Coronavirus : la crainte d’une pénurie de cercueils face à la surmortalité actuelle

© France 3 Normandie. Nicolas Corbard
© France 3 Normandie. Nicolas Corbard

En cette période épidémique, les entreprises de pompes funèbres sont en première ligne afin de répondre à une demande de plus en plus importante de cercueils et d’inhumations. La surmortalité actuelle peut-elle faire craindre une pénurie de matériel funéraire ?
 

Par Damien Migniau

Une entreprise funéraire de l'Orne approchée par l'Etat

L’entreprise familiale Mousset est une référence en la matière dans le département de l’Orne. Elle a été récemment approchée par les autorités pour connaître ses capacités de production en cercueil. L’Etat prend actuellement toutes les précautions pour qu’une pénurie semblable à celle des masques ne se fasse pas sentir dans ce secteur d’activité. Elle pourrait être amenée à fournir la région parisienne et les départements de l’Est. Equipée des dernières technologies, l’entreprise Mousset est en mesure de fabriquer jusqu'à 50 modèles par semaine.

Nous sommes dans une période très particulière. Il y a, sur le territoire national, une surmortalité. La préfecture nous a contactés pour connaître nos capacités de productions à la semaine. Pour nous, c’est entre trente et cinquante cercueils. Donc depuis la semaine dernière, on est monté en intensité 

© France 3 Normandie. Nicolas Corbard
© France 3 Normandie. Nicolas Corbard


Un délai maximal de 24 heures imposé aux familles pour la mise en bière

Ces derniers jours, huit décès, liés au covid 19, ont été constatés sur le secteur de Mortagne au Perche. Une accélération de l’activité que cette entreprise de pompes funèbres doit gérer dans un cadre législatif nouveau. Aujourd’hui, quel que soit le décès, covid ou non, la mise en bière se fait dans un délai maximum de 24 heures sans que la famille ait eu le temps de voir une dernière fois le défunt. Une situation très difficile à accepter pour les proches mais que Romain Mousset tente d’expliquer.

Ça concerne maintenant tous les décès du fait que les personnes ne soient pas dépistées. D’autre part, nous ne pouvons plus préparer les corps, les soins de thanatopraxie sont désormais interdits. Nous sommes équipés de masques, de gants et de sur-chaussures. Il est important que les familles comprennent qu’il ne faut pas toucher au cercueil. Ce sont peut-être des espaces contaminés. Quand nous terminons notre journée, avec le personnel, nous avons pris l’habitude de nous changer intégralement.
Romain Mousset
 

Comment faire son deuil sans voir une dernière fois le défunt ?

Une situation inédite qui pose de nombreuses questions. Comment faire son deuil sans avoir vu une dernière fois la personne ? L’accès à l’église et au cimetière est également limité à une vingtaine de personnels, membres de l'équipe funéraire compris. Pour Romain Mousset, l’urgence de la situation est un écran de fumé qui une fois dissipé va révéler de nombreux traumatismes.

Il va y avoir un problème de deuil pour toutes ces familles-là. Il va falloir qu’elles soient accompagnées. Aujourd’hui, elles ne s’en rendent pas compte, elles acceptent cette situation de crise d’autant plus que, la plupart du temps, elles n’ont pas pu assister aux derniers instants de leur proche à l’hôpital s’il était diagnostiqué Covid-19.
 

Un report des obsèques possible

Des dérogations au droit funéraire ont également été prises par le gouvernement. Elles permettent aux familles qui le souhaitent de reporter les obsèques d’un défunt jusqu’à six mois. "Cela permet d’offrir aux familles une possibilité d’attendre le retour d’une situation plus favorable pour organiser des obsèques conformes aux souhaits du défunt ", note le ministère.

Pour Romain Mousset, ces dérogations permettent aussi aux entreprises de pompes funèbres d’avoir le temps de faire les travaux funéraires en cas de pic d’activité.
« Dans chaque cimetière, il y a un caveau provisoire ou peuvent être entreposés plusieurs cercueils. On les met en attente, quand on peut procéder aux travaux, on s’en occupe. Dans notre département, on n’est pas encore à ce stade-là mais je sais qu’a 150 kilomètres d’ici, ça commence à se faire »

Certaines entreprises de pompes funèbres alertent également sur l’absence de protection pour ces professionnels qui manipulent les corps et risquent à tout instant d’attraper le Covid 19. La semaine dernière, le  ministère de l’Intérieur a annoncé que le personnel des pompes funèbres serait inscrit sur la liste des bénéficiaires prioritaires afin qu’ils aient tous les moyens nécessaires à leur protection.
 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus