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Le prison de Condé-sur-Sarthe va accueillir ses premiers détenus radicalisés

© France 3 Normandie
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La ministre de la justice Nicole Belloubet s’est rendue ce jeudi dans le futur quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) du centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe dans l’Orne. Ce quartier, le deuxième en France, doit accueillir trois détenus radicalisés dès ce lundi.

Par Nicolas Corbard

« On ouvre la trappe, le détenu passe ses mains et le surveillant pose les menottes soit devant, soit derrière, selon le protocole ».

Le directeur du centre pénitentiaire d’Alençon – Condé-sur-Sarthe explique le fonctionnement d’un passe-menottes à la garde des sceaux Nicole Belloubet venue visiter ce jeudi 20 septembre 2018 le nouveau quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) qui va ouvrir dans quelques jours.

 
Un passe-menottes sur la porte de l'une des cellules du quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) du centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe dans l'Orne / © France 3 Normandie
Un passe-menottes sur la porte de l'une des cellules du quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) du centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe dans l'Orne / © France 3 Normandie


Dans un premier temps, trois détenus radicalisés seront transférés dès lundi prochain pour une période minimale de 6 mois. Ils feront l’objet de trois semaines d’observations attentives, avec des rapports quotidiens, de la part des personnels formés pour l’occasion.

Au total, 25 surveillants et 5 gradés ont suivi une formation de quatre semaines. Dix autres surveillants sont prévus en remplacement. Il y a eu 18 recrutements spécifiquement pour le QPR, comme le détaille le lieutenant Julia Riquet, responsable de ce nouveau quartier :

« Les surveillants affectés à ce quartier ont tous été volontaires. C’est une prise en charge particulière parce qu’on va être assez exigeant dans les pratiques professionnelles, dans la montée en compétence et dans la communication avec la population pénale ».

Elle ajoute que ces détenus peuvent parfois avoir un comportement violent et que les surveillants « sont vigilants. Ces comportements peuvent aussi évoluer car ce sont de longues peines. »

Il faut dire que le personnel pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe, l’une des prisons les plus sécurisées de France, est déjà confronté à des détenus particulièrement difficiles.

« Ici, on est en maison centrale. On en a trois sur le site pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe. Le public de la maison centrale est un public spécifique. Nous sommes habitués », poursuit Julia Riquet.


Qu'est ce qu'un QPR ?


Le centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe regroupe trois maisons centrales où sont emprisonnées 204 personnes. Des détenus violents, récidivistes et purgeant de longues peines. 300 personnels pénitentiaires dont 276 surveillants gèrent l’établissement.

Le quartier de prévention de la radicalisation (QPR) est installé dans la 3e maison centrale. Il est divisé en 4 zones d’hébergements comprenant une quinzaine de cellules chacune. Au total, le QPR peut accueillir 48 détenus maximum.
 
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Depuis le mois de juin, d’importants travaux ont été réalisés. Coût de l’opération : 800 000 euros. 107 passe-menottes, garantissant la sécurité des surveillants, ont été installés, ainsi que des plexiglas pour éviter que les détenus escaladent. La vidéosurveillance a aussi été renforcée.

C’est le deuxième établissement de ce type en France après celui de Lille-Annœullin. Le QPR est prévu pour être totalement hermétique aux autres détenus, selon le souhait du gouvernement et de la ministre de la justice Nicole Belloubet qui doit présenter son plan pénitentiaire dans les semaines qui viennent.

 
 


Un parcours du « désendoctrinement »


Le parcours du détenu radicalisé est le suivant. Soit il a été condamné pour des faits de terrorisme (500 détenus en France), soit il s’est radicalisé en prison (1500 détenus en France). En fonction du degré de radicalisation, de son caractère violent et prosélyte, il pourra alors être envoyé en quartier d’évaluation de la radicalisation (QER). Il en existe quatre en France.

En QER, on va observer son degré de radicalisation. Si l’on considère que le détenu peut changer de comportement, il sera alors transféré en quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR). Sinon, il pourra notamment être placé à l’isolement.
 
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Une fois, en QPR, le détenu sera observé pendant 6 mois. S’il abandonne l’idéologie salafiste, il pourra réintégrer un parcours de détention classique, comme l’explique Jean-Paul Chapu, le directeur du centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe :
 

« Tous les trois mois un diagnostic est fait, et au bout de 6 mois, la direction de l’établissement doit présenter une évaluation à la direction de l’administration pénitentiaire permettant de décider si on est sur le maintien – du coup, on repart pour 6 mois – ou si on est sur une affectation en détention normale »

 

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Comment changer un détenu radicalisé ?


Pour tenter de désendoctriner le détenu radicalisé, un parcours d’accompagnement lui est proposé en partenariat avec le service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) de l’Orne.

Le détenu pourra pratiquer du sport, participer à des ateliers, de l’art thérapie, de la médiation animale, rencontrer des psychologues et suivre des cours ou des conférences qui vont démonter les arguments de l’islamisme radical.

Comment faire changer de point de vue un détenu endoctriné ? Est-ce possible ? Tout est encore à inventer selon le directeur du SPIP de l’Orne, Raphaël Laurec :
 

Du côté du syndicat  FO pénitentiaire, on déplore une formation trop légère pour prendre en charge ce type de détenus. Les surveillants du centre pénitentiaire de Condé sont en effet régulièrement agressés avec violence par des détenus
 


Dès lundi, trois détenus radicalisés arriveront au QPR de Condé-sur-Sarthe. Ils pourraient être une quarantaine dans un an.


Le reportage de Nicolas Corbard et Quentin Cézard:

 

Intervenants: Nicole Belloubet, ministre de la justice / Jean-Paul Chapu, directeur du centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe / Lieutenant Julia Riquet, surveillante pénitentiaire et responsable du QPR

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