Des renforts de policiers annoncés en Normandie, mais pas à Rouen regrettent syndicats et élus

Après le déplacement du président de la République dans un commissariat de Montpellier le 19 avril 2021, les préfectures ont annoncé la création de nouveaux postes de policiers dans le Calvados, l'Eure et la Seine-Maritime. Mais des villes comme Dieppe, Fécamp et Rouen ne sont pas concernées.

Un policier de Seine-Maritime effectuant un contrôle sur la voie publique
Un policier de Seine-Maritime effectuant un contrôle sur la voie publique © France Télévisions

A un an de l'élection présidentielle, c'est une "séquence" (comme disent les éditorialistes politiques) sur le thème de la sécurité que les médias ont relayé avec la venue hier d'Emmanuel Macron à Montpellier (Hérault).

Lors d'une rencontre avec les policiers d'un commissariat d'un quartier populaire, le président de la République a défendu sur le terrain sa politique de "sécurité du quotidien". Et ce après avoir accordé un long entretien au Figaro dans lequel il rappelait sa volonté d'augmenter les effectifs des forces de l'ordre :"Chaque Français verra plus de bleu sur le terrain en 2022 qu'en 2017".

Quelques heures plus tard, les préfectures publiaient un communiqué détaillant le nombre d'effectifs de forces de l'ordre supplémentaires à venir.  

Des policiers supplémentaires en Normandie

Lors de son déplacement à Montpellier, Emmanuel Macron a réaffirmé sa promesse de "10.000 policiers et gendarmes supplémentaires" avant la fin du quinquennat.  En écho à ces propos, on apprenait " à la suite de l’arbitrage du ministre de l’Intérieur", le nombre de postes de policiers qui seront créés au cours de  l’année 2021 dans les   circonscriptions de sécurité publique de Normandie :

Calvados : 11 policiers

Eure : 37 policiers

Seine-Maritime : 61 policiers

Satisfaction des syndicats, mais...

Contactés au lendemain de ces annonces, les syndicats de policiers ont exprimé leur réaction. "Bien sûr, nous sommes satisfaits" déclarait  à Rouen Karim Bennacer pour Alliance Police Nationale. Quant à Frédéric Desguerre (du syndicat Unité SGP Police) il "se félicite des annonces présidentielles de renforts de police sur le commissariat de Bolbec (13),  le Havre (48)  et dans l’Eure."

... ce n'est pas suffisant !

Mais ces deux syndicats estiment que ces effectifs ne sont pas suffisants au regard de la situation.  Tandis qu'à Rouen, plus de 30 maires, mécontents, écrivent au ministre de l'Intérieur (► Lire plus bas

Quel statut pour ces renforts ?

Pour Alliance, Karim Bennacer pose la question de la nature des postes créés : "Si ce sont des gardiens de la paix, et non pas des policiers auxiliaires, nous, on est preneurs". Le syndicaliste précisant que les policiers auxiliaires (anciennement adjoints de sécurité) n'ayant que des contrats à durée déterminés de 3 ou 6 ans et que ces contrats ne pas toujours renouvelés…

Le cas spécifique de l'Eure

Dans l'Eure, et comme l'expliquait Johann Maugé, secrétaire départemental du syndicat Unité SGP Police de l'Eure, au lendemain des violences urbaines commises le samedi de Pâques à Evreux (où 4 policiers ont été blessés lors d'une attaque préméditée) les renforts annoncés sont insuffisants : "Pour renflouer le manque d'effectif à Evreux, il faudrait au moins une quinzaine, voire une vingtaine d'effectifs, de façon à pouvoir fournir les brigades de roulement, la BAC, les services d'investigation…"

Mais encore faut-il que ces nouveaux policiers, une fois envoyés à Evreux, y restent, car comme l'explique Johann Maugé, une fois en poste, ils veulent repartir vers d'autres départements :

"Le problème qu'on a dans l'Eure, c'est le manque d'attractivité. Il faudrait donc voir à long terme, pour obtenir la prime de fidélisation qui permettrait d'avoir moins de départs que d'arrivées. Les départements limitrophes (tels que l'Eure et Loir ou la Seine-Maritime) ont cette prime. Donc, quand des collègues demandent leur mutation, ils préfèrent aller dans des départements ou des services où ils ont cette prime."

