Grève à Rouen, fermeture à Avranches : les urgences normandes en crise

Publié le Mis à jour le
Écrit par Amandine Pinault
Les urgences de l'hôpital d'Avranches devront fermer cette nuit du 7 janvier, pour la 4e fois en quelques semaines
Les urgences de l'hôpital d'Avranches devront fermer cette nuit du 7 janvier, pour la 4e fois en quelques semaines © France Télévisions/ JM Guillaud

Pour la quatrième fois en un mois, le service des urgences de l'hôpital d'Avranches va fermer cette nuit. Au CHU de Rouen, le personnel des urgences est en grève illimitée depuis le 27 décembre. Dans les deux établissements le problème est le même : un manque cruel de personnel.

Les habitants d’Avranches et des alentours devront de nouveau se passer du service d’urgences cette nuit à l’hôpital.

Sur le planning affiché dans le service, il y a des trous, trop de trous. Ce soir, Marie Véronique Mourtada, médecin urgentiste au centre hospitalier Avranches Granville, est le seul médecin à figurer sur ce planning : « Aux urgences d’Avranches, il faut 2 médecins de garde la nuit. Et ce soir, il manque un médecin. Le service ne peut fonctionner avec un seul médecin, donc on ferme les urgences. On n’est pas en nombre, et ce depuis des mois. » 

Les urgences d’Avranches, ce sont en moyenne 70 passages par jour, des adultes essentiellement et des enfants en traumatologie. Pour accueillir ces patients 24 heures sur 24, il faut 4 médecins, 5 infirmiers, 3 aides-soignants et un ambulancier le jour ; 2 médecins, 3 infirmiers,  2 aides-soignants et 1 ambulancier pour la nuit.

Et dans cet hôpital ce sont les médecins qui manquent.

On devrait avoir 4 médecins en journée et 2 médecins la nuit, ce qui est très rarement le cas. On a une très grosse pénurie actuellement.

Pierre Salvi , cadre de santé paramédical au centre hospitalier Avranches Granville

 

Face au manque de médecins, la seule solution est de fermer les urgences 

La seule solution c’est donc d’assurer le service de jour et parfois, de fermer les urgences entre 18 heures et 9 heures du matin, comme la nuit prochaine et comme ce fut le cas pour celles du 1er janvier, du 25 décembre et du 3 décembre.

 

Une situation de moins en moins exceptionnelle donc et vraisemblablement amenée à se reproduire.

Arnaud Joly, médecin responsable des urgences du centre hospitalier Avranches Granville, explique ne pas avoir de solution miracle : « On rappelle les collègues, on essaie de boucher les trous mais on ne peut pas assurer une permanence ininterrompue avec le manque de médecins. Les collègues font bien plus que leurs heures, on fait appel à la solidarité d’autres établissements, on a recours à l’interim, et bien sûr on cherche à recruter par tous les moyens mais actuellement, on n’a rien de concret. »

Selon ce médecin, le covid aggrave la situation certes, mais le problème est plus gobal et plus ancien. Le nombre de médecins a été selon lui trop longtemps limité, et maintenant « il y a une inertie malgré la hausse récente du numerus clausus ». Autre facteur aggravant : « Urgentiste c’est une spécialité fatigante, qu’il est difficile d’exercer jusqu’à la retraite. »

Les patients d’Avranches et ses alentours doivent appeler le 15 en cas de situation urgente. Les appels sont régulés et les malades conseillés, dirigés vers un généraliste, ou lorsque c’est nécessaire vers les urgences de Granville, Coutances, Saint Hilaire du Harcouët.

« Il ne faut pas se rendre directement dans un service d’urgences »

"Il ne faut pas se rendre directement dans un service d'urgences" insiste Arnaud Joly. Cette recommandation est valable à Avranches, mais aussi ailleurs sur le territoire, et notamment à Rouen, où les urgences du CHU sont en grève illimitée depuis le 27 décembre : « Malgré la mobilisation importante des équipes, le temps d’attente est actuellement très long pour les soins non sévères. Nous invitons les patients ne nécessitant pas de soins d’urgence sévère à éviter de se rendre aux urgences adultes de l’hôpital Charles-Nicolle. » 

Un mouvement de grève pour dénoncer le manque de personnel au CHU de Rouen : Selon Frédéric Louis, secrétaire de la section CFDT de l'établissement, une cinquantaine de lits sont fermés sur l'ensemble du CHU, en raison des difficultés de recrutement, et une quarantaine de postes d'infirmiers ne sont pas pourvus.

"Tout cela entraîne une désorganisation aux urgences. Les collègues des urgences sont débordés à cause de patients qui stagnent du fait d'un manque de lits", a expliqué le syndicaliste à l’AFP.

Il faut que l'Agence régionale de santé prenne conscience des difficultés de l'hôpital public. Hormis du recrutement, il n'y a pas grand chose à faire.

Frédéric Louis, secrétaire de la section CFDT du CHU de Rouen, à l’AFP.

 

A Rouen, la grève s’étend à d’autres services

Après près de deux semaines de grève aux urgences du CHU de Rouen, deux autres services vont suivre le mouvement. L’unité d’hospitalisation d’attente (UHA) et l’unité d’hospitalisation de courte durée (UHCD), complémentaires des urgences, ont déposé un préavis de grève pour la journée du mercredi 12 janvier.

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