Au Mont-Saint-Michel, des touristes mais pas assez de saisonniers

Publié le Mis à jour le
Écrit par David Frotté .

Avec les vacances de Pâques et une météo estivale, c'est la grosse affluence au Mont-Saint-Michel. Sauf que restaurateurs et hôteliers peinent à trouver du personnel pour renforcer leurs équipes. Près de 300 postes sont à pourvoir.

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Il y a des images qui ne trompent pas. Voir cette Grande rue noire de monde, où les touristes flânent entre les magasins de souvenirs et les restaurants. Voir ce flot continu sur les longs escaliers menant à la merveille... Fini la quiétude monacale pour le Mont-Saint-Michel, la saison a commencé, la période de l'année où vient la très grande majorité des 2,5 millions des visiteurs annuels !

Les 25 restaurants de ce site si prisé sont vite pris d'assaut, mais les files d'attente risquent de s'allonger encore plus que d'habitude, car en cuisine comme dans les salles ou à la vente, les employés manquent. A la crêperie du chapeau rouge par exemple, la responsable a dû fermer une salle de son restaurant et adapter ses horaires. "Je fais ce que je peux, je commence le matin vers 8h jusqu'à 17h, le temps ensuite de refaire la mise en place, le ménage", détaille Nadine Payen. "Je ferme une journée par semaine."

Des annonces et des jobs-dating sans succès

Depuis mi-mars, les annonces se sont multipliées sur internet pour trouver plus de 300 personnes. Des commis de cuisine, réceptionnistes, agents d’entretien, barman ou encore conseillers de ventes. Mais rien n'y fait, c'est la pénurie de main d'œuvre. Le job-dating organisé n'a attiré que 50 candidats !

"Dans l'ancien monde, on postait des annonces sur internet et les gens nous contactaient. Aujourd'hui, c'est nous qui allons les chercher", témoigne Léo Vannier, directeur général du groupe la Mère Poulard. 34 postes sur 120 sont encore à pourvoir pour les vacances dans ses différents établissements. "On a notre carnet d'adresse, et on les connait ces jeunes-là, donc c'est à nous d'aller les chercher sur le terrain." 

Les salaires c'est assez bas, on n'a pas nos week-ends, pas les jours fériés.

Killian Campan, employé dans l'hôtel Duguesclin

Sauf que visiblement, le métier a de plus en plus de mal à séduire. "On n'a pas beaucoup de temps pour nous, les salaires sont assez bas, on n'a pas nos week-ends, pas les jours fériés", témoigne Kilian Campan qui vient d'accepter pourtant un CDD de huit mois dans un hôtel du rocher.

En plus, l'hébergement est souvent un casse tête pour les saisonniers, d'abord par manque de biens, mais aussi car les prix pratiqués sont inaccessibles pour de jeunes travailleurs. "Il n'est pas simple de se loger sur place ou à proximité directe", admet Hervé Bijon, directeur du développement à l'établissement public national du Mont-Saint-Michel. "L'objectif c'est qu'à l'avenir on ait des solutions plus appropriées pour accueillir ces salariés saisonniers." Une étude est actuellement en cours dans les communes alentour pour augmenter les capacités d'accueil et faciliter le transport des employés sur le Mont.

Les saisonniers, en position de force ?

Même l'office de tourisme est en difficulté de recrutement, alors qu'on imagine que les horaires y sont plus classiques. Avant le très attendu week-end de Pâques, deux postes sont encore à pourvoir. "On s'en sort un peu mieux que les autres, mais ça été extrêmement laborieux, on a reçu beaucoup moins de candidatures que les autres années", admet Noëmie Monpays, directrice adjointe de l'office de tourisme Mont-Saint-Michel

Avant on avait le choix du roi, l'embarras de la sélection. Désormais ce sont les candidats qui choisissent les entreprises."

Noëmie Monpays, directrice de l'office de tourisme du Mont-Saint-Michel

Ironie de l'histoire, ce sont les emplois les moins précaires qui sont le plus dur à pourvoir, ceux de six mois pour couvrir l'ensemble de la saison. Cette semaine, elle a trouvé quelqu'un et s'estime "chanceuse", même si ce nouveau salarié ne commencera vraiment que le 1er mai. "On a reçu un CV, fait un entretien... Coup de chance, la personne était super et voulait bien venir travailler pour nous."

Petit regret quand même, le report de création d'une brigade en mobilité, là où sont les deux postes restant à pourvoir. "Ce sont des personnes hors les murs, qui iront à la rencontre des gens, souhaiter la bienvenue aux visiteurs, que ce soit sur les parkings, la place des navettes, ou à l'entrée du Mont. On veut humaniser l'accueil et proposer des services supplémentaires" : des bracelets d'identification pour les enfants, des consignes à bagages, ou encore l'accueil des cyclotouristes.

Des webinaires pour essayer de comprendre cette situation de crise

Les professionnels locaux du tourisme discutent évidemment entre eux de cette situation inédite, et plusieurs explications semblent se dessiner.

D'abord, le confinement semble avoir fait bifurquer de voies nombre de saisonniers. "Travailler dans le tourisme, c'est un métier passion, clairement", souligne Noëmie Monpays. "Des personnes qui étaient au chômage à cause du Covid ont changé de métier, et finalement trouvé un confort de vie familial, des horaires de bureau..."

On paye 30 dernières années de très mauvaises conditions de travail

Noëmie Monpays, directrice de l'office de tourisme

Et elle ne nie pas que oui, "on paye les 30 dernières années de très mauvaises conditions de travail". Certains ont su évoluer, mais pas tous. Et le secteur n'a pas bonne réputation aujourd'hui : "des salaires pas assez valorisés, des heures supplémentaires par toujours bien payées, des coupures trop importantes dans la journée pour faire faire aux salariés les deux services de repas, en 11h-15h et 18h-22h. Ca change, il faut que ça change !"

Enfin, avant, beaucoup d'étudiants de l'enseignement supérieur finissaient leurs études tôt, mais le Covid a reporté des stages longues durées qui ne sont aujourd'hui pas encore finis. "On a tenté de contacté nos habitués, mais ils nous répondent qu'ils ne sont pas encore libre, pas avant le 1er juillet..."

Autant de raisons qui provoquent cette situation jamais vue dans la Baie du Mont-saint-Michel, un lieu pourtant habitué à jouer avec les saisons avec 2.200 emplois touristiques en moyenne annuelle, et plus de 3.000 sur juillet et août.

Le tourisme dans la Manche en chiffres :

  • 6.300 emplois touristiques, soit 3,6% de l’emploi du département et 16% de l’emploi touristique en Normandie. 
  • L’hébergement marchand, la restauration et les cafés offrent plus de la moitié de l’emploi touristique normand (56%).
  • Les zones littorales sont les plus touristiques : les emplois touristiques représentent 8% des emplois dans la baie du Mont Saint-Michel et 5% sur le littoral de la Manche.
  • 35% des emplois touristiques sont concentrés dans la baie du Mont Saint-Michel
  • L’emploi touristique présente une saisonnalité forte : +41% d’emplois entre la haute-saison (8880 emplois) et la moyenne annuelle.

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