"Une ville étape m'a laissé tomber au dernier moment" : le casse-tête de l'organisation d'une course cycliste de plusieurs jours

Le Tour de Normandie féminin s'élance jeudi 14 mars de Bagnoles-de-l'Orne. Pour sa deuxième édition féminine, l'épreuve normande se dispute sur quatre jours, et c'est peu de dire que l'organisation a été complexe jusqu'au bout pour les organisateurs.

Quatre jours de course, 425 km à parcourir à travers les cinq départements de la région, via sept villes étapes : le Tour de Normandie a augmenté son braquet en 2024 pour sa deuxième édition 100% féminine. 

En passant d'une course d'une semaine chez les hommes, jusqu'en 2022, à une épreuve réduite à quelques jours pour les femmes, les organisateurs pensaient économiser de l'énergie, des heures de préparation et se simplifier la tâche. C'est raté ! "Au final, il y a toujours de nombreuses contingences, et il y a des paramètres que l'on n'avait pas imaginés au départ", concède Arnaud Anquetil, le directeur du Tour de Normandie.

Les équipes plus demandeuses

Le point "hôtellerie" est notamment plus complexe qu'avec les hommes. "Il y a davantage d'accompagnants avec les équipes féminines, parfois même plus que de coureuses". Outre les traditionnels directeurs sportifs, kinés, mécaniciens, certaines équipes se déplacent désormais avec des diététiciennes, voire leur propre cuisinier.

Une équipe voulait venir avec son chef cuistot, et elle voulait qu'on lui trouve un hôtel où il pourrait utiliser la cuisine pour préparer lui-même les repas. C'est compliqué, ça ne marche pas comme ça ici.

Arnaud Anquetil, directeur du Tour de Normandie

En changeant le genre de sa course, l'organisateur normand s'est aussi confronté à la nouvelle donne des coureuses-mamans, et la présence de nourrices au sein de certaines équipes. Une des concurrentes d'une formation étrangère vient d'avoir un bébé. Elle voulait une chambre avec une porte communicante pour sa nounou. "On a fait en sorte d'annuler l'hôtel initialement prévu pour en trouver un autre qui puisse lui offrir cette prestation. Là, on vient de recevoir un message : la coureuse ne vient plus...", rumine-t-il, un peu désabusé. 

Car outre la prise en charge logistique des concurrentes et des staffs, Arnaud Anquetil et son équipe de bénévoles ont bien galéré pour boucler le parcours, et le budget. "Il y a des villes et des départements avec qui il n'y a aucun problème", comprendre l’ex Basse-Normandie, et puis il y a les collectivités qui traînent des pieds. "Ça a toujours été compliqué en Haute-Normandie", regrette le directeur du TDN.

La bataille des financements

L'Eure, par exemple, ne voulait donner aucune subvention, malgré le passage de la course au Neubourg. Finalement, "sous la pression du Conseil Régional, ils ont débloqué de l'argent, mais il est arrivé des années à seulement 2 000 €, ou parfois zéro", se désole-t-il. 

Quand on entend les élus, tout est merveilleux, tout est bien, il faut faire vivre le sport féminin, mais quand vient le moment de donner de l'argent, ça devient très compliqué. C'est décourageant !

Arnaud Anquetil, directeur du Tour de Normandie

En dehors de l'aspect sportif, il y a aussi le casse-tête du tracé des étapes. Encore une fois, cela s'avère plus simple dans la Manche, l'Orne et le Calvados. En revanche, s'il a été facile de placer un départ au  Neubourg, ville de cyclisme avec son vélodrome, l'arrivée de l'étape haut-normande s'est révélée très complexe.

Trouver une ville-arrivée en 72 heures

"Tout était calé avec une commune qui nous a laissés tomber à quelques jours de la date butoir du dépôt du parcours en préfecture, raconte Arnaud Anquetil. La veille de la reconnaissance, elle nous a dit 'on fait des travaux, on ne peut plus vous accueillir'". Devant parer au plus pressé, il contacte Elbeuf-sur-Seine, ville-étape récurrente de l'épreuve, qui accepte dans un premier temps, avant de se rétracter. "D'une, des travaux ne permettaient pas d'installer le village-arrivée, et de deux, ils avaient provisionné l'argent pour le passage de la flamme olympique". 

L'organisateur s'est alors tourné vers une autre commune habituée à recevoir la course, à savoir Argentan, mais là non plus, ça ne fut pas possible. Finalement, c'est Pavilly qui a accepté d'accueillir l'arrivée de la deuxième étape, au dernier moment, en ultime recours, la veille du dépôt du dossier. 

Bien évidemment, les galères organisationnelles sont loin d'être terminées. "On ne souffle qu'une fois la course terminée", concède Arnaud Anquetil, qui a quelques jours du départ de l'épreuve, entame déjà son sprint.