Juste avant Noël, des suppressions de postes à l'hôpital de Bernay : "Le rouleau compresseur reprend du service"

À l’appel du syndicat FO, une centaine d’agents hospitaliers et de personnels de la cuisine a envahi, ce jeudi 21 décembre 2023, le conseil de surveillance de l’hôpital de Bernay. La délégation dénonce des suppressions de postes et la mort annoncée de la chirurgie dans leur établissement.

Ils ont connu la fermeture de leur maternité en mars 2019. Aujourd’hui, des agents hospitaliers s’inquiètent de la "dégradation de la qualité de soins et de la mort annoncée de leur service de chirurgie" de l'hôpital de Bernay.

25 postes supprimés au service cuisine

Aux côtés de Mélissa Vieren, infirmière de métier et secrétaire adjointe du syndicat Force ouvrière(FO) au centre hospitalier de Bernay (Eure) et de Philippe Chiret, secrétaire du syndicat FO au CH Bernay, Thomas Drouet, secrétaire départemental du syndicat, nous explique :

"Nous avons été informés en instance le 12 décembre de la suppression de 25 postes, notamment au service cuisine. D’ordinaire, il y a des négociations entre les représentants du personnel et la direction. Là, rien du tout. 30 minutes avant le début de la réunion, la direction de l’hôpital est allée en cuisine annoncer ces suppressions de poste. Le 12 décembre…. à deux semaines de Noël. C’est un coup de massue sans élément annonciateur. Pour eux, ces 25 postes, ce sont des chiffres, pour nous, ce sont des personnes et des familles derrière."

Les élus détaillent comment, selon eux, quelques semaines avant, la direction demandait aux agents de la cuisine de présenter des projets pour améliorer et valoriser la qualité alimentaire des repas préparés. "Ils nous ont fait investir dans des chariots motorisés", rappelle Mélissa Vieren.

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, Mélissa Vieren explique :

Après la fermeture de la maternité, ils nous ont laissés tranquilles pendant le Covid car ils se sont rendu compte de notre utilité. On servait à éviter les reports d’opération. Et puis, maintenant le rouleau compresseur recommence. On nous supprime des postes, on nous demande de faire plus avec moins.

Mélissa Vieren, infirmière de métier et secrétaire adjointe du syndicat FO

La mort annoncée du service de chirurgie, selon le syndicat

"Ce qui est grave, c’est que chaque fois, la direction annonce des fermetures pour tenter de récupérer une oxygène financière. C’est ce qu’ils nous disent. Et chaque fois, c’est le même scénario : on constate que la décroissance financière se poursuit et s’accroît. Ça a été la même histoire pour la fermeture de la maternité", ajoute Thomas Drouet.

Parmi les annonces de la direction, d’après Force ouvrière, la suppression de 25 postes équivalent temps plein dans tous les services. Pour l’heure, la liste des services concernés n’est pas encore connue. Le transfert de l’outil de production de la cuisine à Évreux et l’arrêt des permanences de la chirurgie viscérale et orthopédique le soir et le week-end sont également prévus au premier semestre 2024.

"Les chirurgiens viscéraux et orthopédiques n’auront le droit de prendre en charge le soir et le week-end que les patients déjà hospitalisés dans leur service en cas d’aggravation de leur situation médicale. Cela signifie que si un résident de l’Ehpad de Bernay se casse la jambe un week-end, il ne pourra pas être amené aux urgences de Bernay car le chirurgien orthopédique aura interdiction d’apporter son expertise aux médecins urgentistes. Ce patient devra aller à Lisieux pour se faire soigner alors que son Ehpad n’est qu’à quelques centaines de mètres du centre hospitalier de Bernay", tempête Thomas Drouet.

Outre la dégradation de la qualité de l’offre de soins, les représentants syndicaux dénoncent la mort annoncée du service de chirurgie à Bernay.

Un agent pour interdire l’entrée du conseil de surveillance

Ce jeudi 21 décembre, FO a donc appelé à envahir le conseil de surveillance de l’hôpital qui se tenait à 9h30. "Nous avons réussi en quelques jours à peine à mobiliser une centaine de personnes. C’est le signe d’une grande colère", assène Thomas Drouet.

À leur arrivée, ils ont constaté la présence d’un agent de sécurité qui a tenté de leur interdire l’accès à la salle de réunion où étaient présents notamment la direction de l’hôpital, un représentant de l’ARS et la maire de Bernay.

"La présence de cet agent de sécurité est venue aigrir un peu plus encore le personnel, réagit Thomas Drouet. Lorsque les soignants font face à des situations difficiles avec certains patients, jamais ils n’ont obtenu la présence même temporaire d’un agent de sécurité."

"Du mépris et du dédain"

Les élus expliquent qu’après seulement 15 minutes, les participants au conseil de surveillance ont quitté les lieux. Notamment la maire de Bernay, "que quelques collègues ont empêché de partir en se mettant devant sa voiture", reconnaît Thomas Drouet.

"En quelques minutes à peine, une quinzaine d’agents de la gendarmerie et de la police sont intervenus sur place. Jamais la gendarmerie ne se déplace lorsque nos collègues les appellent pour des malades agités. Lors de ce conseil, nous n’avons eu que du mépris et du dédain de la part de la direction".

Ce que les représentants FO espèrent désormais : "provoquer par cette contestation générale une ouverture de portes de l’administration. Les agents de la cuisine ont des propositions à leur faire. Nous demandons que l’activité en cuisine et en chirurgie restent telles qu’elles étaient. Et nous réclamons le maintien d’un accès aux soins de la population 24h/24".

La direction s'explique et veut rassurer

Sollicités par nos soins, la direction de l’hôpital s'est exprimée par voie de communiqué de presse. Elle fait savoir :

"Cette réorganisation a pour objectif de maximiser l’amplitude de prise en charge en chirurgie le jour afin d’offrir un meilleur service à la population de l’aire urbaine de Bernay parfois obligée de se rendre dans d’autres établissements faute de créneaux."

La direction souligne que les prises en charge de nuit sont "anecdotiques" à Bernay, les évaluant à quatre en moyenne par mois et sept par mois le week-end. Elle se veut rassurante : "comme aujourd’hui, en cas de besoin d’une intervention chirurgicale en urgence la nuit, la régulation du SAMU permet de prendre en charge le patient sur un autre plateau technique du territoire".

Pour le centre hospitalier de Bernay, cette nouvelle organisation fait suite à la visite de la Haute Autorité de Santé en juillet dernier qui avait souligné des dysfonctionnements sur les périodes d’astreintes de chirurgie.

La cuisine centrale d’Évreux prendra le relais

Enfin, concernant le service cuisine, dans son communiqué de presse, la direction fait valoir que "pour rester aux normes attendues, la cuisine centrale nécessiterait des investissements massifs. Une visite d’inspection de la direction départementale de protection des populations a souligné des problèmes de fonctionnement et de procédures qui ne garantissent pas une qualité nécessaire".

La direction confirme que pour cette raison, c’est désormais la cuisine centrale d’Évreux qui prendra en charge le service restauration de l’hôpital de Bernay.  

De son côté, l'Agence régionale de santé estime ne rien avoir à ajouter aux propos de la direction de l'hôpital.

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