Professeur d'histoire décapité : des personnes interpellées à Evreux

Quelques heures après l'assassinat d'un professeur d'histoire de 47 ans vendredi après midi à Conflans-Sainte-Honorine dans les Yvelines, 9 personnes sont en garde à vue, selon une source judiciaire. Quatre d'entre elles ont été interpellées à Evreux. 

Neuf personnes interpellées dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat d'un professeur d'histoire vendredi à Conflans-Sainte-Honorine dans les Yvelines.
Neuf personnes interpellées dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat d'un professeur d'histoire vendredi à Conflans-Sainte-Honorine dans les Yvelines. © ABDULMONAM EASSA / AFP

Des interpellations à Evreux

Neuf personnes étaient en garde à vue samedi, dont les parents, le grand-père et le petit frère de l'assaillant, interpellés à Evreux
(Eure). Sont également en garde à vue, le père de l'élève qui a appelé à la mobilisation contre l'enseignant.  Il a été interpellé à Chanteloup-les-Vignes.
L'homme qui l'avait accompagné au collège pour se plaindre du professeur et avait interviewé la fille de ce parent d'élève dans une vidéo, ainsi que sa compagne, le sont également. Tous deux ont été interpellés à Evry. L'homme est connu des services de renseignement.

Jean-François Ricard, le procureur du parquet national antiterroriste (PNAT) a souligné que le père de l'élève avait une demi-soeur qui était partie en 2014 rejoindre l'organisation Etat islamique en Syrie et faisait l'objet d'un mandat de recherche.
    
Deux personnes ayant été en contact avec l'agresseur, qui se sont présentées spontanément au commissariat d'Evreux vendredi soir, sont aussi en garde à vue. 
 
Des interpellations à Évreux après l'assassinat d'un professeur à Conflans

 
Immeuble ou habitait l'assaillant à Evreux
Immeuble ou habitait l'assaillant à Evreux © FranceTélévisions
 

L'assassin âgé de 18 ans

L'identité de l'assaillant, sur lequel avait été trouvée une pièce d'identité, par ailleurs été confirmée par les enquêteurs, selon la source judiciaire. Il s'agit d'un jeune Russe tchétchène de 18 ans né à Moscou.
Il était connu pour des antécédents de droit commun, mais disposait d'un casier vierge, et n'était pas connu pour sa radicalisation. 

L'assaillant, Abdoullakh A., est un jeune Russe tchétchène de 18 ans, né à Moscou.
Connu pour des antécédents de droit commun, il n'a jamais été condamné. Il n'était pas connu des services de renseignement pour radicalisation, selon plusieurs sources proches du dossier. Il a obtenu le 4 mars 2020 un titre de séjour valable jusqu'en
mars 2030 . Il a le statut de réfugié et habitait à Evreux (Eure).
  
Jean-François Ricard, le procureur du parquet national antiterroriste (PNAT), a expliqué que les enquêteurs avaient retrouvé dans son téléphone portable le texte de revendication envoyé sur Twitter. ce texte avait été écrit à 12H17.
Ils ont découvert aussi la photo de la tête de la victime envoyée à 16H57 sur Twitter. Cette photo était accompagnée d'un message adressé à Emmanuel Macron  "le dirigeant des infidèles", expliquant vouloir venger celui "qui a osé rabaisser Mouhammad".
 

"Ils ne passeront pas !"       

Un professeur d'histoire-géographie, qui avait montré à ses élèves des caricatures de Mahomet, a été décapité près d'un collège vendredi à
Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) dans "un attentat terroriste islamiste caractérisé", pour Emmanuel Macron, trois semaines après l'attaque devant les anciens locaux de Charlie Hebdo.
"Ils ne passeront pas. L'obscurantisme ne gagnera pas", a martelé, ému, le chef de l'Etat, à l'adresse des islamistes radicaux, lors d'une déclaration à la sortie du collège du Bois d'Aulne de Conflans-Sainte-Honorine où travaillait la victime.
 
Le président de la République, entouré par les ministres de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et de l'Education, Jean-Michel Blanquer, a appelé "la nation toute entière" à se ranger aux côtés des enseignants pour les "défendre".

