Flambée de l'énergie : le chaleureux cadeau d'une commune à ses écoliers pour braver le froid

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Dans la Manche, la commune de Périers a décidé d'acheter des polaires pour ses 350 écoliers, dont les classes seront maintenues à 19 degrés cet hiver pour faire des économies d'énergie.

Col roulé pour le ministre de l'économie Bruno Le Maire, doudoune pour Elisabeth Borne en conseil des ministres, depuis plusieurs jours le gouvernement tente de faire passer un message aux Français, à travers ces codes vestimentaires : baissez le thermostat et optez pour un vêtement chaud, Un conseil de "sobriété énergétique" qui suscite parfois des railleries, voire l'indignation mais qu’une commune de la Manche s’apprête à mettre en pratique. D’ici quelques semaines, les écoliers de Périers seront habillés d’une chaude polaire aux couleurs de la ville.

"Cette idée-là, elle ne date pas de la semaine dernière où le ministre de l'économie a mis son pull", plaisante Gabriel Daube, maire de la commune de Périers. "Au mois de mai, j'ai demandé à ce qu'on éteigne le chauffage dans les bâtiments communaux, notamment dans les écoles. Malheureusement, il s'est mis à faire 12 degrés cette semaine-là et les enfants et les profs m'ont dit : "ça ne va pas ! "Je leur ai dit : "ok, je remets le chauffage mais, l'hiver prochain, je ne le rallumerai pas. En revanche, on va vous acheter des pulls ! C'est comme ça qu'est née l'idée."

"On n'était pas très regardant sur le chauffage"

"Avant, poursuit le maire, on n'était pas très regardant sur le chauffage. On le mettait à 21, 22 degrés dans nos bâtiments, y compris pour le personnel de mairie. Cette année, ce sera 19 degrés pour tout le monde. Mais, pour les écoles, 19 degrés je pense que ça fait juste", avoue le maire, "A 19 degrés, nous, les adultes, nous le supportons, en mettant un pull, mais les enfants, eux, ont vite froid. Et moi je veux qu'ils se sentent bien pendant les enseignements, qu'ils soient à l'aise."   

Pour compenser la baisse du thermomètre, la municipalité a donc décidé de commander trois-cent-cinquante polaires bleues et jaunes, aux couleurs de la communes, et fabriquées en France. Ces vêtements chauds seront livrés au mois de novembre prochain. De quoi vêtir tous les écoliers et tous les agents des établissements scolaires de la commune. L'école publique ne sera pas la seule concernée. "Pour moi, tous des enfants sont égaux, explique le maire. Je donnerai aussi des polaires aux enfants de l'école privée. Ça ne passera pas les établissements, d'ailleurs, ce sera un don aux familles."

Le retour de l'uniforme à l'école ?

Car la démarche se veut aussi sociale. "A Périers, on est dans les marais. Sociologiquement, on a des familles qui ne sont pas très riches. Par exemple, on a mis en place une tarification sociale à la cantine : un tiers des familles bénéficient du repas à un euro. Donc, pour ces familles-là, le fait de recevoir une polaire, je pense que c'est aussi important", souligne Gabriel Daube. "Les bien-pensants disent que ce n'est pas aux communes de s'occuper de ça, puisqu'il y a l'allocation de rentrée scolaire, mais je ne suis pas d'accord. Je le fais dans le même esprit que la Région qui offre des ordinateurs aux lycéens ou le Département qui donne des dictionnaires franco-anglais aux collégiens. C'est la même démarche. Je veux que les élèves soient bien dans leurs classes. D'autant plus que c'est la principale compétence de la commune."

Que pensent les parents de cette initiative ? Certains sont partagés. "Si ça aide à faire des économies, OK, dit une mère de famille interrogée par nos collègues de France 2. Mais si mes enfants me disent en rentrant de l'école qu'ils ont froid, ça va commencer à m'énerver". Autre critique, formulée par certains : cette polaire aux couleurs de la ville aurait un parfum de retour de l'uniforme, ce que conteste le maire : "Les enfants ne seront pas obligés de porter le vêtement chaud. Ce n'est pas comme la blouse d'autrefois, qui étaient vraiment obligatoires".

Les écoles, passoires thermiques ?

Cette décision de fournir des polaires aux écoliers pourrait n'être qu'anecdotique si elle ne s'inscrivait pas dans une politique d'économie d'énergie beaucoup plus large. Voilà douze ans que cette commune manchoise de 2300 âmes s'est saisie du dossier : "En 2010, rappelle le maire, nous avions fait un diagnostic avec Manche Energie.Tous nos bâtiments municipaux se sont avérés être des passoires thermiques : la mairie, les écoles, la maison des associations. Pour leur isolation, nous avons bénéficié de nombreuses aides de l'Etat (à hauteur de 80% du total). Les bâtiments ont vu leur efficacité énergétique augmenter de 40%. Et puis on a aussi refait tout l'éclairage public. Dès 2010, nous sommes passés à l'éclairage LED, ce qui nous a permis de faire 50% d'économie d'énergie sur ce poste."  A cela, s'ajoutent des achats groupés de gaz effectués avec le SDEM (syndicat des énergies de la Manche) pour alléger la facture.

Malgré tous ces efforts, la municipalité sait qu'elle n'échappera pas à une augmentation d'environs 20% de ses coûts liés à l'énergie, étant donnée la flambée actuelle des prix de l'électricité et du gaz. Dans son budget de l'année prochaine, le poste passera de 100.000 à 120.000 euros.

Une parenthèse à Noël

L'achat des 350 polaires coûtera à la ville 6000 euros. Une somme qui sera plus que compensée par les 10 000 euros d'économie attendus des différentes mesures d'économies prises par la commune. Car Périers va également éteindre les éclairages publics à 23 heures, y compris sur ses axes principaux (Saint-Lô et Carentan-Coutances). "À Noël, précise le maire, nous installerons des illuminations dans la ville, parce que je veux qu'il y ait quand même la fête, mais nous les éteindrons aussi à 23 heures".

La question des coûts de l'énergie donne aujourd'hui des sueurs froides à tous les élus locaux. Le sujet était à l'ordre du jour de l'assemblée des maires de la Manche, vendredi dernier : "La plupart de mes collègues sont inquiets, raconte Gabriel Daube. Ils ne voient pas comment ils vont faire face à cette augmentation. Ils demandent à l'Etat d'intervenir, avec un bouclier tarifaire. Dans les petites communes, nous avons des aides pour l'électricité, mais rien pour le gaz".

"Comme responsables publics, conclut-il, nous ne pouvons qu'être inquiets. Pour l'instant, la solution passe par les économies d'énergie. Mais ensuite, nous devrons peut-être aussi revoir nos investissements : les réduire ou même couper certains services publics. On a déjà vu des piscines fermées. On pourrait s'attaquer  à la restauration scolaire, mais je ne voudrais pas en arriver là. Ou alors on augmente les impôts, ce qui n'est pas une solution non plus."

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