La circulation de la covid "atteint un niveau en Normandie qu'on n'aurait jamais cru devoir atteindre"

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Écrit par CM
Les personnels de l'unité Covid du CHU de Caen s'activent pour aider les malades.
Les personnels de l'unité Covid du CHU de Caen s'activent pour aider les malades. © CaroleLefrançois/Francetélévisions

Comme partout en France, la cinquième vague déferle sur la Normandie avec des indicateurs jamais vus depuis le début de la pandémie. La vaccination semble limiter la casse en réanimation mais les services de médecine sont engorgés.

"La circulation du virus en Normandie atteint des niveaux qu'on n'aurait collectivement jamais cru devoir atteindre", pose d'emblée Thomas Deroche, le directeur de l'Agence Régionale de Santé. Le taux d'incidence est aujourd'hui dans la région de 1745 cas pour 100 000 habitants, soit "cinq fois les pires niveaux qu'on avait pu atteindre lors des précédentes vagues". Selon les autorités sanitaires, "la circulation est tellement intense que pour avoir une information fiable, il a été décidé de na pas aller jusqu'à l'échelon départemental". D'où l'absence, depuis quelques jours, des taux d'incidence départementaux. "Toute la Normandie est une région à forte circulation, c'est ça qu'il faut retenir."

A celà s'ajoute un phénomène d'accélération lui aussi "notable" avec un taux d'incidence qui a plus que doublé en l'espace d'une semaine. Les 20-29 ans les 30-39 ans sont les plus touchés "mais ça commence à diffuser vers les autres classe d'âge". Et de citer un taux de positivité qui "crève tous les plafonds". Une personne testée sur cinq est positive.

Le dépistage à plein régime

Et justement, le dépistage tourne à plein régime dans la région. Actuellement, 50 000 personnes en moyenne sont dépistées chaque jour. Le lundi 3 janvier, au retour des vacances, 80 000 tests ont été réalisés. "Dans les phases les plus normales de l'épidémie, on était à 100 000 tests par semaine", indique Thomas Deroche.

Pour autant, le directeur de l'ARS, s'il ne nie pas quelques engorgements, assure que toutes les conditions sont réunies pour assurer le dépistage. "Contrairement à d'autres phases on n'a aucune difficulté sur l'accès aux ressources matérielles, notamment les réactifs qui sont en nombre largement suffisant pour faire face." 2200 structures réalisent du dépistage en Normandie. En parallèle des opérations "aller-vers" sont organisées dans les territoires les plus en tension : 25 sont programmées dans les huit prochains jours.

Autotests : "un approvisionnement massif"

Plusieurs mesures prises ces derniers jours devraient permettre de "soulager les laboratoires", espèrent les autorités sanitaires comme la baisse du taux d'identification du type de variant des tests positifs (25% contre 100% auparavant), des tests antigéniques positifs qui n'ont plus besoin d'être confirmés par un PCR ou la suspension des tests dans les écoles. Sur le front des autotests, très sollicités dans les nouveaux protocoles sanitaires, Thomas Deroche reconnait "une fin d'année tendue" mais assure "un approvisionnement massif" aujourd'hui.

La Normandie, deuxième région la plus vaccinée

Depuis le lancement de la campagne de vaccination il y a un an, la Normandie a toujours figuré parmi les bons élèves. Elle est aujourd'hui la deuxième région française avec 93,7% de sa population de plus de 12 ans à avoir reçu au moins une injection. Le gros chantier actuel, c'est la campagne de rappel: la moitié de la population éligible en Normandie y est passée. "Tout est en place pour aller vers la vaccination complète", assure le directeur de l'ARS. 179 000 rendez-vous sont ainsi proposés pour les 14 prochains jours sur la plateforme Doctolib.

En parallèle, une nouvelle population est éligible à la vaccination depuis le 22 décembre. Une vingtaine de centres vaccine les 5-11 ans dans la région. 5900 injections ont été réalisées au 6 janvier ce qui place la Normandie en première position sur cette tranche d'âge. "On a beaucoup discuté de l'intérêt de la vaccination pour les enfants", reconnait le docteur Jean-Philippe Leroy, médecin au pôle de santé publique du CHU de Rouen, "Il y a pour les enfants un intérêt collectif évident - avoir une vie un peu comme avant, moins craindre les contacts avec les autres, éviter les fermetures de classes - et un intérêt individuel. La vaccination en Israël et aux Etats-Unis a permis de révéler que si les cas de covid graves sont plus rares dans cette population, ils sont moins nombreux avec la vaccination." Pour rassurer les parents, le médecin rappelle que "le Pfizer pédiatrique contient trois fois moins d'ARN messager avec un même niveau d'efficacité que le vaccin adulte.

Hôpital : les services de médecine en grande tension

Malgré le fort taux de vaccination dans la région, la pression sur les hôpitaux normands est forte. 917 personnes sont aujourd'hui hospitalisées pour covid et 115 patients sont en réanimation. "Le nombre de séjours hospitaliers est déjà le même que le pic observé au printemps 2020 mais nous ne sommes qu'à la moitié du pic maximum observé en réanimation grâce à la vaccination", indique Thomas Deroche, "Une personne non vaccinée a 14 fois plus de risques d'être hospitalisée et 28 fois plus de risques d'être placée en soins critiques." Le taux de réanimation pour covid en Normandie est aujourd'hui de 48%, "il est très élevé mais il est néanmoins le moins élevé de France".

Pour autant, le taux d'occupation globale (toutes pathologies confondues) en réanimation dans la région est de 90% et ce taux est dépassé dans la Manche, l'Orne et l'Eure. "Les réanimations universitaires (CHU de Caen et Rouen) accueillent des patients d'autres départements." Mais ce qui préoccupe le plus les autorités sanitaires c'est l'augmentation de l'activité en médecine. "Aujourd'hui, le sujet le plus immédiat c'est de refaire de la place en médecine. Sur les territoires de Caen et Rouen, les plus touchés par l'engorgement, tous les établissements publics et privés ouvrent de nouveaux lits de médecine ou transforment des lits chirurgicaux." Avec un impact en terme de déprogrammation. "Une quarantaine de lits de chirurgie va être transformée en lits de médecine au CHU de Caen et on fait ça en déprogrammant des soins non-urgents. Au CHU de Caen, on a 20% de déprogrammation."

"On sait que ça va continuer"

La covid n'est pas seule en cause dans cet afflux en médecine. "On est sur un hiver où toutes les pathologies circulent, où on rattrape aussi des retards de soins cumulés du fait des vagues antérieures", explique le directeur de l'ARS. Mais la dernière version en date du virus complique sérieusement la gestion hospitalière. "Omicron a une telle cinétique de contamination qu'il touche toutes les catégories de population, y compris les soignants", déjà fortement éprouvés depuis de nombreux mois. "Et on sait que ça va continuer. Les contaminations d'aujourd'hui sont les hospitalisations d'après-demain", prévient Thomas Deroche.

 

 

 

 

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