destination numéro 1 pour les Parisiens qui souhaitent se mettre au vert le temps d'un week-end. Deauville en est sans doute un des meilleurs exemples, cette célèbre station balnéaire qu'on surnomme "le 21e arrondissement de la capitale". Plus d'un siècle que ça dure, avec ces innombrables parisiennes (et parisiens) qui foulent ses célèbres planches affublées d'une création Chanel. Si la mode a changé depuis la Belle Époque, le phénomène est toujours bien actif. Surtout pendant un confinement de plusieurs semaines ! 

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C'est décidé, Paris je te quitte !

Et à chaque annonce de confinement, même rengaine : emprunter l'A13 ressemble à un réflexe de survie. C'est naturel, à la fin d'une semaine où le Parisien a besoin de respirer. Côté deauvillais, on accueille pas forcément cette vague qui vient de l'intérieur des terres à bras ouverts. Auprès de nos confrères de France Bleu Normandie, certains habitants s'inquiètent de cet afflux massif de résidents secondaires. "On va être envahis comme aux dernières vacances. Mais qui pense aux conséquences sanitaires ?" s'interroge ainsi une Deauvillaise.

A côté de cela, Parisiens et Normands savent vivre ensemble. Sophie et Khiem, un couple de Courbevoie (Hauts-de-Seine) venu vivre le premier confinement dans leur maison de campagne fraîchement acquise près d'Etretat, se sont parfaitement entendus avec leurs voisins normands. Et une prise de conscience et un choix radical plus tard, ils ont même décidé de quitter Paris et de s'installer définitivement en Normandie. Une nouvelle vie qui les ravit depuis.

Quitter Paris... L'idée trotte sans doute à nouveau dans beaucoup de têtes après les annonces du nouveau confinement 7 jours sur 7, faites par le gouvernement le 18 mars. Une plateforme pour accompagner Parisiens et Franciliens dans leur fuite parisienne et leur installation ailleurs, rencontre depuis mai 2020 un vif succès. Kelly Simon, co-fondatrice de cette plateforme baptisée subtilement "Paris je te quitte", a ainsi analysé une augmentation du trafic de +86% depuis la fin du premier confinement.

L'envie n'est pas nouvelle, mais la Covid a été un accélérateur des projets de départ. Les gens ont eu du temps pour redéfinir leur projet de vie, et l'avènement du télétravail a rendu la mobilité beaucoup plus facile... Quitter Paris est du coup dans la tête de beaucoup, et à court terme.

Kelly Simon, co-fondatrice de la plateforme Paris, je te quitte !

"La grande majorité veut partir vite et non pas à une échéance de deux ou trois ans comme auparavant", précise Kelly Simon. Les chiffres de leur dernière étude indiquent également que "69% des franciliens aux envies d’ailleurs ont enclenché leur projet de départ" pour quitter la capitale en 2020. 

En ce qui concerne les critères de choix de destination, la Normandie dispose de 2 atouts non négligeables : "la proximité de Paris" (département de l'Eure notamment) si on compte garder une partie de son activité professionnelle dans la capitale, et "le bord de mer avec le littoral normand, très attractif". "C'est le critère numéro un pour le cadre de vie idéal", admet la jeune femme.

Aussi, "la Normandie compte des villes très attractives comme Caen, à taille humaine, dynamique économiquement et avec des prix de l'immobilier attractifs". D'un point de vue général, la région Normandie arrive en 4e ou 5e position pour les Franciliens qui souhaitent changer de région, après la Nouvelle Aquitaine, la Bretagne et la région PACA. 

