Pornographie, cyber harcèlement et harcèlement scolaire : quelles solutions pour protéger son enfant ?

Dans les collèges, les histoires de harcèlement et d'agression sexuelle entre élèves se multiplient et ce dès la sixième. Comment protéger son jeune ado des dérives d'Internet et des réseaux sociaux ? Le confinement a encore amplifié les choses et le débat commence à prendre de l'ampleur.

"Je suis effrayée quand je les vois dans les couloirs et dans la cour avec leur portable à la main, ils ne se regardent plus", explique une enseignante
"Je suis effrayée quand je les vois dans les couloirs et dans la cour avec leur portable à la main, ils ne se regardent plus", explique une enseignante © François Destoc/Maxppp

Une chose est sûre, la tendance n'est pas nouvelle mais elle gagne du terrain. Les psychologues l'affirment dans l'intimité de leurs consultations : le confinement n'a rien arrangé. Depuis le printemps dernier, leurs téléphones sonnent encore plus qu'avant et à l'autre bout, des parents désorientés.
Leurs enfants sont en train de déclarer un trouble de la confiance en eux, ne mangent plus ou se retrouvent au milieu de conflits relationnels, d'histoire de harcèlement, etc. A Caen, il faut parfois des mois pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste et la plupart du temps pour un suivi sur plusieurs séances l'enfant devra manquer des cours, faute de créneau disponible hors du temps scolaire.

Le problème s'intensifie: qui dit confinement dit de longues heures d'isolement. Les écrans ont été donnés sans limite, l'addiction est là. A cette période, les enfants ont eu le loisir de regarder de tout. Le meilleur (avec les programmes pour éducatifs) et le pire. La pornographie s'est banalisée. Quels sont les enfants de douze ans qui n'éclatent pas de rire aujourd'hui à l'évocation entre-eux des mots pêche ou courgette ? Ils lui associent tout de suite la connotation sexuelle qui va avec et qui s'est développée avec les émojis. 

"Je n'en peux plus des histoires avec les sixièmes. Je ne fais plus que ça toute la journée : désamorcer des conflits. Des élèves se permettent des gestes déplacés.  Mais heureusement que beaucoup parlent aux délégués de classe, aux infirmières ou aux surveillants qui à leur tour nous signalent les cas avant que ça ne dégénère", confie une CPE (Conseiller Principal d'Education) d'un collège de Caen. 

A l'adolescence, dans le fond, tout cela est bien banal mais il y a un prisme déformant : Internet et le smartphone. C'est comme un cocktail explosif. On savait qu'Internet poserait des problèmes dans ses contenus mais les réseaux sociaux sont venus, en cinq ans, multiplier le problème. 

La déconnexion, jamais ils ne se l'imposeront. Entre alors en jeu, l'autorité parentale. 

Récemment, une élève s'est effondrée en rendez-vous avec moi et sa maman quand elle s'est mise à me raconter qu'elle fait 3 heures de sport par jour pour avoir le corps parfait des filles sublimes qu'elle suit sur Instagram. Sa mère la regardait pleurer, sidérée. Elle découvrait totalement ce qui se passe dans la chambre de sa fille et dans sa tête. Ce n'est pas à nous, enseignants, d'intervenir à la maison.

Marie, enseignante d'Anglais dans un lycée de Rouen

Interdire ou dialoguer et poser des limites ? 

C'est peut-être une des premières choses à s'imposer en tant que parent : le dialogue. Il faut savoir respecter l'univers de ses enfants mais ne pas hésiter à pousser la porte de la chambre pour s'intéresser à ce qu'ils font. Plutôt que d'intervenir toujours sur le portable pour imposer des restrictions, il faut aussi porter un intérêt à l'appareil pour le jeu et la complicité.

Les parents donnent un smartphone à leur enfant sans chercher à comprendre comment marchent les applications Instagram ou Snapchat. On les laisse se jeter seuls dans cet univers inconnu, sous prétexte que c'est leur génération, sans les accompagner. On n'aurait pas l'idée de les laisser traverser une route sans leur tenir la main et leur apprendre le danger de la circulation

Marie-Alix Leroy, créatrice du groupe Parents unis contre les smartphones

 

Tous ces parents se retouvent assez démunis face à ces nouvelles situations de crise. En août 2019, Marie-Alix Leroy, crée sur Facebook un groupe appelé Parents Unis contre les smartphones avant 15 ans. Au début, elle pensait intéresser les parents de son école, à Lyon, mais très très vite le groupe s'est élargi à toute  la France. Aujourd'hui, ils sont 13.000 à suivre sa page. 

