Déconfinement : peut-on utiliser les cabines d'essayage sans danger ?

Lundi 11 mai, les commerces de l'habillement étaient autorisés à rouvrir leurs portes. Grandes enseignes ou boutiques indépendantes, toutes doivent respecter les recommandations sanitaires du gouvernement pour protéger salariés et clients avec un point sensible : l'essayage des vêtements.
 

Pascale Ribeiro, dans son magasin de vêtement du centre-ville de Rouen
Pascale Ribeiro, dans son magasin de vêtement du centre-ville de Rouen © AdV
Ce mardi matin, dans le centre-ville de Bayeux, un couple de retraités est venu acheter le cadeau d’anniversaire de monsieur : un polo en coton pour les beaux jours. Le 30 avril dernier, ce dernier a dû souffler ses bougies en confinement. Et point de présent pour accompagner le gâteau, les boutiques restant portes closes. Pour Romuald Colin , le gérant de ce magasin indépendant de prêt à porter masculin, c’est un vrai soulagement. « C’est un vrai plaisir de retourner dans le magasin et de retrouver ses clients. »
 
Romuald Colin, commerçant à Bayeux
Romuald Colin, commerçant à Bayeux © JYG


Le plaisir est d’autant plus grand, qu’après deux mois de confinement, le prêt-à-porter, comme bon nombre de secteurs, traverse une passe plus que difficile. La Fédération Nationale de l’Habillement (FNH), qui regroupe les indépendants, dresse un tableau extrêmement sombre de la situation : des stocks estimés à 2,5 milliards d’euros et une chute attendue cette année du chiffre d’affaire de 40%.

a réouverture était donc attendue de pied ferme. Mais pas n’importe comment. Une partie de la profession demande un report des soldes, craignant qu’une course aux promotions précipite sa chute. Mais à plus court terme, c’est la santé des salariés et des clients qui est la préoccupation majeure.


"Je suis allée chercher les renseignements moi-même"

Sur la porte de son commerce, une affichette informe le client « Nous mettons tout en œuvre pour limiter la propagation du coronavirus ». Pascale Ribeiro a ouvert sa première boutique de prêt-à-porter il y a 14 ans dans le centre-ville historique de Rouen.

Propriétaire de quatre magasins en Normandie, elle est aussi membre de la Fédération Française Nationale de l’Habillement. Elle regrette de n’avoir eu aucun conseil de la part du syndicat pour l’aider à préparer la réouverture de ses commerces: "je suis allée chercher les renseignements moi-même, grâce aux informations sur internet. On n'a rien eu de la Fédération Française de l’Habillement, c’est plutôt Les Vitrines de Rouen qui nous ont bien aidés, qui nous ont indiqué tout ce qu’on devait faire, les mesures qu’on devait prendre".

Si le vêtement est essayé et qu'il n’est pas acheté, on le met de côté, et on le désinfecte tout de suite.
Pascale Ribeiro, gérante des boutiques Romy

Ces mesures ont été mises en place dès hier, jour du déconfinement. En effet, les boutiques de Pascale étaient exceptionnellement ouvertes un lundi : pas plus de 10 clients dans la boutique (il faut 1 client pour 4m²), un sens de circulation à respecter, le port du masque et la désinfection des mains obligatoires dès l'entrée dans le magasin. 

 

Un sens de circulation a été mis en place dans le magasin de Pascale Ribeiro, à Rouen
Un sens de circulation a été mis en place dans le magasin de Pascale Ribeiro, à Rouen © Axel Ribeiro

La gérante a choisi de permettre à ses clientes de continuer à essayer des vêtements, un point à ne surtout pas négliger, "en général, les gens prennent eux-mêmes le vêtement. Puis s'il est essayé et qu'il n’est pas acheté, on le met de côté, et on le désinfecte tout de suite".

Personne ne nous a demandé d'emmener un vêtement à la maison pour l'essayer.
Pascale Ribeiro, gérante des boutiques Romy

La désinfection du vêtement est faite avec un défroisseur professionnel. L'appareil envoit de la vapeur d'eau à 90°C.
 

© AdV


Selon Pascale, il est recommandé dans le textile : "avec quelques gouttes de désinfectant, ça va beaucoup plus vite pour décontaminer le vêtement". Il est ensuite isolé et remis dans les rayons quelques heures plus tard. Elle ajoute, "c'est vraiment important pour les gens d'essayer le vêtement, personne ne nous encore demandé d'emmener le vêtement à la maison pour l'essayer, ça viendra, ce n'est peut-être que le début".


Le masque en cabine ?