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Des hausses des prix de l'immobilier de 10 à 30% en Normandie

Forcément, quand la demande est forte, les prix ont tendance à grimper. Surtout quand l'offre se raréfie. La Normandie s'est retrouvée un peu dans ce cas au niveau immobilier après le 1er confinement du printemps 2020. Nicolas Leforestier, spécialiste dans l'immobiliser de caractère et maire de Criquetot-sur-Longueville (Seine-Maritime) n'a pas d'agence immobilère physique. Il affiche ses biens dans une vitrine virtuelle qui fait la part belle au cachet normand. Et il a bien constaté ce boom de l'immobilier dans la région en 2020, répondant à des Franciliens qui ont osé franchir le pas de quitter Paris. Avant la crise sanitaire, un bien sur deux était vendu aux étrangers. La Covid-19 a entièrement rebattu les cartes et la perte liée aux transactions qui ne se faisaient plus avec les étrangers a été beaucoup plus que compensée par les Franciliens.

La Covid a accéléré les décisions des acheteurs franciliens en sortie du 1er confinement. On est passé d'un acquéreur francilien sur quatre à trois sur quatre. Et l'année 2020 a finalement été bien meilleure que ce qu'on imaginait au début de la crise.

Nicolas Leforestier, spécialiste dans l'immobilier de caractère

Résultat : "ça a vidé le stock des propriétés de caractère et aujourd'hui on se retrouve un peu en pénurie de ce type de bien avec des matériaux authentiques, du cachet, un jardin bien paysagé et... une bonne connexion internet, télétravail oblige", explique-t-il. 

Depuis 10 ans, le spécialiste de l'immobilier constate l'arrivée de familles franciliennes qui cherchent un meilleur confort de vie avec la proximité de la capitale. "Mais il est évident que la crise sanitaire a démultiplié ce phénomène. Il y a eu un pic énorme".

Aujourd'hui ça se tasse un petit peu. La demande est plus réfléchie que l'été 2020. Il y a une réflexion globale qui fait qu'on ne s'improvise pas "provincial" comme ça.

Nicolas Leforestier

Y a-t-il une zone de la Normandie privilégiée ? Réponse directe du spécialiste : "la côté d'albatre, préservée des constructions des années 70 !". "C'est aussi la plus proche de Paris (2h de route) bien drainée par les axes autoroutiers A28 et A29". Il y a l'intérieur des terres aussi, car quand on recule du trait de côte, on baisse en prix considérablement et c'est une belle campagne avec des paysages, de belles vallées, de belles forêts et les boucles de la Seine qui attirent car elles sont également très dépaysantes". 

Quand aux prix, "ils ont augmenté au minimum de 10% et ça peut monter jusqu'à 30% dans certains cas". Il évoque "une maison dans le pays de Caux qui a été vendue 100.000€ de plus que sa valeur estimée. Mais le coup de cœur et l'exaspération d'un confinement dans un petit appartement étriqué justifie parfois certaines décisions." 

N'oublions tout de même pas de garder un peu de budget pour le parapluie, accessoire indispensable en Normandie...

Notons enfin que si dans les campagnes ou au bord de la mer les prix explosent, c'est également le cas dans les métropoles normandes très plébiscitées elles aussi. Avec de plus en plus de travailleurs parisiens qui s'installent à proximité des gares, dans des logements fibrés ou les datas circulent bien plus vite que les trains depuis Paris.

La Seine Maritime et l'Eure, désormais zones à risque ?

C'est une nouvelle qui a plombé tous les habitants de ces départements normands : le passage de la Seine-Maritime et de l'Eure parmi les 16 départements où entrent en vigueur de nouvelles règles de confinement. Cette partie de Normandie (l'ex-haute) subit donc ici sa proximité avec la région capitale et les Hauts de France. Et les Caennais d'en rire un peu dans leur rivalité avec Rouen... car pour l'instant eux ne sont pas confinés.

 

Soignants, malades, commerçants, employés de supermarché, artistes, élus ou encore parents : nous les avions rencontrés il y a un an. Aujourd’hui ils nous racontent leur année Covid. Pour les découvrir, cliquez sur un point, zoomez sur le territoire qui vous intéresse ou chercher la commune de votre choix avec la petite loupe. 


 

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