Deux jeunes embarquent sur le Marité pour retrouver le chemin de l'école

L'équipage du Marité a accueilli ce lundi deux jeunes originaires de l'Aigle. Durant trois mois, ils vont participer à l'entretien du célèbre trois-mâts. Un stage a pour but de leur faire reprendre leur scolarité.

Dylan et Jessy en compagnie de Stéphane, capitaine en second du Marité
Dylan et Jessy en compagnie de Stéphane, capitaine en second du Marité

Barre à roue, safran, compas, cabillot, perroquet, beaupré, petit huinier, grand huinier, trou du chat, enfléchure, Jessy et Dylan, 15 et 17 ans, sont tout de suite dans le bain, submergés par un flot de mots dont ils ignoraient jusqu'à présent l'existence. Stéphane, le capitaine en second, leur fait faire le tour du propriétaire et très vite la promenade se mue en première leçon. Du vocabulaire en pagaille mais aussi de l'histoire sur le pont de l'un des fleurons du patrimoine granvillais.

"Le bateau est très beau. Et très grand", lache Jessy, impressionné, "Je suis déjà allé deux fois en mer mais pas avec des gros bateaux, sur des petits pour se promener. J'aimerais me ballader, aller loin. Je ne sais pas où mais j'irais loin." Patrice Olivier, éducateur spécialisé l’Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (ITEP) Anaïs de l’Aigle, accompagne les deux adolescents. "Nos jeunes ont un sac à dos à 16-17 ans déjà très chargé, avec beaucoup d'échec scolaire, mais aussi des échecs dans leur vie", explique-t-il.

Se retrousser les manches

Après la visite, il est temps de se retrousser les manches. Direction le hangar situé à quelques encablures du Marité. Stéphane confie aux deux adolescents des rouleaux et des pots de peinture. Trois grands mâts attendent de retrouver leur éclat. "L'hiver, on travaille sur ce qui est peinture, vernis, remise en état du navire pour qu'il soit au top de sa forme pour la saison prochaine", explique Matthieu Alluin, le capitaine du Marité. Durant un trimestre, à raison de deux jours par mois, Jessy et Dylan viendront prêter main forte à l'équipage du Marité. Comme d'autres jeunes avant eux.

"Ça fait maintenant plus d'une dizaine d'années que nous travaillons avec une antenne du ministère de la Justice sur Granville. Nous accueillons des jeunes tout au long de l'année pour de la réinsertion par le travail", indique le capitaine. Pour Jessy et Dylan, cette expérience sur le Marité a pour but de les reconnecter à l'école. "On accueille des jeunes qui sont en rupture avec le système scolaire, des jeunes qui ne vont plus au collège", explique Patrice Olivier, "Il faut qu'on trouve des idées pour les raccrocher au système scolaire, des projets qui puissent les attirer, qui sortent de l'ordinaire."

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Deux jeunes embarquent sur le Marité pour retrouver le chemin de l'école

Reportage de Nicolas Dalaudier

L'an dernier, l’Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (ITEP) Anaïs de l’Aigle a travaillé avec un autre navire, le Mil'Pat à Fécamp. "Avec le temps, on se rend compte qu'ils en parlent beaucoup avec leurs copains, de façon positive. Ils évoquent des choses positives qu'ils ont réussi et ça les valorise. C'est le but du jeu. Pour pouvoir reprendre le cursus scolaire, à un moment donné, il faut avoir confiance en soi." Matthieu Alluin confirme : "Ça fonctionne. On a un retour par rapport aux jeunes très positif, ne serait-ce que par la notoriété du navire, de travailler ou d'avoir travaillé sur le Marité. Ça les aide dans la scolarité mais aussi tout simplement à respecter les horaires."

"On ne triche pas avec la mer"

Car outre son histoire, le célèbre voilier charrie dans son sillage un ensemble de valeurs héritées de la Marine. "Il y a déjà le rêve du voyage, du bateau, de la mer mais aussi l'exigence parce qu'on ne triche pas avec la mer. On a aussi l'autorité avec une hiérarchie à respecter mais aussi la sécurité", raconte le capitaine, "On va vraiment repartir à la base pour reconnecter les jeunes à la vie réelle par des choses toutes simples comme le respect des horaires, le respect de la hiérarchie, de l'autorité, le travail manuel. C'est un ensemble qui permet aux jeunes de se raccrocher à la vie réelle."

Les principaux intéressés ne trouvent pour le moment rien à y redire. "C'est cool, c'est pas vraiment un travail", assure Dylan. "Niveau horaire, on commence à 9 heures, ça va, c'est pas trop tôt non plus, on a le temps de dormir un peu", confirme en riant son camarade. Les deux adolescents s'investissent dans leur travail avec application. Avec, dans un coin de leur tête, une perspective d'évasion. "La petite cerise sur le gâteau, ce sera la sortie en mer cet été avec nous sur le Marité", explique Matthieu Alluin. "Ça me fait plaisir, ça me sort de d'habitude", confie Dylan à l'évocation de cette échéance, "D'habitude, on est tout le temps enfermé." Se "raccrocher à la vie réelle" n'empêche pas de rêver.

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