Damigny (Orne) : “Les premiers de corvée”, le livre témoignage d'un maire épuisé

© City Editions
© City Editions

Après trois mandats, Pascal Devienne, le maire de Damigny dans l'Orne, ne se représentera pas. Epuisé par la fonction et le sentiment de solitude, il tourne la page. Le journaliste Franck Bodereau, a reccueilli son témoignage dans "Les premiers de corvée" (City Editions). 

Par Aurélie Misery

Tout est parti d'une blague à un repas de famille. Pascal Devienne racontait une nouvelle anecdote du quotidien de maire à son gendre, le journaliste Franck Bodereau. "Tu devrais raconter tout ça !", assure le reporter. Après quelques relances, Pascal Devienne accepte.

Quelques semaines plus tard, le 5 août 2019, la mort du maire de Signes, fauché par une camionnette dont il voulait verbaliser les occupants pour avoir jeté des gravats sur le bord de la route, les convainc tous deux de la nécessité de ce témoignage vérité. "Nous voulions que les gens prennent conscience de ce que font les maires, montrer ce qui ne se voit pas", explique Franck Bodereau. 

Pascal Devienne, d'un tempérament plutôt discret, a livré lors d'entretiens son quotidien. "Cela n'a pas été facile pour lui, mais une fois qu'il a eu le livre en mains, cela l'a ému, cela mettait un point final à dix-neuf années d'investissement en tant que maire."  
 
© City Editions / mise en image France Télévisions
© City Editions / mise en image France Télévisions
 

Un maire au bord du burn-out 

Pascal Devienne avait décidé dès 2014 de ne pas aller au-delà de trois mandats. Estimant notamment qu'il est bon qu'une commune "ait du sang neuf". 

Mais surtout, il avoue ressentir un profond épuisement. "Quand on est maire, explique Franck Bodereau, on n'est jamais serein, jamais en repos, car d'astreinte en permanence, les pompiers et la Préfecture peuvent vous appeler à n'importe quel moment pour un animal errant, un incendie ou un accident de la route.

Toujours en première ligne, Pascal Devienne a ainsi été marqué par plusieurs accidents graves sur sa commune. Pour constater une mort violente ou prendre en charge quelques heures deux fillettes qui venaient de perdre leur mère sur la route. 

Autre source d'épuisement : les normes, les textes de loi et les contraintes administratives. Pascal Devienne a eu la chance de pouvoir compter sur l'expertise d'une secrétaire à temps plein, mais ce n'est pas le cas de tous les maires de petites communes, qui ne bénéficient souvent que d'une journée de ce renfort indispensable. 

Mais ce sont aussi les exigences de certains administrés qui peuvent être à la longue épuisantes : les chronophages conflits de voisinage, les rendez-vous pour un oui ou pour un non, etc... "comme si tout était dû", résume Franck Bodereau. 

Et d'autres tracas en tous genres : "un jour, un automobiliste a crevé en passant sur un nid de poule, raconte le journaliste. Il s'est retourné contre la mairie pour qu'elle lui rembourse son pneu !"
 
 

Un maire souvent démuni

Directeur d'une agence bancaire avant son premier mandat, Pascal Devienne s'est senti à l'aise avec la gestion d'un budget. "Les chiffres lui parlent !", sourit Franck Bodereau. Reste que dans de nombreux domaines, un maire aurait besoin d'être davantage épaulé. En matière d'urbanisme par exemple. 

"Ce dont les maires ont besoin en premier, c'est d'être formés ! Les associations de maires proposent parfois des modules mais ils ne sont pas obligatoires et bien souvent, les maires sont déjà en fonction.

La Loi engagement et proximité va-t-elle améliorer la situation des maires ? "Il y a eu au moins une prise de conscience des besoins du maire mais Pascal Devienne relative l'effet de cette loi.

Une fonction sacrificielle

Pascal Devienne ne parle pas de sacerdoce "car ces trois mandats, il les a choisis en toute connaissance de cause" mais plutôt "d'une fonction sacrificielle". Ce père de famille a fait une croix sur ses loisirs et sur une partie de sa vie personnelle en raison des nombreuses réunions le soir.

Il a également fait des sacrifices professionnels importants : "En étant maire, il a dû demander des temps partiels et au bout du troisième mandat, il est redevenu simple conseiller bancaire au guichet, soit ce qu'il faisait en début de carrière.
 
Le maire de Damigny, Pascal Devienne, a eu le bonheur de marier ses trois filles / © Archives familiales
Le maire de Damigny, Pascal Devienne, a eu le bonheur de marier ses trois filles / © Archives familiales
 

Des moments de bonheur 

Le tableau n'est pas que sombre. Sur le plan personnel, le maire a eu l'honneur de marier ses trois filles. "Et il a eu aussi du plaisir à côtoyer ses administrés !, souligne Franck Bodereau. Ces 19 années ont été aussi la plus belle expérience de sa vie. Elles lui ont permis de prendre de la hauteur.

La suite ? Pascal Devienne "souhaite se reposer". Le maire sortant n'avait qu'une crainte : que personne ne souhaite reprendre le flambeau. Depuis quelques jours, il est rassuré : une liste s'est constituée, avec à sa tête une femme, Anita Paillot. 

"Les premiers de corvée" de Pascal Devienne avec Franck Bodereau est édité chez City Editions. 


 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus