Droits de pêche à Jersey : une soixantaine de bateaux de pêche normands et bretons bloquent Saint-Hélier

C'est une véritable démonstration de force entre la France et la Grande-Bretagne, qui s'est déroulée une partie de la journée devant Saint-Hélier à Jersey. Le ton ne cesse de monter entre les pêcheurs et Jersey qui n'a octroyé que 41 licences sur les 344 demandées.
    

Les autorités de Jersey n'ont accordé que 41 licences de pêche aux Normands et aux Bretons alors qu'il y a eu 344 demandes. 
Les autorités de Jersey n'ont accordé que 41 licences de pêche aux Normands et aux Bretons alors qu'il y a eu 344 demandes.  © P. Comte / FTV

Et pour assurer la sécurité, deux patrouilleurs français étaient sur zone. "Avec une cinquantaine de pêcheurs sur zone forcément on a préféré prépositionner ces deux bâtiments", a indiqué une porte-parole de la préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord. Il précise que la mission du patrouilleur côtier de la gendarmerie maritime Athos et de celui des affaires maritimes Themis est d'assurer "la sécurité de la navigation et la sauvegarde de la vie humaine en mer".

Les patrouilleurs de la Royal Navy ont surveillé également la cinquantaine de bateaux normands et bretons qui sont arrivés tôt ce matin, comme le montre cette carte de marinetraffic.com

 

Les pêcheurs sont stationnés devant l'entrée du port de Saint-Hélier.
Les pêcheurs sont stationnés devant l'entrée du port de Saint-Hélier. © marinetraffic.com

La tension est retombée dans l'après-midi quand les bateaux ont commencé à quitter les eaux de l’île anglo-normande, à l’issue d’une rencontre entre les pêcheurs français et un ministre de l’île : "La démonstration de force est faite. C’est le politique qui doit prendre le relais", a déclaré Dimitri Rogoff, le Président du comité régional des pêches de Normandie.

 

La démonstration de force est faite. C’est le politique qui doit prendre le relais.

Dimitri Rogoff, président du comité régional des pêches

Escalade

Cette manifestation qui aura duré une dizaine d'heures est la conséquence d'un bras de fer entamé il y a des mois par le gouvernement britannique, dans le cadre de la négociations du Brexit, sur un sujet brûlant, la pêche. Aujourd'hui, l'accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques continue de provoquer des frictions malgré l'accord trouvé entre Londres et Bruxelles, en vigueur depuis le 1er janvier dernier. Ces derniers dénoncent les conditions de pêche imposées aux marins français très restrictives, depuis le premier janvier dernier. 

 

Pêcheur normand devant Jersey.
Pêcheur normand devant Jersey. © M. Saint-Jours / FTV

Le Royaume-Uni a publié vendredi une liste de 41 navires français, sur 344 demandes, autorisés à pêcher dans les eaux de Jersey. Mais cette liste s'accompagne de nouvelles exigences "qui n'ont pas été concertées, discutées ni notifiées avant" dans le cadre de l'accord. 


Mardi, la ministre française de la Mer, Annick Girardin, a affirmé que la France était prête à recourir à des "mesures de rétorsion" si les autorités britanniques continuaient à restreindre l'accès des pêcheurs français à ces eaux. Hier, les autorités de Jersey ont dénoncé avec indignation la menace implicite de Paris de couper le courant sur l'île anglo-normande dont 95% de l'élecricité provient de France.
       
 

Les menaces envers Jersey sont clairement inacceptables et disproportionnées

Un porte-parole du gouvernement britannique


De son côté, le gouvernement de Jersey assure avoir "octroyé les licences de pêche conformément à l'accord commercial" conclu entre Bruxelles et Londres fin décembre. Ce dernier prévoit une période de transition jusqu'à l'été 2026, date à partir de laquelle les pêcheurs européens renonceront à 25% des captures dans les eaux britanniques.

Le ton ne cesse de monter entre les gouvernements. Point d'orgue de ces tensions : la décision de la région Normandie et du conseil départemental de la Manche, "de fermer leur représentation" dans les îles anglo-normandes. Les deux collectivités françaises ont justifié la fermeture de cette "Maison de Normandie", qui abrite le consulat honoraire de France, par leur volonté de "manifester leur incompréhension et leur mécontentement" face aux conditions de pêche imposées par Jersey.

Une situation intenable pour les pêcheurs 

De leur côté, les pêcheurs ont le sentiment d'être pris en otage. Dimitri Rogoff, le président du comité régional des pêches de Normandie, a indiqué hier qu'une centaine de bateaux français comptaient se rendre dès ce matin au port de Saint Helier, la capitale de Jersey, pour montrer leur mécontentement. Parole tenue. Leur intention : organiser un blocus du port de l'île. "Il n'est pas question de passer à l'assaut (...) Le but du jeu c'est de se montrer, de faire voir que les pêcheurs sont déterminés, d'appuyer ce qui a été réclamé et puis les propos de la ministre aussi, des propos assez virulents quand même", a-t-il déclaré à l'AFP.

C'était important d'être là parce que les premières licences attribuées jusque là sont inacceptables.

Romain Davodet, pêcheur amateur depuis 15 ans à Barneville-Carteret

Ce matin, les navires français ont manoeuvré de manière à empêcher la sortie des bateaux de pêche jersiais. Le brouillard est épais et on distingue à peine, à un ou deux miles de là, les deux navires de patrouille britanniques envoyés hier soir.

 

Ils ont été déployés "par précaution" par le premier ministre britannique. Ce dernier a estimé que ce blocus des ports de Jersey par des pêcheurs français "serait totalement injustifié", appelant de son côté à une "désescalade des tensions". 

C'est ce que souhaite également Marc Lefèvre, le président DVD du conseil départemental de la Manche :"Couper l'électricité c'est la menace ultime. C'est surtout un moyen de leur montrer qu'ils ont besoin de nous comme nous avons besoin d'eux pour faire vivre la pêche normande. Nous sommes trop près pour nous fâcher définitivement. C'est un peu comme une famille, on peut se disputer mais on se réconcilie toujours."   

Voyez le reportage de Pauline Comte et Marie Saint-Jours

 

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