Coronavirus et fermeture des écoles : quelles conséquences pour les élèves, les parents et les enseignants?

Les écoles sont fermées à partir de lundi prochain en France pour limiter la propagation du coronavirus Covid-19. Dernier jour de classe à Audincourt. / © Lionel VADAM/MaxPPP
Les écoles sont fermées à partir de lundi prochain en France pour limiter la propagation du coronavirus Covid-19. Dernier jour de classe à Audincourt. / © Lionel VADAM/MaxPPP

Toutes les crèches, écoles, collèges, lycées et universités fermeront ce lundi 16 mars. L'annonce d'Emmanuel Macron fait polémique, notamment chez les parents d'élèves. France 3 Normandie fait le point sur vos inquiétudes concernant la garde des enfants ainsi que sur le suivi pédagogique des cours.

Par Medhi Weber

C'est l'une des déclarations fortes du discours du Président de la République. Dès ce lundi 16 mars, tous les établissements scolaires, ainsi que les crèches et universités fermeront leurs portes. Et ce "jusqu'à nouvel ordre". L'objectif  selon le chef de l'Etat : freiner l'épidémie en réduisant la propagation chez les plus jeunes.

Chez nos confrères de France Inter, ce vendredi 13 mars, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education nationale, a d'ores et déjà annoncé que la mesure restera en vigueur "au moins jusqu'aux vacances de printemps" (à partir du 11 avril en Normandie). 
De quoi inquiéter les parents d'élèves concernant la suite des opérations : comment faire garder leurs enfants sur la période où ils n'iront pas à l'école? Quel suivi pédagogique sera mis en place?  

Ce vendredi 13 mars au matin, nous vous avons sollicités sur la page Facebook de France 3 Normandie pour savoir comment vous alliez vous organiser pour faire garder vos enfants. Et vous avez été nombreux à nous répondre. 
Pour quelques-uns d'entre vous le problème c'est bien entendu la présence d'un parent à la maison afin d'occuper les enfants. En particulier pour tous ceux qui travaillent dans les métiers de la santé. Émilie Trémier-Planche nous a par exemple écrit : "Moi je suis assistante de vie. Impossible de priver les personnes âgées de leurs toilettes ou des repas. Quand on travaille avec l'humain, nous ne pouvons pas nous permettre de nous arrêter." 

Vendredi 13 mars, en fin d'après-midi, la préfecture de la Seine-Maritime a cependant annoncé une nouvelle qui devrait rassurer les personnels de santé : les écoles et collège  accueilleront exceptionnellement leurs enfants par groupe de 10 maximum. 
D'autres parents s'inquiètent plutôt pour le suivi pédagogique. Arizona Keyston nous a par ainsi expliqué que "Auto entrepreneur, la garde n'est pas le souci. Mais comment gérer en même temps un CP et un 6eme, 2 niveaux des plus importants, pour qu'ils ne soient pas pénalisés par cette mesure ??"

"Le mot d'ordre est solidarité"

Enfin certains se veulent plus rassurants. Annabelle Podraza annonce qu'elle "commence déjà à s'organiser avec d'autres parents pour récupérer les livres et cahiers restés en classe sans que tous les parents aient besoin de se rendre à l'école. Le mot d'ordre est solidarité." Et Grégory Arnal de conclure : "La priorité est de garder votre famille en bonne santé, le reste on verra plus tard."

Ce matin, nos équipes se sont rendues à Déville-Lès-Rouen pour interroger les parents à leur arrivée à l'école.  
Au moment de déposer leurs enfants, les parents s'interrogent sur l'organisation nécessaire suite à cette annonce, notamment en ce qui concerne leurs responsabilités professionnelles.

Caroline Mallet raconte qu'elle et son conjoint vont "chacun parler avec leur employeur pour voir comment s'organiser. Et après il y a la famille qui va nous aider, parce qu'on n'a pas le choix". La mère de famille se dit plutôt en faveur de la mesure de fermeture des écoles "si cela permet d'arrêter la propagation du virus. La santé avant tout !"

Les solutions envisagées : télétravail et arrêt de travail indemnisé  

Plusieurs mesures ont été mises en place pour pallier la fermeture des écoles. Tout d'abord, Emmanuel Macron a annoncé que des "services de garde seront progressivement mis en place région par région". En attendant, et pour les parents n'ayant pas de solutions pour faire garder leurs enfants, deux autres options sont possibles.

En premier lieu, il a été demandé aux entreprises d'accepter autant que possible les demandes de télétravail formulées par les salariés dans le cas où l'activité peut être réalisée à distance. La marche à suivre sur trouve sur le site du ministère du Travail. Sachez par ailleurs que votre employeur est en droit de refuser votre demande de télétravail, mais que ce refus doit être justifié et motivé. 

