A Cherbourg, une grande manifestation lycéenne pour clôturer une semaine de mobilisation contre le bac

Depuis ce lundi 3 mai, de nombreux lycéens cherbourgeois sont mobilisés pour réclamer un aménagement des épreuves du baccalauréat. Le ministre de l'éducation a annoncé des assouplissements. Des élèves de plusieurs lycées de la ville défileront tout de même ce vendredi.

Barrage filtrant au lycée Jean-François Millet à Cherbourg
Barrage filtrant au lycée Jean-François Millet à Cherbourg

"Aujourd'hui, avec la météo, on a eu un peu moins de monde parce qu'il pleut sur Cherbourg mais on est quand même une grosse centaine de personnes devant le lycée", raconte Achille Dumas, représentant et porte parole du blocus, affilé au Mouvement National des Lycéens de la Manche. L'élève en terminale au lycée Victor Grignard tient les comptes : "Hier on était environ 170 toute la journée."Au lycée Jean-François Millet, Sybille Lopes est elle aussi satisfaite de la mobilisation "avec une moyenne de 200 élèves par jour". Depuis lundi dernier, les deux établissements cherbourgeois sont en pointe dans la mobilisation contre l'organisation du baccalauréat 2021.

Impréparation, inégalités entre les élèves et les établissements, ce lundi 3 mai, jour de rentrée des classes, les élèves de trois lycées de Cherbourg, comme d'autres un peu partout en France, ont bloqué leurs établissements pour réclamer l'annulation des épreuves et le passage au contrôle continu. En fin de journée, l'académie de Normandie avait recensé une dizaine de lycées mobilisés.  "Dans notre lycée, nous, les terminales, on a été un peu privilégiées : on a été en présentiel jusqu'aux vacances de février. Les premières, eux, ont été en distanciel une semaine sur deux depuis la fin des vacances de la Toussaint. Pour eux, c'est très compliqué", raconte Achille Dumas, "Pour le grand oral, personne n'est préparé. Les profs ont encore eu une formation la semaine dernière alors qu'on est censé le passer dans un mois et demi. Toutes les circonstances font qu'on ne se sent pas serein et très anxieux à l'idée de passer ces épreuves-là."

Au lycée Jean-François Millet, Sybille Lopes estime ne pas être "la plus à plaindre" et pense qu'elle devrait s'en sortir. Mais l'année écoulée, marquée par le distanciel et une mise à l'isolement de quatre semaines pour cas contact, a laissé des traces. "Il y a eu une grosse baisse de motivation par rapport à l'année dernière. Le fait de se retrouver tout seul, de ne pas voir d'autres personnes, ça impacte énormément sur la santé mentale. Je comprends les étudiants qui ont un état psychologique qui se dégrade de jour en jour. J'ai quand même réussi à maintenir le rythme. Mais il y a des élèves qui n'ont pas eu cette chance.

Bienveillance de la direction

L'action entamée lundi dernier s'est poursuivie toute la semaine. "Depuis mercredi, on a mis en place un barrage filtrant. On permet aux élèves qui veulent entrer en cours de le faire", indique Achille Dumas. Au lycée Jean-François Millet comme au lycée Victor Grignard, l'action est menée par les élèves en concertation avec la direction de l'établissement. "Ils nous laissent faire étant donné qu'on est dans un mouvement pacifique très bien géré avec un respect des élèves et une prise en compte de leur santé. Là il pleut, on a fait des abris, on leur demande de se couvrir", explique Sybille. "On a des réunions tous les jours pour voir comment ça se passe niveau sécurité et gestes barrières parce que c'est très très important et il faut faire attention à ça. On a eu aussi des réunions avec les professeurs", indique Achille.

Un mouvement qui se veut "pacifique" donc mais aussi collectif, en coordination avec d'autres établissements. "On est en contact toute la journée et on s'organise avec le lycée Millet. Moi je suis en contact avec le lycée Henri Cornat à Valognes. Eux aussi sont en blocus depuis hier (mercredi). Ils y sont encore aujourd'hui. On essaye d'être tous en lien, que ce soit vraiment un mouvement collectif. " Et ce mouvement collectif a prévu de se retrouver ce vendredi après-midi dans les rues de Cherbourg pour une grande manifestation. "On veut finir une semaine de blocus sur un gros point très symbolique."

Le ministère lâche du lest

Car entre temps, le ministre de l'éducation, Jean-Michel Blanquer, a fait plusieurs annonces. Concernant l'épreuve de philo, la note de contrôle continu pourra être retenue si le candidat ne brille pas à l'épreuve. Au grand oral, l'élève pourra consulter ses brouillons et pourra transmettre au jury un message de son enseignant indiquant quelles parties du programme n'ont pas pu être traitées au cours de l'année. Pour les élèves de première (épreuves de français), le nombre de sujets à l'écrit sera revu à la hausse. Inversement, le nombre de textes présentés à l'oral sera diminué (14 au lieu de 20).

"On est tous conscients qu'il y a des avancées. On est conscient aussi qu'un dialogue a été mis en place avec le gouvernement. On est content et fier que notre action soit entendue", commente Achille Dumas, pour qui l'épreuve de philo a fait l'objet d'un "sacré aménagement". Néanmoins, l'élève de terminale à Victor Grignard souhaiterait "un assouplissement encore plus fort" sur les épreuves de français et le grand oral. Au lycée Jean-François Millet, "on en a beaucoup discuté entre organisateurs et avec la direction", raconte Sybille Lopes, "les terminales sont très satisfaits du grand oral et de la philosophie. Pour les premières ,il y a aussi beaucoup d'indulgence et un allègement des textes, tout comme une augmentation du nombre de sujets à l'écrit."

Cherbourg à contre-courant ?

Si elles semblent plutôt bien accueillies par ces lycéens cherbourgeois, les annonces de Jean-Michel Blanquer sont loin de faire l'unanimité. Chez les enseignants, tout d'abord. Mais aussi dans les directions nationales des syndicats lycéens. L'UNL dénonce des "mesures de façade". Le Mouvement National des Lycéens, auquel sont affiliés Sybille et Achille, appelle quant à lui "à rebloquer vendredi". Interviewé ce mercredi soir par nos confrères de FranceInfo, Antoine Nouvian, le secrétaire général du MNL, a fustigé Jean-Michel Blanquer qui, selon lui, "avait plus les compétences pour travailler à Bricomarché qu'au ministère de l'éducation."

Vendredi après-midi, la manifestation à Cherbourg sera maintenue. "On a commencé un mouvement, on aimerait le finir. Arrêter le blocus aujourd'hui (jeudi) alors que demain il y a manifestation, les gens ne comprendraient pas. C'est aussi une question de crédibilité par rapport au syndicat qui nous représente, le MNL", reconnait Sybille Lopes.  La jeune femme attend également que les annonces du ministre aux médias se concrétisent dans des textes. "On n'a pas bloqué une semaine, empêché des élèves d'aller en cours pour de simples annonces". Pour cette élève de filière générale, la manifestation permettra également de "représenter les autres bacs comme les bacs pros ou les BTS".

Et de clôturer cette semaine de mobilisation. "Le blocus va s'arrêter vendredi à 18 heures", annonce Sybille, "La semaine prochaine, nous ne referons pas blocus. Si il y a un blocus, ce ne sera pas sous notre direction et on essaye de dissuader toute personne qui serait tentée de le faire. On a promis au proviseur que notre groupe ne refera pas blocus." Les épreuves écrites de philosophie et de français auront lieu le 17 juin prochain. Le grand oral et l'oral de français se dérouleront du 21 juin au 2 juillet.

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