"Ce soir, c'est la République qui est attaquée avec l'assassinat ignoble de l'un de ses serviteurs, un professeur", avait réagi plus tôt sur Twitter M. Blanquer, qui recevra samedi les représentants des personnels et des parents d'élèves.     
Le parquet national antiterroriste (Pnat) a annoncé à l'AFP s'être aussitôt saisi de l'enquête, ouverte pour "assassinat en relation avec une entreprise terroriste" et "association de malfaiteurs terroriste criminelle". Le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard tiendra une conférence de presse samedi après-midi. 

Retour sur les faits

    
Vers 17H00, selon une source policière, des effectifs de la brigade anticriminalité (BAC) de la ville ont été appelés pour un individu suspect rôdant près du collège du Bois d'Aulne, selon cette source.
    Sur place, ils ont découvert la victime et, 200 mètres plus loin à Eragny-sur-Oise (Val-d'Oise), ont tenté d'interpeller un homme armé d'un couteau qui les menaçait et l'ont abattu. 

    "Nous avons besoin de comprendre l'enchaînement des événements, comprendre comment on peut finir décapité quand on est un enseignant au XXIe siècle", a dit Jean-Rémi Girard, président du Snalc (syndicat du secondaire).
    

Choc et incompréhension

    Selon une source judiciaire, une pièce d'identité a été retrouvée sur l'assaillant indiquant qu'il est né en 2002 à Moscou. Mais les enquêteurs attendent une identification formelle. 
    Ils cherchent également à savoir si l'agresseur est l'auteur d'un message posté sur Twitter par un compte désormais fermé et qui montre une photo de la tête de la victime. Sous cette photo, un message menace Emmanuel Macron, "le dirigeant des infidèles", et son auteur assure vouloir venger celui "qui a osé rabaisser Muhammad".
    
Le choc et l'incompréhension dominaient vendredi soir chez les riverains rencontrés par l'AFP dans ce quartier pavillonnaire, qu'ils décrivent comme calme et sans histoire.
    Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE, la première association de parents d'élèves, a dit avoir reçu un signalement vendredi dernier qui faisait état "d'un père extrêmement énervé" après la publication en classe d'une caricature de Mahomet.
    La victime aurait, selon M. Arenas, "invité les élèves musulmans à sortir de la classe" avant de montrer une caricature du prophète accroupi avec une étoile dessiné sur ses fesses et l'inscription "une étoile est née". 

 "Abominable attentat"

    L'attentat a soulevé une vague d'indignation dans la classe politique. A l'Assemblée nationale, les députés se sont levés pour "saluer la mémoire" du professeur et dénoncer un "abominable attentat".
    "Le séparatisme islamiste doit être combattu sans relâche, sans jamais faiblir", a réagi la députée LREM des Yvelines Aurore Bergé.
    "Face à ceux qui veulent nous détruire, détruire la parole libre de nos enseignants, nous devons être implacables et cesser de regarder ailleurs!", a pressé Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France.
    Cette attentat atteint un "niveau de barbarie insoutenable", a condamné la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen. "Ignoble crime", s'est indigné le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon tandis le député PS Boris Vallaud a fait
part de son "immense émotion et révolte face à cet acte barbare terroriste".
    Charlie Hebdo a exprimé sur Twitter "son sentiment d'horreur et de révolte", estimant que "l'intolérance vient de franchir un nouveau seuil".
    Cette attaque survient trois semaines jour pour jour après l'attentat au hachoir perpétré par un jeune Pakistanais de 25 ans devant leurs anciens locaux.
    L'auteur de cet attentat islamiste avait déclaré aux enquêteurs avoir agi en réaction à la publication et la republication par Charlie Hebdo début septembre des caricatures de Mahomet, qui avaient fait de l'hebdomadaire satirique une cible des jihadistes.
    Cette republication avait eu lieu à l'ouverture le mois dernier du procès des attentats de janvier 2015, qui doit se tenir jusqu'au 10 novembre.
    Depuis la vague d'attentats jihadistes sans précédent amorcée en 2015 en France, qui a fait 259 morts avec ce professeur, plusieurs attaques ont été perpétrées à l'arme blanche, notamment à la préfecture de police de Paris en octobre 2019, ou à Romans-sur-Isère en avril dernier. 
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