Si vous ne pouvez ni faire garder votre/vos enfant.s (de moins de 16 ans) ni télétravailler, la ministre du Travail Muriel Pénicaud s'est engagée vendredi 13 mars au matin à ce que vous ayez le droit à un arrêt de travail automatique et surtout sans le délai de carence habituel. Vous serez donc indemnisé.e dès le premier jour ! 

Comment obtenir un arrêt de travail indemnisé? 

Si vous êtes salarié.e, c'est à votre employeur de déclarer l'arrêt de travail à compter du jour du début de l'arrêt et pour la durée correspondant à la fermeture de l'établissement. La déclaration se fait en ligne sur le site Internet www.declare.ameli.fr. Attention, un seul parent par enfant peut bénéficier de cette procédure. Vous devez d'ailleurs fournir à votre employeur une attestation dans laquelle vous vous y engagez. 

Ce document doit également indiquer le nom et l’âge de l’enfant, le nom de l’établissement scolaire et de la commune où l'enfant est scolarisé, ainsi que la période de fermeture de l’établissement scolaire concernée. Vous vous engagez par ailleurs à informer votre employeur de la réouverture de l'établissement scolaire de votre enfant. 

Quel suivi pédagogique pour les scolaires? 

Jeudi 12 mars, suite aux annonces présidentielles, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education nationale a joué la carte de l'apaisement.

Celui qui quelques jours plus tôt avait écarté l'éventualité d'une fermeture des écoles, a publié sur Twitter une vidéo dans laquelle il assure que les établissements scolaires sont prêts à passer à l'enseignement à distance pour toute la durée de cette crise.  
Autre son de cloche du côté de Claire-Marie Feret, co-secrétaire du syndicat enseignant Snes-FSU 76.

"Non mais ça, c'est la spécialité de notre ministre, lance-t-elle, de dire des choses qui ne correspondent pas à la réalité. Evidemment on est pas du tout prêts, on est pas du tout préparés, on est pas du tout équipés pour l'enseignement à distance". 

La menace d'un "renforcement des inégalités scolaires" 

Le risque pour la syndicaliste : que cela renforce "les inégalités sociales et scolaires en fonction des familles qui pourront, ou non, accompagner ce type de suivi de scolarité".

Elle comprend néanmoins la mesure au vu de l'urgence de cette crise sanitaire et relativise le manque de préparation de l'Education nationale : "ce n'est pas une situation normale, je n'ai jamais vu des établissements scolaires fermés sur la France entière". 
Sous couvert d'anonymat, une enseignante à Elbeuf a accepté de nous faire part de son sentiment sur la fermeture des écoles.

Elle déplore un manque d'information et d'organisation, et la mise en place  d'une forme de "système D" : "depuis 8h30 ce matin, on nous demande de récupérer les adresses mails et les numéros de téléphone des parents si jamais on doit leu envoyer du travail. Mais certains élèves n’ont même pas d’ordinateur!"

Elle soulève par ailleurs la problématique de l'exposition aux écrans posée par l'enseignement à distance : "Ça nous fait rire parce que ça fait deux semaines qu’on sensibilise nos élèves aux risques des écrans et là on va leur demander de travailler sur des ordinateurs toute la journée, ça n’a pas de sens. On va passer pour des imbéciles auprès d'eux."

Cette professeure des écoles qui enseigne dans des classes de primaire conclue que "cela paraît compliqué de faire travailler à distance des élèves de CE1. Je mets ma main à couper que sur mes 15 élèves, 5 vont réellement travailler!"

Les enfants souvent porteurs sains du coronavirus

Emmanuel Macron l'a rappelé lors de son allocution jeudi 13 mars : protéger les enfants c'est aussi enrayer la propagation de l'épidémie. La raison ? Les enfants sont un public très particulier en ce qui concerne le Covid19. En France, ils sont sous-représentés parmi les personnes diagnostiquées positives à la maladie. Selon une étude publiée la semaine dernière et menée par l'université John-Hopkins aux Etats-Unis, ils sont pourtant "tout aussi susceptibles d'être infectés que les adultes". L'étude qui se base sur les cas de contamination de la région de Shenzhen en Chine note ainsi que le taux d'infection des enfants de moins de 10 ans est de 7,4%, très proche de celui des adultes (7,9%). Pourtant selon l'OMS, ce même public représente moins de 3% des personnes diagnostiquées positiques en Chine. La cause selon l'étude :  "il est moins probable qu'il développe des symptômes", notamment parce que leur système immunitaire est plus résistant et leurs poumons plus sains (moins d'années au contact de la pollution, pas de consommation de tabac). Conséquence : les enfant souvent asymptomatiques ne sont pas diagnostiqués, mais en tant que porteurs sains, ils sont de puissants vecteurs de la propagation. Et l'étude de conclure : "il est donc nécessaire de prendre cela en compte dans les analyses concernant la transmission et le contrôle de l'épidémie". En fermant les écoles par exemple... 

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