Travaux de l'A13 : le chantier finira-t-il un jour entre Caen et Pont l'Evêque ?

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Quand pourra-t-on rouler à 130 Km/h sur l'Autoroute A 13 entre Caen-Dozulé et Pont l'Evêque? Il va falloir patienter encore un peu et slalomer entre les zones de ralentissements et celles autorisées à 110km/h. La Sanef avait annoncé la fin des travaux 2021 puis début 2022. Mais les échéances semblent retardées au point que la société d'exploitation ne donne plus aucune date. A l'été 2022? Au printemps? Explications.

C'est une petite portion d'autoroute en Caen et Pont l'Evêque. Vingt-deux kilomètres à passer à deux fois trois voies, mais c'est un chantier de titan. Le début des travaux remontent à 2017 et ils piétinent depuis 2019. Un dossier délicat pour la Sanef, source de grande colère chez les automobilistes. 

"Je prends cette route plusieurs fois par semaine mais à chaque fois que je l'emprunte je suis énervée ! On paie plein tarif une autoroute qui n'en est pas une, on roule à 90km/h (110km/h depuis peu) et il y a souvent des bouchons", nous explique une première habituée. "On se demande pourquoi la troisième voie n'est pas enfin ouverte, elle est terminée depuis longtemps", précise une autre.

Dans mon ancien travail je la prenais tous les jours 2 fois aller-retour, c’était juste l’horreur. On paye pour gagner du temps mais finalement on en perd.

utilisateur de l'A13 entre Dozulé et Pont l'Evêque dans le Calvados

Les automobilistes interrogés au péage ou sur la page Facebook de France 3 Normandie, sont unanimes sur le ras-le-bol de voir ce chantier s'éterniser sous leur yeux et à leurs dépens. "Vous parlez de cette troisième voie providentielle qui est terminée mais sur laquelle on n’a pas le droit de rouler? Ça doit être pour pas l’abîmer, sûrement ."

Une ironie qui en dit long sur l'incompréhension qui règne. En effet, depuis cet été, chaque jour, ils roulent sur une voie rétrécie, limitée en vitesse à 90 km/h d'abord puis à 110 maintenant , tout à côté d'une troisième voie à priori terminée mais pas utilisable.

"Le prix n'a pas pour autant été ajusté malgré la limitation de vitesse." La question du tarif qui n'a pas été adapté est dans toutes les têtes. Personne ne comprend vraiment. Et certains usagers quotidiens ressentent même une certaine rancœur. "Une escroquerie pure et simple ce tarif au péage qui est resté à 3,70€ tout le temps du chantier. C’est inadmissible."

"On n'a pas eu de chance entre la météo et la Covid"

Toutes ces critiques sont bien connues et entendues dans les plus hautes sphère de la Sanef. Jérôme Fossé, le directeur des opérations Sanef, la société d'autoroute qui gère cette portion entre Caen et Pont l'Evêque, va plus loin que les excuses. "On est conscient de la gêne". Il y a des paramètres liés à l'époque. "En 2019 on a d'abord essuyé les conséquence d'un hiver long et pluvieux qui nous a retardé. Les inondations ne nous ont pas épargné depuis le début du chantier. Et même en période estivale."

Un paramètre important auquel s'ajoute la crise du Covid 19 : "On a d'abord été impacté au printemps 2020 quand il a fallu mettre notre personnel à l'abri puis nous avons eu beaucoup de cas et des équipes décimées pendant de longues semaines. Quel est le secteur qui peut se vanter de ne pas avoir été touché ?"

Et il faut ajouter à cette désorganisation permanente et les phases de chantier stoppées brutalement, des difficultés de livraison pour certains matériaux. En résumé, tout ce qui est métal est susceptible de prendre du retard. Le Béton, pose moins de problème. 

En plus des équipes touchées dans leurs effectifs par la Covid 19, on souffre depuis un an de l'approvisionnement au compte goutte de certains matériaux en métal comme les glissières de sécurité, les grilles à poser au-dessus des assainissements, les clôtures, etc. Après c'est aussi une désorganisation dans nos chantiers de poses qui s'installe et tout cela retarde la mise en service

Jérôme Fossé, direction des opérations A13-Sanef

L'enrobé c'est le plus visible mais il y aussi les gros ouvrages. L'élargissement de ces 22 kilomètres ne comporte pas qu'une troisième voie à tracer. "Déclaré d’utilité publique en 2007, prorogée en 2012, le projet d'élargissement de l'A13 entre Pont-l'Evêque et Dozulé est un projet majeur pour la modernisation des infrastructures autoroutières françaises", précise la Sanef. 

  • Le redimensionnement des bandes d'urgence pour répondre aux normes actuelles de sécurité. Elles rendront plus sûre la présence des automobilistes en cas de panne et des équipes d’intervention sur ces dernières.
  • La création de 6 bassins pour la protection de la ressource en eau. Ils visent notamment à assurer la protection de la qualité des cours d'eau et à préserver les captages d'alimentation en eau potable de tout risque de pollution.
  • L’intervention sur plusieurs ponts : 9 passages inférieurs (route en dessous de l'autoroute) et 7 passages supérieurs (route au-dessus de l'autoroute).
  • Enfin, des mesures de protection acoustique (écrans, protections de façade) qui permettent de diminuer la gêne occasionnée aux riverains.

Inspection des services d'Etat et finitions encore au programme

De gros travaux qui ont rencontré d'importantes difficultés imprévues, liées notamment à la "geostructure du sol normand". Ainsi, dans ces sols argileux et composés de cavités, les surprises sont fréquentes.

Le dernier des six bassins de rétention pose encore problème. D'importantes cavités empêchent le bon déroulement des opérations. "Il faut maintenant qu'on le dissocie du reste du chantier", précise Jérôme fossé, sinon le retard va être conséquent.
Un risque qui ne dépend pas uniquement de la Sanef. Des inspections sont en cours par les services de l'Etat sur l'ensemble des réalisations pour valider la mise en service de la troisième voie. Et c'est un calendrier assez contraignant géré indépendamment du chantier. 

Côté finitions, il y a là-aussi encore des choses au programme avant l'ouverture des trois voies. L'enrobé devra être revu sur certaines zones quand il a été posé en période de grosses intempéries. Il reste aussi des balisages et à chaque "atelier", il faut sécuriser le personnel avec des constructions en bord de route. Tout cela prend du temps.

"On va aussi devoir couper la circulation par endroit, encore quelques nuits. En effet, il nous faut poser des portiques de signalisations. Ces panneaux sont assemblés au sol puis levés."

Autant de choses à régler qui empêchent la Sanef de se prononcer sur une date de mise en circulation des trois voies à 130 Km/h. Après avoir annoncé 2021 puis début 2022, la société d'autoroute préfère miser sur la prudence. Été 2022 ? Printemps ? Aucune réponse n'est donné. "On peut juste dire que pour le moment on profite d'une météo hivernale favorable. Mais que nous réservent février et mars ?" Chat échaudé, craint l'eau froide.