Attentats du Bataclan le 13 novembre: " Nous attendons beaucoup du futur procès"

Philippe Duperron, Alençonnais dont le fils Thomas a été tué au Bataclan le 13 novembre 2015, exprime 5 ans après, sa douleur et son chemin de reconstruction qui passe par un futur procès. Nous l'avons rencontré aujourd'hui, jour de commémoration. 

" Le futur procès sera un point d'orgue pour nous tous "
" Le futur procès sera un point d'orgue pour nous tous " © B. Letondeur
Il y a 5 ans, votre fils Thomas était victime de la barbarie terroriste au Bataclan. Comment vit-on avec cela et quel a été votre cheminement durant ces 5 années? 

Le cheminement est celui du deuil. La première prise de conscience, c'est que quelque soit la douleur, quelque soit la brutalité, la violence...de la mort d'un enfant, on ne meurt pas soi-même... et donc la vie continue. Le cheminement du deuil...à l'abattement ...succède la colère. Pourquoi est-ce arrivé? Pourquoi lui plutôt que n'importe qui d'autre? A cette colère succède une forme de raison et justement, c'est la vie qui prend le dessus et il faut vivre avec. S'accommoder de cette douleur qui reste une douleur quotidienne. Cette absence est toujours présente, elle est toujours ressentie, c'est au quotidien car à chaque moment, il y a une musique, un lieu, une photo, quelqu'un, quelque chose qui vous rappelle que lui n'est pas là, une réunion de famille. Il faut vivre, la vie c'est l'action  et l'engagement associatif est un moyen de rester debout, de continuer. Continuer d'exister pour soi-même, pour les autres, en aidant les autres, en faisant en sorte que eux aussi vient cette main tendue capable de les maintenir debout. 

Vous êtes administrateur d'une association de familles t proches de victimes , l'association 13onze15  depuis plusieurs années, pour vous cette association est-elle d'utilité publique? 

J'en suis convaincu, je n'étais pas à l'origine de sa fondation mais je l'ai rejoint très vite vers janvier 2016 comme administrateur. L'utilité et l'utilité publique ne font pas de doutes, il y a une vraie nécessité pour les victimes d'une telle tragédie de pouvoir se réunir entre eux dans une douleur commune, de pouvoir partager cette douleur et de savoir que cette association est là pour les accueillir , les aider dans leur parcours de reconstruction et leurs parcours face aux nobreux obstacles qui se dressent devant eux dans ce parcours. Des obstacles de diverses natures: la prise en charge médicale, des obstacles liés à l'emploi pour certains qu'ils l'ont perdu ou qui ont du mal à y revenir et aussi dans le parcours de l'indemnisation dont les relations avec le fonds de garantie. Parce qu'on est dans un état de sidération. 

Ce matin où eu lieu les commemorations en comité restreint du fait du contexte sanitaire et géopolitique ...

Les commemorations se sont passées comme elles se passent tous les ans c'est à dire que nous avons parcouru les lieux des attentats, de sainte-Denis aux différentes terrasses dans l'ordre des attentats pour finir par le Bataclan. Ceci n'est pas exceptionnel mais ce qui faisait exception, c'est en effet ce moment de partage entre victimes, toutes ensemble, nous en avons été cruellement privés.

Mais il n'y a aucun doute sur la nécessité de perenniser cette commémoration. C'est la reconnaissance de la Nation avec ces commemorations oragnaisées par la ville de paris avec la bienveillance d'Anne Hidalgo, la maire de Paris et en présence du premier ministre, du ministre de l'Intérieur et de celui de la justice. Chacune de ses personnalités fait sens. Elles représentent la sécurité, l'ordre et la justice , celle qui sera rendue lors du prochain procès que nous attendons. 

Il débutera dans un peu moins d'un an, en septembre 2021 et va durer 6 mois, ce qui exceptionnelement long.  Nous en attendons beaucoup. 5 ans, c'est très long mais il fallait que l'instruction soit faite de façon à tirer tous les fils de l'origine de cet attentat et de façon à ce qu'aucune faille ne puisse être trouvée, pour ne permettre aucune brèche à la défense. 

C'est le moment où la justice de la République passera, c'est le moment où les accusés qui seront dans le box et qui ne sont pas que des seconds couteaux, qui sont des acteurs de premier rang comme Salah Abdeslam ...Tous ceux-là se verront infliger une sanction, c'est le moment que toutes les victimes attendent. elles pourront exprimer leur douleur, témoigner de ce qu'elles ont vécu. C'est un point d'orgue, un point d'acmé. Un moment de reconnaisance, une forme de réparation, l'occasion sans doute de fermer un chapître important de leur parcours personnel. 

Les attentats survenus durant le procès de Charlie Hebdo ont-ils ravivé des tensions? 

De fait on voit que le procès de janvier 2015 exacerbe le risque terroriste. Nous sommes très inquites de ce qui se produira en novembre 2021. Chaque attenta est comme du sel mis sur une plaie encore vive. M^me si les attentats récents sont moins organisés d'un point de vue stratégique, le risque est partout avec des moyens ordinaires mais tout aussi meurtriers. 

A l'occasion des 5 ans de ces attentats du 13 novembre 2015, votre association publie un ouvrage " Paris, le 13 novembre 2015, du jour au lendemain, c'est une réponse artisstique à la barbarie? 

Absolument, il s'agit une exposition photographique et d'un livre qui réunit 42 artistes français et internationaux qui étaient présents à Paris ce jour-là. Car ce jour-là était ordinaire jusqu'à ce soir qui a fait basculer le monde dans un autre univers d'où le choix du titre " Du jour au lendemain". 
Il leur a été demandé de chercher dans leurs archives une photographie qu’ils auraient prise dans la journée du 13 (avec un appareil photo ou un smartphone), avant les attentats afin de constituer leur « Journal du 13 ». 
Et, en parallèle, de sélectionner une de leurs photographies comme « réponse aux attentats », un acte de résistance à la logique de mort et de destruction, une image métaphore de ces moments tragiques, écho de peines, de peurs, mais aussi d’espoir, de révolte et de résilience. Chaque artiste a accompagné ces images d’un texte, qui explique son choix ou encore son expérience du 13 novembre 2015.
Sur les grilles du Jardin May-Picqueray (ex Square du Bataclan), se déclineront les propositions intimes et personnelles de ces 42 artistes qui ont accepté de partager a leur regard sur cette tragédie.
 
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