Cet article date de plus de 5 ans

Le Saint-Lô "d'avant"

A travers le témoignage de dix-huit anciens Saint-Lois, un livre évoque le souvenir de la ville disparue, de cette cité qui fut anéantie le 6 juin 1944 et qui ne survit plus que dans quelques mémoires.

Simone Vauttier, 88 ans, est née en 1926 à Saint-Vaast-la-Hougue. Elle est arrivée à Saint-Lô en 1933 où elle habite toujours.
Simone Vauttier, 88 ans, est née en 1926 à Saint-Vaast-la-Hougue. Elle est arrivée à Saint-Lô en 1933 où elle habite toujours. © Jacques Marcel Blondel
En arrivant pour la première fois à Saint-Lô, Jessica Périsse a été frappée par la cassure qu'a représenté la destruction de cette ville qui fut baptisée "la capitale des ruines". Aujourd'hui encore, "on parle beaucoup de la guerre et des bombardements, comme si la vie avait commencé en 1944, comme s'il ne s'était rien passé avant". Alors, cette jeune journaliste a eu envie d'en savoir davantage. Son travail quotidien au sein de la rédaction d'Ouest-France l'a amenée à rencontrer quelques anciens habitants. Elle a aussitôt été intriguée par ces rares Saint-Lois qui peuvent encore raconter cette mystérieuse ville d'avant-guerre.

Très vite, l'idée d'un livre s'est imposée. "J'avais envie de parler d'une vie qu'on ne connaît pas. Je voulais aussi rendre hommage à ces gens souriants, qui sont restés à Saint-Lô. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle ont a choisi de ne montrer que des images actuelles". Jessica a donc proposé au photographe Jacques Marcel Blondel de l'accompagner lorsqu'elle est allée rencontrer ces quelques passeurs de mémoire, armée de son seul dictaphone.

 

"Il y a toujours de l'amertume"


Certains ont immédiatement raconté "l'école, la religion, les foires qui rythmaient la vie de l'époque, le quotidien à la maison, les vêtements du dimanche, le bain une fois par semaine, les magasins, les rues..." D'autres ont eu besoin de quelques photos pour faire ressurgir les souvenirs enfouis. Parfois, ce sont des fragments, des bribes : "une dame entend encore le bruit du train qu'elle prenait pour venir à Saint-Lô, elle parle aussi de l'odeur du charbon". Les témoignages accumulés permettent de brosser le portrait d'une ville "où la vie s'organisait par quartier; ceux qui habitaient près de la gare n'allaient que rarement vers la place du champ de Mars. On a du mal à se l'imaginer aujourd'hui où les déplacements sont si fréquents !"

Au fil des ans, ces Saint-Lois ont appris à aimer cette nouvelle ville surgie des ruines à partir des années 1950, même si certains "ne peuvent s'empêcher en se promenant de se rappeler comment c'était, ici ou là" souligne Jessica Périsse qui ajoute : "Je ne pense pas qu'ils aient tous fait le deuil de leur ville d'enfance qui était considérée comme une des plus belles villes de Normandie. Il y a toujours de l'amertume".


"Je vous parle du Saint-Lô d'avant-guerre"

Textes : Jessica Périsse
Photos : Jacques Marcel Blondel
Orep éditions


Dédicaces à la librairie Planet'R le dimanche 21 décembre.


Pour aller plus loin :




Poursuivre votre lecture sur ces sujets
histoire