Remade : les problèmes ressurgissent et l'ancien patron décrié vole au secours de "son bébé"

La faute au COVID-19 ? La crise sanitaire s'est déclenchée 3 mois après la douloureuse reprise de Remade. Mais le nouveau patron, vivant entre l'Angleterre et l'Inde, n'a pas pu gérer à distance. Remade est à nouveau en train de dévisser : Matthieu Millet, l'ex patron, vole à son secours. 

Le site commence l'année 2021 dans la tourmente, fragilisé par la Covid et un marché concurrentiel
Le site commence l'année 2021 dans la tourmente, fragilisé par la Covid et un marché concurrentiel © Cyril Duponchel/ France Télévisions

Le conte de fée du Sud-Manche n'en finit pas de virer au cauchemar. Remade, spécialisée dans le reconditionnement des smartphones était, il y a 5 ans, la société la plus médiatique de la Région, une pépite vue comme une fierté normande: innovante, dynamique et pleine d'avenir. Puis l'histoire est devenue plus compliquée après l'euphorie des embauches et d'un marché porteur, 2019 a sonné le glas. Un plan de reprise s'est soldé par le départ du créateurs et ses associés, vivement critiqués. 

Un an après le rachat, ses 118 derniers salariés (sur plus de 328 avant la reprise en janvier 2020) sont à nouveau dans la tourmente et ont bien cru s'étouffer la semaine dernière en apprenant la nouvelle, au dernier moment.

Matthieu Millet, leur ancien patron et créateur de Remade en 2014, revient dans le capital de la société à hauteur de 30%. Un retour alors que la confiance était totalement rompue, il y a tout juste un an.

D'où vient ce revirement ? Le repreneur aurait contacté au téléphone Matthieu Millet, comme un appel au secours.

Les salariés nous sommes surpris de cette façon de faire. On n'a pas été concertés. On ne voit pas ce retour forcément d'un bon oeil, ce fût notre première réaction. Maintenant, on réfléchit. Mais on est dans le flou, on attend des explications de notre direction sur les projets

Flavien Abbest, salarié Remade et membre du CSE

Suresh Radhakrishnan, le nouveau président de Remade, est anglais.  Il a officiellement repris les rênes de la société, basée à Poilley (50),  le 21 janvier 2020 après avoir été choisi par le tribunal de commerce de Rouen. Deux repreneurs étaient en course : lui-même et l'ancien patron candidat, au rachat avec de nouveaux fonds. Seulement, les juges avaient estimé qu'ils ne pouvaient pas totalement lui faire confiance. 

Le candidat britannique avait présenté une offre plus solide financièrement et un fond de 3,3 millions d'euros.

Covid et visioconf : Remade ingérable? 

Alors que s'est-il passé depuis un an? Où sont passés les projets de spécialisation dans le luxe via Apple, présenté par le nouveau dirigeant ? 

"Les réserves sont vides" confient des salariés, à la sortie de l'usine. "Il n' ya pas de stock, on a plus rien à travailler." 

Combien sont-ils sur les 118 conservés à la reprise? Flavien Abbest, salarié et membre du CSE, compte sur ses doigts : "On est une trentaine au rez-de-chaussée." Et les autres, sont-ils en télétravail ou au chômage, à cause de la crise sanitaire ? Il ne répond pas vraiment.

L'heure est grave et les visages sont fermés. Leur patron n'est pas beaucoup venu ces derniers temps, bloqué à cause de la situation sanitaire, à l'étranger. Comment gérer une entreprise en pleine restructuration avec des besoins de réorganisation, de si loin ? 

C'est compliqué de gérer une société à distance. On ne peut pas être avec les gens uniquement par visioconférence. Il faut être au contact. Il faut mettre du punch dès maintenant et trouver de nouveaux business.

Matthieu Millet, ancien patron et nouveau consultant-actionnaire de Remade

 

Et c'est très surprenant mais Matthieu Millet a confirmé, aujourd'hui, à France 3 Normandie, qu'il est de retour. Il vient d'injecter un million d'euros. Des fonds qu'il dit avoir levé, grâce à ses contacts.

"Il fallait agir vite. Quand Suresh Radhakrishnan m'a contacté, j'ai dit oui. Je serai consultant, rémunéré, pas patron. Lui reste à la tête. Dans l'incapacité de se déplacer, il ne pouvait pas mener à bien sa mission. Il y a une structure à redémarrer et complexe à manager. Il faut acheter du stock, reprendre des places sur le marcher, être inventif car la concurrence s'est fortement développé", explique Matthieu Millet très sérieusement.

"C'est mon bébé"

Il y a encore quelques mois, avant la Covid et la crise sanitaire, les salariés ne voulaient plus jamais entendre parler de lui et l'ont assigné devant la justice. 

La roue a t-elle tourné? La bataille pour sauver Remade et ses emplois a été très rude et a forcément laissé des traces. 

Matthieu Millet assure devant notre caméra qu'il veut repartir d'une copie blanche. 

Matthieu Millet répond aux questions de Nicolas Dalaudier, journaliste à France 3 Normandie.
Matthieu Millet répond aux questions de Nicolas Dalaudier, journaliste à France 3 Normandie. © Cyril Duponchel/ France Télévisions

Le temps va faire son métier. J'ai subi tout ça de plein fouet mais mon objectif aujourd'hui c'est de rebâtir Remade. C'est mon bébé

Matthieu Millet, ancien dirigeant de Remade et nouveau consultant-actionnaire

"Les étagères sont vides mais on a des compétences"

Très calmement, Matthieu Millet veut dont effacer l'ardoise et donner une chance à Remade. L'an dernier, il a déjà dit la même chose devant les juges du tribunal de commerce de Rouen qui n'ont pas voulu lui accorder leur confiance. Mais la période n'est plus la même. 

Sans son intervention rapide au capital, Remade était à deux doigts de la cessation de paiement. 

Alors que les salariés lui demandent aujourd'hui un projet écrit pour reprendre un peu confiance. Il explique qu'il y a plein de choses à faire. "Les étagères sont vides mais on a des compétences. Il faut amener plus de vision. On doit déjà demander de l'aide à l'Etat via le PGE comme toutes les entreprises impactées par la Covid. Et il faut solliciter l'aide de nos fournisseurs pour repartir. On a une image à retravailler."

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