Les forges de Dangu ferment, les salariés se sentent trahis

[Témoignage]. Ils sont aujourd’hui 31 employés spécialisés notamment dans l’usinage de pièces éoliennes et ferroviaires. Certains d’entre eux n’ont connu que cette entreprise. Patrick, Philippe et Steven ont accepté de témoigner de leur incompréhension.
 

Forges de Dangu (Eure)
Forges de Dangu (Eure) © Franck Levasseur / France Télévisions (image extraite d'une vidéo)
Il est presque un symbole à lui seul. Patrick, 54 ans, dont 40 passées aux Forges. Son père et la famille de son père ont travaillé dans cette usine. Lui y est entré à 14 ans pour un stage de tourneur fraiseur. Il n’en est jamais reparti.
 

Je n’ai pas de diplôme. Je n’ai rien. A 54 ans, pour retrouver du travail ici, ça va être difficile.

Patrick, 40 ans d'ancienneté

 

Un carnet de commandes qui s’effondre


Le 10 septembre dernier, le groupe industriel Lebronze-Alloys, son propriétaire, a annoncé une fermeture prochaine du site de Dangu. Selon la direction, c’est un effondrement du carnet de commandes qui impose cette décision.

Au grand étonnement des salariés qui évoquent aujourd’hui « un très fort sentiment de trahison ».
 

On nous parlait d’un pôle usinage qui allait s’agrandir et que ce serait l’avenir de Dangu. Pour moi, tout allait bien.

Philippe, salarié depuis 30 ans



De la colère et de l’amertume. C’est ce qu’ont perçu Calypso Vanier et Franck Levasseur (montage : Joffrey Ledoyen) en se rendant dans l’Eure ce lundi 26 octobre.
 
Eure : l'amertume et la colère des salariés des forges de Dangu

 

Une entreprise familiale rachetée par Lebronze-Alloys en 2013


Le site de Dangu n’en est pourtant pas à ses premières difficultés.

En 1967, Pierre Schmitter, fonde à Trie-Château, près de Pontoise (60) la dernière forge privée de France.

L’essor est tel que dans les années 2000, la famille Schmitter décide de s'agrandir et d’implanter une nouvelle unité de production dans la commune voisine de Dangu (27).

Mais en 2009, la crise économique fait rage et les prix de l’acier, matière première des forges, s’affolent. La famille Schmitter se voit contrainte en 2013 de céder pour l’euro symbolique ses sites au groupe Lebronze-Alloys.

Le nouveau propriétaire parvient à réorienter l’activité vers de nouveaux marchés et la santé de l'entreprise s’améliore nettement au point qu’en avril 2015, François Hollande, alors Président de la République se rend aux Forges de Trie-Château, pour lancer un fonds de soutien à l’investissement.


En mai 2015, le quotidien Le Parisien titre même « Les forges de Trie-Château, histoire d’une résurrection ».
 

Fermeture du site historique


Mais en septembre 2018, le groupe LeBronze-Alloys ferme les forges de Trie-Château et délocalise sa production à Dangu. Deux ans plus tard, en 2020, c’est le site eurois qui est lui-même dans le viseur.

Il y a quelques jours dans un message, une salariée nous exprimait son indignation 
 

On nous propose de partir avec le légal prévu par notre convention collective et un supra honteux. […] On a l’impression de faire l’aumône mais nous avons des familles et sommes dans un bassin d’emploi déjà sinistré.

Une salariée






 
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