Le salon de l'agriculture n'aura pas lieu en 2021 : "un coup de semonce" pour les agriculteurs normands

Les organisateurs du salon de l'agriculture ont annoncé ce mardi soir que l'édition 2021 était annulée en raison de la situation sanitaire. Ce rendez-vous constitue une vitrine pour la Normandie. L'annulation suscite l'inquiétude de la profession quant à l'avenir.

L'un des nombreux exposants normands présent au salon de l'agriculture à Paris en 2018.
L'un des nombreux exposants normands présent au salon de l'agriculture à Paris en 2018. © France 3 Normandie
"Ce n'est pas un choc brutal, on était bien conscient des contraintes sanitaires qui pesaient, on voyait beaucoup d'événements qui s'annulaient les uns après les autres. On avait commencé à se préparer....psychologiquement." À la Chambre régionale d'agriculture, Arnaud Didier est le Monsieur "salon de l'agriculture". Juste avant l'été, il avait commencé avec son équipe "à réfléchir à quoi ressemblerait notre pavillon normand". L'an dernier, la région avait mis les petits plats dans les grands avec un espace de près de 500 m2 dévolu à la promotion de ses produits emblématiques. 
125 producteurs, 100 éleveurs et 25 chefs cuisiniers avaient fait le déplacement pour faire découvrir aux visiteurs les saveurs du terroir normand. Mais ce mardi soir, le plan de bataille 2021 a dû être remisé dans les cartons.

Après s'être tenu in-extremis cette année, le salon de l'agriculture se voit contraint de faire l'impasse sur 2021. "Il est de notre responsabilité (...) de dire le plus en amont possible notre décision, qui est de reporter à l'année suivante le salon de l'Agriculture, tout en maintenant à Paris et dans différentes villes des événements dont les agriculteurs ont besoin" pendant cette semaine-là, a déclaré ce 13 octobre Jean Luc Poulain, le président du Centre national des concours et expositions agricoles (Ceneca), propriétaire du salon.

"Un moyen de communication essentiel"

Première région française pour les productions de fromage au lait de vache, de beurre, de crème, de produits cidricoles, de poireaux et pour l'élevage des chevaux, la Normandie est une région qui pèse sur la scène agricole française. Les productions agricoles y occupent 70 % du territoire et le secteur représente plus de 31 000 exploitations pour 67 600 emplois. Le salon de l'agriculture et ses 600 000 visiteurs annuels représentent donc un enjeu important, notamment en termes d'image. "C'est un moyen de communication essentiel, on ne fait pas énormément de vente, il n'y a pas de chiffres d'affaire importants mais ça permet de mettre en avant des marques comme Manche Terroir ou Bienvenue à la ferme", explique Ludovic Capelle, producteur de cidre AOC du Cotentin à Sotteville.

Pour cet habitué du salon, ce grand rendez-vous est l'occasion de nouer des contacts, de rencontrer de potentiels futurs clients, comme des restaurateurs mais aussi "des Parisiens qui nous disent : on viendra vous voir, on viendra visiter votre exploitation au printemps ou à l'été prochain." Autant d'opportunités de ventes directes pour le producteur de cidre manchois. Et plus encore. "Forcément, faut faire un peu de business, mais le salon de l'agriculture c'est aussi le côté humain (...) Cette annulation, c'est un petit pincement au coeur. J'aime bien aller aller au salon pour rencontrer les autres producteurs cidricoles de Normandie. Et puis, c'est la famille, on rencontre la famille à Paris."

On prend conscience que ça peut être grave, pas forcément pour tout de suite mais dans six mois

Ludovic Capelle, producteur de cidre


Un petit pincement au coeur, donc. Et sans doute un peu plus. "Au mois de février, on a passé les fêtes, et le salon de l'agriculture redémarre l'activité." Mais en 2021, ce coup d'envoi n'aura pas lieu. De quoi susciter des inquiétudes. "Le fait d'entendre ce matin que le salon n'aura pas lieu, c'est un coup de semonce. On nous dit, d'une certaine manière, qu'il va falloir faire attention. On prend conscience que ça peut être grave, pas forcément pour tout de suite mais dans six mois."

Une annulation et beaucoup de questions

Avec la "seconde vague", la crise sanitaire s'inscrit dans la durée. Et les perspectives économiques se brouillent. "On a repoussé six mois d'échénace de prêt, on a récupéré un peu de trésorerie sur l'exploitation, on a eu des mois de juin, juillet, août, septembre plutôt bons pour la vente directe mais ce n'est pas le cas pour tout le monde", raconte Ludovic Capelle, mais "la covid met un gros point d'interrogation. Nous, on se pose la question de savoir combien de bouteilles on fait cette année : 30 000 ? 40 000? Est-ce qu'on doit repousser des investissements ? (...) J'ai l'impression de me retrouver comme au début du mois de mai dernier : comment va démarrer l'année prochaine ?"

En l'absence de salon, le secteur agricole doit s'imaginer une nouvelle vitrine pour 2021. "On va travailler à un plan b", indique Arnaud Didier, de la Chambre régionale d'agriculture, "Aujourd'hui, on part d'une feuille blanche. Ce qu'on sait, c'est que le cadre national envisage lui aussi quelque chose d'autre pour remplacer. Le contour n'est pas encore clair mais, de toutes façons, on s'intégrera dans ce qui sera mis en place. Et nous avons aussi la volonté, au niveau normand, de faire quelque chose qui nous ressemble, pourquoi pas d'élargir la période de visibilité et le champ des thématiques abordées. Nous allons réfléchir sérieusement."

Moisson de médailles

Si le salon de l'agriculture 2021 n'aura pas lieu, l'un des temps forts de ce grand rendez-vous sera tout de même maintenu. Le concours général, qui juge chaque année environ 12.000 produits agricoles et alimentaires français, devrait être organisé "dans différentes villes de province", assurent les organisateurs. "La Normandie est une des régions qui présente le plus de produits à ce concours donc c'est un vrai enjeu pour nous. On va tout faire pour qu'un maximum de produits, comme d'habitude, ressortent avec beaucoup de médailles", affirme Arnaud Didier.

En 2020, 143 producteurs et plus de 474 produits de la région y avaient participé. Les Normands avaient rapporté de la capitale 28 médailles d'Or, 58 d'argent et 29 de bronze.



 
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