Dans la métropole de Rouen, pourquoi l'installation d'une aire pour les gens du voyage bloque encore ?

Vote surprise ce lundi 14 novembre à la Métropole Rouen Normandie. La proposition d'installation d'une aire de grand passage à Oissel a été retoquée. Pourquoi, depuis 20 ans, les élus ne réussissent-ils pas à s'accorder sur ce projet ? Eléments de réponse.

Quand les gens du voyage auront-ils une aire de grand passage dans l'agglomération de Rouen ? Les élus métropolitains ont rejeté le projet proposé par la majorité d'implanter cette aire sur le site de la Briqueterie à Oissel (Seine-Maritime). "C'est un soulagement, une satisfaction", résume le maire (PCF) de Oissel, Stéphane Barré. 

"Les maires n'aiment pas se voir imposer de tels projets."

Ce vote "contre" l'implantation sur le site de Oissel est en réalité une surprise politique. 61 élus se sont opposés à la résolution proposée par le président Nicolas-Mayer-Rossignol. 56 ont voté pour. Le maire de la commune concernée a ainsi réussi à convaincre une partie de la majorité métropolitaine de ne pas soutenir le projet. "Dans mes souvenirs, c'est la première fois que le président est mis en minorité dans cette assemblée", se réjouit M. Barré, "les maires, comme moi, n'aiment pas se voir imposer de tels projets."

Trois jours après le vote, la métropole de Rouen demande au Préfet de prendre le dossier en main

Jeudi 17 novembre, Nicolas-Mayer Rossignol, président de la métropole de Rouen-Normandie a envoyé un courrier au préfet de Seine-Maritime. Il lui demande d'agir en son nom pour la réalisation de l'aire de grand passage. 

"il apparait que la Métropole n’est pas en mesure de répondre aux mises en demeure successives du Préfet, depuis le 28 juin 2019, pour la réalisation de cet équipement.

 Aussi, conformément aux prescriptions de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000, Nicolas Mayer Rossignol, Président de la Métropole Rouen Normandie, a écrit au Préfet ce jour pour l’informer de cette situation et lui demander « de procéder à la réalisation d’une aire de grand passage sur le territoire de la Métropole au nom et pour le compte de l’Etablissement public ».

(source métropole de Rouen Normandie)

Dans le même temps, un collectif d'habitants refuse également l'implantation de cet aire destinée aux gens du voyage. Il s'était réuni devant la Métropole Rouen Normandie avant le conseil métropolitain pour mettre la pression sur les élus. "Actuellement 85% des places d'accueil permanentes des gens du voyage se situent rive gauche. La rive droite ne fait pas sa part de mixité sociale", souligne Noëlla Marais, vice-présidente de l'association "Non à l'aire de grand passage à Oissel". Un argument repris par Stéphane Barré : "Oissel prend déjà sa part. Mais nous allons tenir parole, nous avons proposé un autre terrain, plus loin des habitations", rappelle l'édile.

L'exécutif municipal a effectivement suggéré un terrain alternatif sur son territoire. Selon le maire de la commune, le projet initial prévoyait d'accueillir des centaines de caravanes à 80 mètres des maisons de ses administrés. "Un terrain d'accueil oui, mais pas n'importe où. On a construit ce projet sur un mensonge", résume Stéphane Barré. Selon lui, les maires de l'agglomération "se rejettent la balle" depuis plusieurs années car les gens du voyage ont "mauvaise presse". "Quand ils squattent de manière illégale certains terrains privés, y compris à Oissel, on doit gérer", raconte Stéphane Barré.

Une contre-proposition dans la forêt de La Londe-Rouvray

"C'est en responsabilité que nous avons trouvé une autre solution", assure le maire de Oissel. Il propose la construction de cette aire d'accueil dans la forêt de La Londe-Rouvray. La préfecture de Seine-Maritime a, de son côté, refusé cette idée soulignant que cet espace était une forêt classée. "C'est une forêt d'exploitation", rétorque le maire, "on pourrait y construire une zone économique ou une bassine, mais pas une aire pour les gens du voyage ?", s'interroge-t-il.

Selon la municipalité de Oissel, ladite forêt est une forêt d'exploitation, "on coupe, on plante, on coupe, on plante", schématise le maire. Après le vote infructueux à la métropole, le préfet devrait reprendre la main sur le dossier. L'installation d'une aire de grand passage est en effet une obligation légale pour les collectivités locales. "Imposer cette aire sur le site de la Briqueterie serait de l'acharnement contre notre ville", prévient Stéphane Barré, "notre proposition est une porte de sortie après 20 ans d'immobilisme."

Plusieurs projets d'implantation avaient déjà été envisagés au nord de la ville de Rouen. Notamment à Isneauville, sur la Plaine de la Ronce, projet qui avait suscité la colère et le refus des maires des communes concernées