A Granville, les habitants privés de piscine à cause de la flambée de l'énergie

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Quatre ans après son inauguration, le centre aquatique de la communauté d'agglomération Granville Terre et Mer doit fermer ses portes. Une fermeture temporaire, selon la direction de l'Hippocampe, en raison de la flambée des coûts de l'énergie. L'entreprise normande Vert Marine, qui gère l'équipement, a pris des mesures similaires sur d'autres sites en France. Pour maintenir ouvertes, la société aurait dû multiplier les tarifs d'entrée par trois, ce qu'elle refuse de mettre en place.

Après plus de 30 ans de bons et loyaux services, la vénérable piscine Tournesol de Granville était remplacée en avril 2018 par un centre aquatique flambant neuf. La communauté de communes de Granville Terre et Mer avait vu les choses en grand: un bassin de 25 m homologué pour les compétitions fédérales de natation, 200 m2 de plan d'eau dédiées à la détente, une pataugeoire, deux hammams, deux saunas, une terrasse solarium. Et un budget à la hauteur de ces ambitions. 18 millions d'euros avaient été investis dans la construction de l'Hippocampe avant d'en confier la gestion à un délégataire privé.

Mais quatre ans après son inauguration, cet équipement ferme "temporairement" ses portes. C'est via un communiqué diffusé ce dimanche 4 septembre que la direction du centre aquatique a annoncé sa décision. Raison invoquée : la crise énergétique.

Les hausses du coût de l’énergie que nous subissons tous, ne nous permettent plus aujourd’hui de gérer les équipements de manière équilibrée économiquement et pérenne socialement et ainsi, de mener à bien nos missions de service public.

Communiqué, dimanche 4 septembre 2022

Selon le délégataire privée, il faudrait multiplier par trois le prix d'entrée pour compenser la flambée du coût de l'énergie.

Des fermetures en pagaille

Cet argument est invoqué un peu partout en France pour justifier des mesures similaires. Une trentaine de piscines publiques est concernée sur le territoire. L'entreprise Vert-Marine, basée à Mont-Saint-Aignan, en Seine-Maritime, gère 80 "équipements sport-loisirs pour le compte de collectivités locales" en France, comme le rappelle son site internet, et se présente comme l'un des leaders du secteur. Un leader qui, ces derniers jours, multiplie les annonces de fermeture de piscines comme à Montauban, Nîmes, Limoges, Royes, dans la Somme,  ou Saint-Dizier en Haute-Marne.

Dans un communiqué transmis à nos confrères de l'AFP, la société Vert Marine indique que c'est "pour une durée temporaire" et elle a placé "les personnels en chômage partiel". La facture énergétique de ce délégataire de service public est passée de "15 à 100 millions d'euros", soit "la totalité du chiffre d'affaires annuel de l'entreprise". Il faudrait multiplier par trois le tarif d'entrée pour que ces piscines restent ouvertes, ce que refuse de mettre en place la société.  

A chaque fois, ce ne sont pas seulement les usagers qui sont pris au dépourvu. Les collectivités locales semblent être informées de cette décision au dernier moment. A Granville, la communauté d'agglomération a appris la nouvelle par mail vendredi dernier, en fin de soirée. Dans le Gard, Nîmes Métropole aurait été prévenue ce dimanche, la veille de la fermeture. Une attitude cavalière dénoncée par plusieurs élus et une décision qui met les collectivités dans une situation extrêmement compliquée car bon nombre de ces équipements ont vocation à accueillir les scolaires et les clubs sportifs.

Au pied du mur

"On sort d’une période covid très compliquée et là devait démarrer l’apprentissage de tous les niveaux scolaires pour tout le territoire. Et sur le plan sportif, on a des associations qui vont avoir bien du mal à tenir leurs engagements vis à vis de leurs adhérents. Je pense notamment au water-polo qui  évolue au niveau national. Je ne sais pas aujourd’hui comment ce club va pouvoir tenir ses engagements vis à vis de la fédération sportive", déplore Stéphane Sorre, le président de Granville Terre et Mer.

Pour autant, une fois le choc de la nouvelle passé, l'élu manchois déclare ne pas être complètement surpris. "J’avais eu des contacts avec les dirigeants les semaines et mois passés et j’avais bien perçu leur inquiétude sur le sujet des énergies", raconte Stéphane Sorre, "Je pense que ce sont des chefs d'entreprise qui ont fait jouer en priorité leurs responsabilités de dirigeants qui ont vu la liquidation de l’entreprise se profiler s'ils ne prenaient pas une décision en urgence". Selon les informations transmises par Vert Marine à la communauté d'agglomération, "sur le bilan de janvier à juillet, par rapport au budget prévisionnel, on est déjà à plus de 250 000 euros de dépenses supplémentaires sur les postes électricité-gaz." Au regard des derniers cours du mégawatt/heure, “on dépasse le million d’euros de surcoût budgétaire. Ça devient carrément ingérable.

Un électrochoc ?

Pour le président de Granville Terre et Mer, la brutalité de la décision prise par la direction de Vert Marine (la fermeture de nombreuses piscines sur le territoire français) n'est pas sans arrière pensée. "Ils ont voulu frapper un grand coup pour provoquer une réaction des pouvoirs publics et au plan national attirer l’attention très fortement sur les piscines publiques." Et le communiqué diffusé par la direction de l'Hippocampe sur les réseaux sociaux semble accréditer cette thèse. "Nous en appelons aux instances locales et gouvernementales afin de prendre les décisions nécessaires et inédites pour revenir à des coûts supportables pour répondre à cette crise urgente." Le même communiqué a été publié sur d'autres sites fermés par Vert Marine.

Cette flambée du prix de l'énergie a des répercussions sur les piscines françaises depuis plusieurs mois déjà. Au printemps dernier, la municipalité d'Oissel-sur-Seine, en Seine-Maritime, avait décidé de fermer la piscine de la commune durant cinq semaines. La facture de chauffage avait été multipliée par quatre en l'espace d'un an. Selon France Urbaine, l'association qui regroupe métropoles et grandes villes de France, les piscines publiques sont déjà sortie affaiblies des fermetures de la période covid avec des pertes mensuelles de 200 000 euros en moyenne par équipement. La hausse du coût de l'énergie les fragilise encore plus. "Nous sommes devant un patrimoine vieillissant et gourmand en énergie", indique l'association à l'AFP.

Toutes les solutions possibles

Les 4.000 piscines publiques sont aujourd'hui majoritairement chauffées au gaz et 10% d'entre elles sont gérées via une délégation de service publique. Les collectivités qui assurent elles-mêmes la gestion de ces équipement tentent de trouver des solutions. Certaines décident de réduire leurs plages horaires quand d'autres envisagent de baisser la température de l'eau.

Pour celles qui, comme Granville, ont fait le choix de la délégation de service public, il faut aujourd'hui composer avec des opérateurs privés eux aussi fragilisés par cette nouvelle crise. "En aucune façon cette situation peut nous satisfaire. J’espère que les dirigeants de Vert Marine vont très vite nous écouter. On va avoir des contacts très rapidement. J’en ai eu ce weekend avec le directeur régional. Il faut qu’on examine toutes les situations possibles quand bien même ce serait un fonctionnement dégradé, assure Stéphane Sorre, le président de Granville Terre et Mer.

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