Lait infantile : les Chinois augmentent leur participation dans la coopérative laitière d'Isigny-Sainte-Mère

Le partenariat qui dure depuis 8 ans entre les deux entreprises vient d'être renforcé : le groupe chinois H&H est passé de 20% à 49,9% de participation dans la coopérative laitière. Face à l'inquiétude de certains producteurs, dubitatifs, la direction rassure. Elle obtient ainsi 10 millions d'euros.
La laiterie d'Isigny-Sainte-Mère transforme notamment du lait en poudre de lait pour le marché chinois
La laiterie d'Isigny-Sainte-Mère transforme notamment du lait en poudre de lait pour le marché chinois © S Rouil FTV

A Isigny-Sainte-Mère, la coopérative laitière renforce d'année en année sa place dans le paysage. Un paysage fait de vaches de race normande, d'AOP, et autres exigences pour les producteurs, qui s'engagent à évincer totalement les OGM de la nourriture de leurs bêtes d'ici 2022.

Ça, c'est pour la carte postale locale. L'horizon économique de la laiterie est beaucoup plus large : elle travaille aussi pour des marchés internationaux, asiatiques notamment, et de concert avec un groupe chinois, H&H (biostime) depuis 8 ans.

De 20% à 49,9% de participation au capital

Un groupe, numéro 4 chinois du lait infantile, qui a d'abord aidé à financer deux tours de séchage du lait à Isigny-Sainte-Mère, et a pris part à hauteur de 20% dans le capital de la coopérative.

La Chine s'est tournée vers des entreprises sûres sur le plan sanitaire, un scandale ayant éclaté en 2008. De la mélamine avait alors été retrouvée dans du lait infantile, intoxiquant en Chine 300 000 bébés et en tuant au moins 6. 

U2 est l'une des unités de séchage du lait, qui est transformé en poudre à destination des biberons des bébés
U2 est l'une des unités de séchage du lait, qui est transformé en poudre à destination des biberons des bébés © S Rouil / FTV

La présence du groupe H&H n'est donc pas nouvelle sur le sol normand, alors qu'est-ce qui agite les producteurs laitiers de la Manche ? 

C'est que le groupe chinois vient d'augmenter sensiblement sa participation en passant de 20 à 49,9%. Le maximum autorisé pour une coopérative agricole.

La décision date du 30 août. Les deux partenaires économiques s'engagent ainsi plus avant et se donnent des gages. En investissant ainsi, H&H s'assure que personne ne viendra les doubler en prenant des parts dans la laiterie. De son côté, la coopérative récupère 10 millions d'euros.  

Un investissement gagnant-gagnant ?

La direction de la coopérative se veut bien entendu rassurante : le partenariat se passe bien depuis 2013 et la coopérative pourrait faire marche-arrière, si besoin. C'est-à-dire redonner au groupe chinois ses 20% initiaux. En somme, à en croire Daniel Delahaye, directeur de l'usine, rien ne change concrètement. 

La coopérative d'Isigny n'est pas à vendre! Il n'y a pas de prise de pouvoir par H&H.

Daniel Delahaye, directeur de la coopérative laitière d'Isigny-Saint-Mère

 

Ils sont 628 producteurs laitiers liés à la coopérative d'Isigny-Sainte-Mère
Ils sont 628 producteurs laitiers liés à la coopérative d'Isigny-Sainte-Mère © P Comte FTV

Les producteurs laitiers de la coopérative d'Isigny s'interrogent

La nouvelle a été annoncée lors de la dernière assemblée générale. Au total, 628 producteurs livrent leur lait à la laiterie et certains ont été circonspects à l'annonce de cette augmentation de prise de capital social. 

Gilbert Michel, vice-président de la FDSEA de la Manche, coopérateur laitier à la tête d'un troupeau de 200 vaches laitières, est plus dubitatif qu'inquiet. 

Ce qui est rassurant, c'est que le groupe H&H n'est pas majoritaire, ils n'ont pas obtenu une place plus importante dans le conseil d'administration, grâce à la loi française. Finalement, le risque semble assez limité. Je pense que nous devons faire confiance à la direction

Gilbert Michel, FDSEA

L'export, entre autres produits de poudre de lait, représente aujourd'hui 60% du chiffre d'affaire de la coopérative, un poste qui pèse donc lourd. Le débouché sur le marché chinois est aussi pour les producteurs une garantie, ils touchent d'ailleurs de la part de leur coopérative la paie de lait (autrement dit le prix payé par tonne de lait produit) la plus élevée de France. 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
économie agriculture international