A son entrée en sixième ma fille m'a écrit une longue lettre de deux pages pour me supplier de lui acheter un portable comme toutes ses copines. Je sentais que je ne voulais pas céder. J'aurais bien aimé avoir un groupe comme celui-ci pour en parler. A l'époque, je croyais être seule. Je m'aperçois aujourd'hui que nous sommes nombreux à chercher des solutions pour limiter le portable.

Certes, parfois, Marie-Alix se fait taxer de conservatrice. "Mais je ne crois pas l'être ! J'impose des limites, c'est différent ! J'autorise ma fille à aller sur Instagram sous conditions mais pas Snapchat, par exemple ou en discutant avec elle, de quel pseudo trouver pour rester anonyme et de l'importance de ne pas accepter des inconnus. En 5ème, elle a accès à mon smartphone uniquement. Comme ça je vois tout. Et elle a un téléphone classique pour les transports et le collège. En revanche, je lui permets de faire des facetime, etc avec ses copines car je sais que c'est important pour elle", raconte Marie-Alix Leroy. 

Le contrôle parental : c'est vous

Le contrôle parental, c'est vous et seulement vous. On pourrait s'imaginer qu'installer un logiciel de contrôle du type Family Link ou Qustudio est LA solution. Seulement voilà, en quelques clics vos ados sauront comment les craquer. " Family Link, il suffit par exemple de passer son téléphone en économie d'énergie. Ils le savent tous, ça se dit dans toutes les cours de récréation." Et puis sur You Tube, les tutos sont nombreux pour parvenir à ses fins.

Pas vraiment le choix : il n'y a que vous pour parler avec votre enfant et trouver les limites à fixer. "La course aux followers c'est devenu un vrai soucis de confiance en soi. J'ai vu une élève pleurer parce que dix l'avaient lâchée et qu'ils lui fallait en retrouver d'autres. Certaines jeunes filles de onze ou douze ans comprennent vite que sur Tik Tok, plus tu t'habilles court, mieux c'est."

Une maman sur cette page Facebook demande de l'aide, elle vient de confisquer le téléphone de sa fille qu'elle a en garde partagée et les règles ne sont pas les mêmes dans les deux foyers :"je suis abasourdie de la voir ainsi. Elle hurle en pleurant " j'en ai besoin, j'en ai vraiment besoin..."Je revois mes amis lorsque j'étais jeune qui étaient dépendants à certaines substances. Je lui fais part de mon inquiétude. Je suis tellement désemparée que je tente de joindre un numéro de soutien d'urgence, auprès duquel je ne trouve pas d'interlocuteur. Là, elle est devant une série avec son petit frère de 9 ans qui a été choqué de son attitude."

Plus d'une centaine de commentaires lui arriveront en réponses et en encouragements. D'autres  parents s'inquiètent de voir leurs amis installer des webcams dans la chambre de leurs enfants de 8 ans pour avoir l'oeil sur eux en permanence. Des articles ou des livres sur l'addiction, la pornographie, etc, sont partagés. 

Le plus simpliste serait d'imaginer une loi interdisant l'utilisation du téléphone portable aux moins de 15 ans. Mais Marie-Alix Leroy n'est plus franchement favorable à cette idée, après y avoir pensé un temps. Chacun doit trouver sa propre limite et être reponsable. Les parents ont d'ailleurs une responsabilité pénale à assumer si leur enfant va trop loin sur Internet.  "Je suis persuadée qu'un jour des personnes vont porter plainte contre l'Etat pour non-assistance à personne en danger, les réseaux sociaux détruisent trop de vie. On n'a pas le droit d'aller dans un sex-shop légalement avant 18 ans mais on peut voir sur Internet des choses bien pire. Ce n'est pas cohérent mais on fait comme si ce n'était pas grave."

Protéger les mineurs des prédateurs sexuels, des dérives, du harcèlement, de l'addiction, autant de problèmes qui s'amplifient avec le smartphone mais revenir en arrière n'est plus possible. Nous somme au temps du tout numérique : "Aux Etats-Unis, il faut réfléchir à çà, les enseignants sont très inquiets. Les jeunes utilisent leur téléphone en cours et n'écoutent plus rien."

En France, il y a encore des limites au collège : dans la cour et les couloirs les téléphones sont interdits. Faudra-t-il aller plus loin pour protéger ? Ou mieux apprendre à vivre avec ces nouveaux outils ? Intégrer plus de pédagogie et de dialogue dans les programmes de l'Education Nationale ? Y parler de pornographie et de sexualité pour apprendre à différencier les choses? 
Le sujet prend de l'importance, les pouvoirs publics à un moment ou un autre devront s'en emparer. 

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