Contre les violences gynécologiques, "Il faut arrêter d’accepter d’avoir mal"

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Écrit par Mathilde Riou

Auscultation violente, gestes déplacés, propos culpabilisants... peuvent décourager certaines femmes à assurer leur suivi gynécologique.A Alençon, le Planning familial organise des ateliers d'auto-auscultation, pour se réapproprier son corps.

Dans la continuité du mouvement Metoo, la parole se libère concernant les violences gynécologiques. Les témoignages se multiplient sur les réseaux sociaux. En 2021 éclatent les accusations autour du docteur Émile Daraï, chef du service gynécologie à l’hôpital Tenon de Paris. Six réclamations ont été adressées à son encontre entre 2013 et mi-septembre 2021. Ce spécialiste de l’endométriose est visé par une enquête pour "viol sur mineur".

Les violences gynécologiques et obstétricales sont les actes sexistes les plus graves qui peuvent se produire dans le cadre du suivi gynécologique et obstétrical des femmes.

Le Haut Conseil à l’Egalité (HCE)

Gestes déplacés, propos culpabilisants, auscultation violente…ces souffrances peuvent être multiples et décourager certaines femmes à assurer leur suivi gynécologique. Pour répondre à cette réalité, le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) a publié, en 2021, une charte de bonnes pratiques. Ce texte a été signé par l’ensemble de la profession et vise à améliorer la "qualité" et la "sécurité" des soins gynécologiques. Dans cette charte, de nombreuses notions essentielles sont évoquées, comme une consultation menée avec "bienveillance" et "respect", ou encore l'obtention du consentement : la charte précise ainsi que "l’accord oral de la femme est recueilli avant tout examen clinique".

Malgré ce texte, des témoignages de victimes continuent à être publiés notamment sur la page Facebook de l’association stop VOG

Qu’est-ce qu’un spéculum ?  

En 2012, l’une des questions posées dans l’émission Allo docteur était : "Est-ce normal lors d'un examen gynécologique, d'avoir mal lorsque le spéculum est en place ?"

A cette question la docteur Hélène Jacquemin-Le Vern, gynécologue et sexologue répondait : "Le spéculum est l'instrument qui permet d'écarter la cavité vaginale. Le spéculum peut faire mal mais tout dépend du positionnement du col car le spéculum permet d'espacer les parois du vagin pour examiner le col de l'utérus. Tout dépend de l'inclinaison mais normalement il ne devrait pas être très douloureux. La mise en place du spéculum peut être inconfortable parce qu'il y a un écartement au niveau du vagin. La douleur dépend aussi du temps où on laisse le spéculum. Quand on place le spéculum, il faut bien basculer le bassin et se centrer sur sa respiration."

« Il faut arrêter d’accepter d’avoir mal »

Le planning familial d’Alençon organise mercredi 15 juin 2022 un atelier intitulé «expérimenter par nous-mêmes que la pose d’un spéculum n’est pas censée faire mal ». Cette auto-auscultation a pour but de se réapproprier son corps de femme mais aussi de mieux déceler les violences gynécologiques.

Francine Briere co-présidente du planning familial d’Alençon a accepté de répondre à nos questions concernant cet atelier qui aura lieu pour la première fois, de 18 h 30 à 20 h, à la Maison de la vie associative, à Alençon. Bénévole depuis plus d’une dizaine d’années, elle constate une libération de la parole des femmes condamnées pendant des décennies à souffrir en silence.  

Pourquoi cet atelier ?

En une année, nous avons reçu au planning familial d’Alençon quelques réclamations de femmes concernant ce qu’elles ont perçu comme des violences gynécologiques. Elles n’ont pas été à l’aise face à un médecin qui ne s’exprimait pas, qui n’expliquait pas ce qu’il était en train de faire.

Comment prévenir les violences gynécologiques ?

Il faudrait que tous les gynécologues reçoivent plus d’enseignement sur ce qu’est le corps féminin. Homme ou femme c’est la même façon de faire. Les femmes gynécologues ne sont pas forcément plus douces ou diplomates. Par exemple, avec l’âge la femme est moins lubrifiée et quand un gynéco utilise un spéculum sans lubrifiant ça peut être douloureux. Il faut aussi apprendre aux gens que face à la personne médicale en face d’eux ils ont leur mot à dire. Il faut que la personne s’exprime ou explique éventuellement son stress. Il faut que les choses soient dites.

Comment mieux sensibiliser les jeunes filles ?

Il faut aussi apprendre aux jeunes filles qu’on peut avoir un premier rendez-vous chez le gynécologue sans qu’il y ait forcément d’examen gynécologique. On constate malheureusement que le nombre d’heures prévues par l’éducation nationale sur l’étude du corps et de la sexualité n’est pas appliqué dans de nombreuses écoles. On manque de moyens. Au planning familial nous n’avons qu’une salariée et on ne peut pas couvrir tous les collèges et les lycées de l’Orne. On essaye aussi de sensibiliser lors d’exposition, la dernière en date était la marche des fiertés. Une sexagénaire est venue nous voir quand nous avons évoqué le spéculum. Elle nous a confié qu’elle n’avait jamais osé dire qu’elle avait mal lors de ses consultations avec son gynécologue. Il faut qu’arrêter d’accepter d’avoir mal.   

Ce lundi 11 femmes sont déjà inscrites à cet atelier d’auto-observation. 15 places sont prévues, l’inscription auprès du planning familial est obligatoire au : au 02 33 29 80 79 ou au 06 82 23 15 44.