"Rendez-nous les mobil-homes !" : des milliers de Normands privés de leur petite résidence secondaire

Avec le déconfinement, ils avaient espéré pouvoir retrouver leur petit pied à terre au bord de la mer. Mais la porte des campings est toujours verrouillée. 

L'entrée du camping municipal de Gouville-sur-mer
L'entrée du camping municipal de Gouville-sur-mer © FTV
À la mairie de Pirou, le téléphone ne cesse de sonner. Avant de décrocher, Noëlle Leforestier devine le motif de l'appel : "les gens nous demandent : quand pourrai-je avoir accès à mon mobil-home ?" raconte le maire de cette commune située sur la côte ouest du Cotentin. Sur les 250 emplacements que compte le camping municipal Le Clos-Marin, 118 sont occupés par des mobil-homes privés. La plupart appartiennent à des habitants de la Manche qui en ont fait leur résidence secondaire. L'emplacement est loué à l'année. Ils sont ici chez eux.
 
L'entrée du camping municipal de Gouville-sur-mer sur la côte ouest du Cotentin
L'entrée du camping municipal de Gouville-sur-mer sur la côte ouest du Cotentin © FTV


"On en parle tous les jours...." Dans leur appartement de Cherbourg, Eliane et Claude trépignent. Ils louent à l'année un mobil-home à Gouville-sur-mer. "C'est à 82 km de chez nous". Le détail a son importance en ces temps où le déplacement est interdit dès lors qu'ils fait sortir d'un rayon de 100 km. D'habitude, à cette saison, ils ont déjà établi leurs quartiers d'été. "On ne remonte à Cherbourg qu'une fois de temps en temps. Nous habitons au mobil-home d'avril à octobre".
 


"Ce serait une participation intelligente au déconfinement"



Cette année, le confinement a évidemment contrarié leurs plans. Eliane et Claude ont cru qu'ils allaient retrouver leur petit paradis avec le début du déconfinement. Mais ils ont très vite compris qu'il faudrait se montrer patient. "C'est très frustrant. Les mobil-homes sont des résidences privées. Ils sont équipés de WC et d'une salle de bain. Nous sommes autonomes, et on ne pense qu'il serait possible d'y aller en laissant le camping fermé aux campeurs de passage". Après tout, les résidences secondaires construites en dur sont désormais accessibles à leurs propriétaires...

"Je pense que ce serait une bouffée d'air pour les gens qui sont chez eux et qui n'en peuvent plus, poursuit Noëlle Leforestier. Une dame m'a dit au téléphone : qu'est-ce que je regrette mon camping de Pirou !" Madame le maire songe aussi aux conséquences économiques dues à la fermeture prolongée des centaines de mobil-homes qui sont stationnés derrière les dunes de la côte ouest. "On veut aussi que l'économie redémarre. Ce sont des gens qui, lorsqu'ils sont là, fréquentent les commerces de la commune, le coiffeur, la boulangerie. Ils achètent des huîtres, des bulots. Notre marché rouvre ce week-end. La plage va aussi être de nouveau accessible. L'ouverture des mobil-homes, ce serait une participation intelligente au déconfinement".
 

Des élus réclament une ouverture spécifique des campings pour les résidents


Noëlle Leforestier a donc écrit au Premier ministre afin d'attirer son attention sur cette situation. "Il ne peut pas être au courant de tout. Je lui ai aussi expliqué que cela peut se faire sans aucun risque puisque ce ne nécessite pas la réouverture des espaces communs". De son côté, le député Christophe Blanchet (LREM) a écrit à Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d'État auprès du ministre des Affaires étrangères en charge du tourisme. L'élu du Calvados se fait le porte-parole des campings : "ils réclament uniquement le droit pour leurs résidents habitant à moins de 100 km et en zone verte de pouvoir accéder à leur résidence secondaire avec le respect des gestes barrières".
 
Un mobile-home au camping d'Omaha Beach à Villerville dans le Calvados.
Un mobile-home au camping d'Omaha Beach à Villerville dans le Calvados. © France 3 Normandie


Christophe Blanchet estime qu'il serait tout à fait possible de permettre une ouverture spécifique des campings pour les résidents. "Rien ne semblant s'y opposer, pouvez-vous donc nous éclaircir sur cette demande légitime, justifiée mais surtout essentielle pour sauver nos campings ?". La réponse se fait toujours attendre.
 

À Cherbourg, dans son appartement Eliane commence à trouver le temps long. "Ça nous tarde... On a envie de retrouver cette ambiance, les copains à qui on dit bonjour quand ils passent dans l'allée". Le camping est un village où ils ont posé leur maison de vacances. La vie y est rythmée par les marées, les parties de pêche sur le bateau pneumatique. Les jours de gros coéficients, la pêche se pratique à pied, sur la grève immense. "Et on ne voit jamais de groupe se former. Chacun a ses coins. On n'emmène pas la moitié du camping avec nous !" Sur la terrasse où Eliane dispose ses jardinières de fleurs, l'air est doux le soir.  "Vous savez quand ils vont libérer les mobil-homes ?"


 
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