Pays d'Auge : un maire frappé à coup de matraque en essayant d'interrompre un rodéo

Ce samedi 23 octobre, entre 30 et 40 jeunes sur des deux roues motorisés se sont rassemblés sur la commune du Faulq, près de Lisieux, pour faire un rodéo. Après leur avoir demandé de cesser, le maire a été frappé à la tête avec une matraque. Le préfet du Calvados a porté plainte "au nom de l'État".

Mise à jour le 27 octobre : un homme a été interpellé ce mercredi matin (27 octobre) dans la commune de Cormeilles, dans l'Eure, à proximité de Le Faulq. Il a été placé en garde à vue dans le cadre de l'enquête sur l'agression de Bruno Lethuillier.

 

"La prochaine fois, je m'y prendrai autrement, je resterai sur mes gardes. Là, ils avaient l'air calme. Je pensais qu'on allait pouvoir discuter." Si Bruno Lethuillier, le maire du Faulq, semble relativement serein ce dimanche, les événements de la veille ont considérablement perturbé sa nuit. "J'ai très mal dormi", confie le premier magistrat de cette commune de 350 âmes située au nord-est de Lisieux, "Sur le coup, j'ai été tellement choqué que je n'ai pas poursuivi le jeune. Ça m'est revenu en boucle cette nuit."

Il est 15 heures ce samedi quand Bruno Lethuillier arrive sur la route de Pont-L'Evêque, en bas du village. Son fils vient de lui signaler la présence d'un rassemblement d'une trentraine de jeunes circulant sur des deux-roues. "Ils descendaient toute la route à fond la caisse. Parmi eux, il n'y en avait que deux de la commune. Les autres venaient apparemment d'un peu partout. Ils auraient mis au courant par les réseaux sociaux. Je me suis déplacé directement pour les voir et leur dire qu'il fallait qu'ils arrêtent sinon, dans un quart d'heure, les gendarmes seraient là."

 

 

Hématomes et nez en sang

Une fois son message transmis, le maire remonte dans sa voiture pour regagner son domicile. Très vite, il s'aperçoit qu'il est suivi. Bruno Lethuillier décide alors de s'arrêter pour discuter. "Je suis descendu de ma voiture et je n'ai pas eu le temps de faire deux mètres que je me suis pris un coup de matraque sur la figure." L'agresseur prend la fuite en courant. Le maire, lui, a le nez en sang et des hématomes à la main et à la lèvre. "Le gars savait que j'étais maire étant donné que quand je suis arrivé sur place ils ont dit : c'est le maire, il va nous faire chier, il va appeler les flics."

Les gendarmes sont rapidement sur place, procèdent à des contrôles parmi les participants du rodéo et enregistrent la plainte du maire. L'agresseur n'a pour l'instant pas encore été interpellé. "Ça fait 50 ans que je suis dans la commune et c'est première fois qu'un tel incident se produit", explique Bruno Lethuillier, "Il y a dix ans, ça m'aurait surpris mais aujourd'hui... Quand on voit à la télé tout ce qui se passe maintenant." Le maire du Faulq "a reçu au moins deux coups de matraque, un au visage et un à la main", indique le procureur de la République de Lisieux Delphine Mienniel à nos confrères de l'AFP. Elle ajoute que l'élu a reçu quatre jours d'interruption temporaire de travail (ITT).

1300 agressions en 2020

Le préfet du Calvados fait savoir qu'il a demandé aux gendarmes "de rechercher l'auteur avec détermination". Philippe Court annonce qu'il "dépose plainte au nom de l’État et aux côtés de l'élu". Le président de l'Amiucale des Maires du Calvados, Olivier Paz, témoigne "son entière solidarité" avec l'élu et en appelle à "des peines dissuasives"

Les agressions d'élus locaux sont devenues monnaies courantes. En début d'année, à quelques kilomètres du Faulq, dans le département voisin de l'Eure, le maire de Bazincourt-sur-Epte a lui aussi été frappé alors qu'il tentait de stopper un rodéo. Son agresseur a été condamné à deux mois de prison avec sursis et 1000 euros de dommages et intêrets. Dans la Manche, Francis D’Hulst, maire de Portbail, avait lui aussi subi des coups en intervenant sur un campement sauvage durant l'été 2020, provocant l'indignation de la classe politique. Quelques semaines plus tard, l’Association des Maires de France a lancé un observatoire des agressions. Près de 1300 agressions auraient été perpétrés contre des élus au cours de l'année 2021. Pour autant, Bruno Lethuillier, ne compte pas raccrocher son écharpe. "J'aime mon rôle de maire, m'occuper de la commune. Ça ne m'empêchera pas de continuer."

 

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