La question de l'essayage en boutique ne fait pas l'unanimité dans ses modalités d’organisation. Dans un "Guide de bonne pratique à destination des responsables de magasins", la préfecture du Calvados recommande "d'envisager le fait d’interdire l’accès aux cabines d’essayage". Certaines enseignes, comme la marque de prêt-à-porter masculin Célio, ont d'ailleurs fait ce choix. Sur son site internet, la chaîne appelle ses clients à essayer chez eux et indique que "les cabines sont fermées pour l'instant". Elles devraient le rester "au moins pour trois semaines". En Belgique , le géant H&M a lui aussi décidé d’imposer cette restriction. Pas d’information concernant le territoire français, où ses magasins restent fermés pour le moment.

Néanmoins, une bonne partie de la profession ne semble pas envisager la reprise de l’activité sans permettre aux clients d’essayer avant d’acheter. "Il vaut mieux encourager la cliente à essayer le produit en magasin plutôt qu'elle ne l'emporte chez elle et ne revienne en boutique car il ne lui convient pas, avec le risque qu'il soit infecté", indiquait ainsi récemment la FNH à ses adhérents, comme le rapporte l’AFP. L’organisation professionnelle recommande en revanche sur son site internet de "rendre obligatoire le port du masque pour tout client  souhaitant essayer un vêtement ou sous-vêtement en cabine". Une possibilité a priori autorisée par les autorités : "le responsable peut subordonner l’accès à son magasin au port de masques", indique ainsi la préfecture du Calvados.

La fermeture des cabines d’essayage ne figure pas non plus parmi les préconisations d’un autre poids-lourd du secteur, Alliance commerce , qui fédère notamment les grands magasins et les grandes marques du prêt-à-porter installées sur tout le territoire français. L'organisation professionnelle recommande simplement de "réduire le nombre de cabines à disposition" et de "limiter le nombre de produits essayés pour limiter le temps d’attente".
 

Des vêtements placés en quarantaine  

"Dès qu’un vêtement est utilisé, essayé ou échangé par un de nos clients, il est placé en quarantaine ", explique Romulad Colin, commerçant à Bayeux, "sur une durée minimum de 4 heures, c’est ce qu’on nous a recommandé". Si la distanciation sociale a été imposée par les autorités sanitaires, c’est que le covid 19 se transmet par goutelettes (toux, éternuement) et par contact direct entre êtres humains. Néanmoins, le virus peut également se trouver sur des surfaces extérieures et contaminer un hôte lorsque celui-ci porte sa main à son visage après avoir touché la surface concernée. La durée de vie de l’agent contaminant est, selon les études et le matériau, estimée entre quelques heures et 2 à 3 jours.
 

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La mise en "quarantaine" des vêtements essayés est donc unanimement recommandée. La préfecture du Calvados recommande ainsi de "ne pas remettre immédiatement les articles en rayon". Sans plus de précision. Car là encore, la durée de la quarantaine varie selon les acteurs. La Fédération Nationale de l’Habillement ou la Ville de Lille indiquent aux commerçants que "selon les Autorités Sanitaires Françaises, le virus ne tiendrait pas plus de 3 à 4 heures sur un textile". Dans son "recueil des bonnes pratiques sanitaires", Alliance Commerce préconise "un entreposage d’au moins 24 heures, pour une inactivation spontanée suffisante du virus". Certaines enseignes vont même bien au-delà de ce délai comme Jacadi qui "isole" tout vêtement essayé durant trois jours "avant un retour en rayon".
 

Le virus à la vapeur

En désinfectant les vêtements essayés ou échangés avec un défroisseur professionnel, la commerçante rouennaise Pascale Ribeiro suit les préconisations des principales organisations professionnelles du secteur, établies en collaboration avec les autorités sanitaires. Après la mise à l’isolement, les textiles doivent être désinfectés. Dans un avis rendu le 18 février dernier sur le lavage du linge hospitalier, le Haut Conseil de la Santé Publique indique qu’un "un cycle en machine de 30 mn à 60°C serait de nature à détruire ces virus" et recommande "par précaution (…) une température de 90°C". A condition de la supporter. D’où la prudence des organisations professionnelles : "passer éventuellement à la vapeur avec désinfectant", recommande la FHN, "si la matière de l’article peut le supporter", rappelle Alliance Commerce.

Les premières virées shopping du déconfinement s'annoncent donc comme un véritable casse-tête, pour les commerçants mais aussi pour les clients. Pas de quoi envisager une reprise sur les chapeaux de roue. "Si l'on se fonde sur les études comportementales des consommateurs, le redémarrage se fera de manière faible (...) et graduelle", rappelait déjà à l'AFP Eric Mertz, le président de la Fédération Nationale de l'Habillement. L'Etat, par la voix de la préfecture du Calvados, indique qu'il sera vigilant quant au respect des consignes sanitaires dans les magasins. Des contrôles seront menés par "les forces de sécurité intérieure", nous dit-on.

 
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