Après l'incendie chez Bolloré Logistics, Danone détruit des milliers de litres de lait : trois questions à Sébastien Catoir, élu FNSEA 76 et producteur de lait

L’usine Danone de Ferrières-en-Bray a procédé à la destruction de quelques milliers de litres de lait collectés dans trois élevages près de Rouen. Une mesure de précaution qui fait suite à l’incendie de l’entrepôt de batteries au lithium Bolloré Logistics à Grand-Couronne (Seine-Maritime), le 16 janvier dernier.

Trois éleveurs, tous dans un rayon de dix kilomètres autour du site incendié, ont vu leur production de lait détruite, révèle 76actu. Ces exploitants se trouvent sur les communes de Saint-Pierre-de-Manneville et d’Yville-sur-Seine, à l’ouest de Rouen. L’un d’entre eux évoque la destruction de près de 4 000 litres de lait pour son exploitation, soit trois jours de traite.

Selon Atmo Normandie, organisme chargé de la surveillance de la qualité de l’air, la zone a en effet été survolée par les fumées. Mais les prélèvements effectués n’ont révélé aucun problème de sécurité pour les consommateurs et aucune suie noire n’a été détectée. Si les éleveurs seront tout de même rémunérés, la décision, prise sans concertation avec la préfecture, peut interpeller.

Trois questions à Sébastien Catoir, membre du bureau à la section laitière départementale de la FNSEA et producteur de lait à Conteville (Seine-Maritime).

France 3 Normandie : Danone a choisi de détruire des milliers de litres de lait "par précaution" suite à l’incendie de Bolloré. Pensez-vous que l’entreprise en a trop fait ?

Sébastien Catoir : C’est toujours une question de curseur. Je ne sais pas si la fumée est véritablement passée autour des exploitations, mais je les comprends : l’usine collecte environ 200 millions de litres de lait par an, soit environ 550 000 litres chaque jour. Pour ne pas polluer toute le site, ils ont préféré se débarrasser d’une collecte. Entre prendre le risque de jeter l’ensemble ou une petite partie – 15 000 litres environ – il n’y a pas photo !

Après l’incendie de Lubrizol, on a jeté nos productions pendant longtemps, il y a eu d’énormes retombées à cause des nuages. Des analyses avaient été faites dans les sols et les aliments. Les trois agriculteurs concernés ont en tout cas dû se rappeler de cet événement et de ce qu’ils risquaient lorsqu’ils ont vu le nuage de fumée après Bolloré. La FNSEA 76 n’a pas eu de retours de leur part : je pense qu’ils ont compris le principe de précaution de Danone.

Pour moi, en tout cas, l’incident est clos : la collecte a repris normalement, après analyse, on a vu qu’il n’y avait rien dans le lait, c’est reparti. Je sais que c’est embêtant de se dire que son lait a été jeté, mais s’ils ne l’avaient pas fait et qu’ils avaient dû rappeler massivement des yaourts… On en aurait parlé au 20 heures.

Dans quel cas est-on amené à jeter tout ou une partie d’une production ?

On jette le lait des vaches qui suivent un traitement antibiotique dans la fosse à lisier, avec le reste. Chaque industriel a ses politiques mais dans le cas de Danone, les fermentations ne peuvent pas se faire en présence d’antibiotiques.

Après l’incendie de Lubrizol, lors de la collecte, le camion est resté dans la cour un moment avant de pomper le lait, il attendait une réponse des autorités compétentes. Il y a eu des prélèvements très rapprochés, qui se sont peu à peu espacés, dans les sols et les pâtures. Des pages et des pages de résultats.

L’événement a inévitablement marqué les esprits, trois ans et demi après Lubrizol. Y a-t-il aujourd’hui une psychose, ou trouvez-vous au contraire positif que les vérifications sur les produits aient été renforcées dans l’agroalimentaire ?

C’est bien de contrôler, mais en faire des couches et des couches, je ne suis pas sûr que ce soit utile. Le risque zéro n’existe pas. Un incident externe peut avoir des conséquences sur toute une production. Le lait est contrôlé systématiquement. A chaque ramassage, on vérifie les antibiotiques, les germes… Puis, il est stérilisé. On respecte une charte des bonnes pratiques d’élevage, avec un auditeur qui se déplace régulièrement dans les fermes pour faire le point. Et une charte du bien-être animal.

On en fait déjà pas mal, on montre patte blanche.

Sébastien Catoir

à France 3 Normandie

Sur les cultures, on contrôle l’utilisation des produits phytosanitaires. Avant, on devait faire un certificat tous les cinq ans, maintenant, c’est passé à trois ans. On a deux conseils stratégiques tous les cinq ans pour renouveler son agrément. On a la directive nitrate, et un nouveau système de contrôle par satellite qui devrait voir le jour dans l’année. Les industriels sont contrôlés à leur tour.

On en fait déjà pas mal, on montre patte blanche ! Je comprends qu’il faille fixer des règles mais il faut rester dans la limite du raisonnable.