"Une réponse pénale forte"

A Caen, Maxime Mettot du syndicat Alliance Police Nationale, interviewé ce mardi après-midi par notre journaliste Franck Besnier, estime lui aussi que ces renforts d'effectifs sont insuffisants : "ça porte bien son nom,  c'est un renfort : ça veut dire qu'effectivement il manquait ds effectifs, dans tous les services, et on pourrait dire je pense, dans toutes les circonscriptions de la zone de défense Ouest." 
"Toutes les annonces de renfort, forcément ça va dans le bon sens, mais naturellement ce n'est pas suffisant pour arrêter, par exemple, une émeute de 30 personnes si vous avez une patrouille de deux, voire un équipage de BAC à trois policiers"

Parmi les solutions au manque de personnel, le syndicaliste, citant les condamnations dans l'affaire de Viry-Châtillon, estime qu’il faut une réponse pénale, venant du côté des services de la justice:

Ce qui faudrait ce sont des peines fortes.
A partir du moment où  on ne peut pas toucher un policier, il y aura forcément beaucoup moins de violence, et des deux côtés."

Maxime Mettot,
secrétaire régional SGAMI Ouest-
Alliance police nationale

VIDEO – 20 avril 2021 : la réaction de Maxime Mettot, secrétaire régional SGAMI Ouest- Alliance police nationale

Des villes oubliées en Seine-Maritime

Concernant la Seine-Maritime, le syndicat SGP- Unité-Police alerte sur la situation des commissariats de Fécamp, Dieppe et Rouen.  Pour Frédéric Desguerre, "il y a urgence car dans ces commissariats la baisse importante des effectifs de police depuis des  années ne nous permet plus d’effectuer nos missions de police secours de façon efficace et en toute sécurité".

Il y a peu, ajoute-t-il, " il y avait 8 équipages de Police-secours minimum (avec trois policiers à bord) qui  assuraient 24h/24 et 7 jours sur 7 les missions suite aux appels 17 à Rouen et dans son agglomération. Aujourd’hui nous atteignons péniblement les 4  équipages de Police-secours."

Ce responsable syndical indique aussi  que les services d’investigation croulent sous les dossiers. "Certains  ont des centaines de dossiers en portefeuille". Les services de voie publique sont également en sous-effectif : selon Unité-SGP-Police "Pour Rouen c’est  plus d’une centaine de postes qui n’ont pas été remplacés depuis ces dernières années. Fécamp et Dieppe quelques dizaines."

Au manque de personnel, et pour décrire le contexte, le syndicat policier décrit que les fonctionnaires de ces trois commissariats ont ces derniers mois fait avec  "la surcharge de travail de  VIGIPIRATE, la période des gilets jaunes, les départs en retraite, les démissions, les mutations, les cycles horaires épuisants, les missions COVID-19, la maladie elle-même qui a récemment touché l’hôtel de police de Rouen et Elbeuf et nous arrivons au triste constat que nos collègues ne sont pas fatigués mais épuisés."

Pour les informer de la situation à Fécamp, Dieppe et Rouen, et pour "œuvrer de façon commune pour que des renforts de policiers arrivent très rapidement", Frédéric Desguerre a saisi les élus de la République, le préfet de la Seine-Maritime et le ministre de l'Intérieur.  

Le maire de Rouen écrit au ministre de l'Intérieur

Des maires de la région de Rouen ont décidé d’adresser un courrier à Gérald Darmanin afin qu’il augmente le nombre de policiers sur leur territoire.

Nicolas Mayer-Rossignol, maire (PS) de Rouen et président de la métropole-Rouen-Normandie est mécontent et le fait savoir au lendemain de l'annonce de renforts de policiers au Havre et à Bolbec et (dans l'Eure) : "Mais pour Rouen et son agglomération, 500.000 habitants, la première de Normandie et la 8ème de France... rien, zéro !"

Dans un communiqué publié le 20 avril Nicolas Mayer-Rossignol interroge :

"Faut-il un drame pour que le Gouvernement se préoccupe des effectifs de police nationale dans la Métropole Rouen Normandie ? En avril 2019, le Ministre de l’Intérieur avait annoncé 36 policiers supplémentaires pour l’agglomération de Rouen. Deux ans plus tard, l'essentiel de ces renforts promis n'est toujours pas arrivé".
"Le 15 décembre 2020, 22 maires de la Métropole lui ont adressé un courrier alertant sur les difficultés dans un certain nombre de quartiers de notre agglomération en terme de sécurité publique. Quatre mois plus tard, nous n'avons reçu aucune réponse, pas même un accusé de réception. » Les annonces faites le 19 avril par le Ministre de l’Intérieur interrogent les élus de l’agglomération de Rouen à double titre : Quel crédit accorder à des annonces de renforts, alors qu’ils attendent encore les postes promis il y a deux ans par le prédécesseur de Monsieur Darmanin ? Comment aussi faut-il interpréter ces annonces médiatiques, à quelques semaines d'échéances locales, alors même que les élus attendent une réponse à un courrier qui date de plus de 4 mois ?"

Le mardi 20 avril 2021, plus de 30 maires de la métropole rouennaise (et de différentes étiquettes politiques) avaient signé le courrier envoyé au ministre de l'Intérieur.

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