Le journal Paris-Normandie liquidé avec une prolongation d'activité de trois mois

La décision a été rendue dans la soirée du mardi 21 avril 2020 par le tribunal de commerce de Rouen : la liquidation
du quotidien avec prolongation d'activité de trois mois.
La dette a beau être passée de 10 à 7 millions en trois ans, le journal affiche une chute de 90% des recettes publicitaires.
La dette a beau être passée de 10 à 7 millions en trois ans, le journal affiche une chute de 90% des recettes publicitaires. © Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Le tribunal de commerce de Rouen a prononcé mardi soir la liquidation du journal Paris-Normandie avec prolongation d'activité de trois mois, selon Jean-Louis Louvel son propriétaire.

La direction du quotidien avait annoncé jeudi dernier dans un communiqué son intention de demander sa mise en liquidation de la société éditrice, la SNIC, accompagnée d'une période de continuation.

 



Le quotidien, endetté depuis plusieurs années, emploie 216 salariés selon leur avocate Jessy Levy. 

Victime de la crise du Covid

Selon la direction, la crise sanitaire du coronavirus a interrompu "le lent redressement" du journal. 

En l'espace de quelques semaines tout s'est écroulé parce qu'on n'avait aucun matelas.
Anne Bouchet déléguée syndicale SNJ du journal

La dette a beau être passée de 10 à 7 millions en trois ans, le journal fondé en 1944 affiche une chute de 90% des recettes publicitaires, "du jamais vu", selon Mme Bouchet.
  
Les "audiences sur internet" ont beau avoir "explosé", "les millions de pages vues ne sont pas des millions d'euros. Pas même des milliers", se désolait le journal le 10 avril dans une tribune signée "Paris Normandie" appelant les lecteurs à s'abonner.
 

Implanté uniquement en ex-Haute Normandie, dont il est l'unique quotidien local, Paris Normandie compte 22.500 abonnés papier et 1.500 abonnés web, selon la direction.

En 2019, le journal diffusait à environ 41.280 exemplaires, soit 6,9% de moins qu'en 2018, selon l'Acpm, organisme de certification de l'audience de la presse. Une baisse supérieure à la moyenne de la presse régionale.

Selon "les estimations les plus raisonnables (...) le déficit global à la fin de l'été atteindrait plus de 3 millions d'euros dans le cadre d'un déconfinement et d'une reprise totale d'activité", selon la direction.

"Je ne doute pas que plusieurs offres seront transmises", a indiqué avoir dit au tribunal M. Louvel, assurant aux juges avoir déjà eu des contacts avec des repreneurs.
  

Un appel à l'Etat 

Jean-Louis Louvel, candidat aux élections municipales, a indiqué qu'il ne présenterait pas d'offre pour sa part. Il n'a pas donné plus de précisions.

 



Les salariés, qui ont déjà connu trois procédures judiciaires depuis 2012, sont bien sûr "inquiets", selon le SNJ.

"On suppose qu'il y aura plusieurs repreneurs parce que la fameuse dette sera annulée", avec la liquidation avec prolongation d'activité, a indiqué Anne Bouchet.

Reste à savoir si ces offres seront "sérieuses" et si des salariés resteront "sur le carreau".

Lundi, le candidat malheureux à la reprise du journal en 2017, le groupe belge Rossel (La Voix du Nord), n'a pas souhaité indiquer s'il ferait à nouveau une offre. M. Louvel n'a pas souhaité indiquer si le groupe l'avait contacté. 
 

Le 15 avril, le tribunal avait prononcé la liquidation avec poursuite d'activité pour la RNP, la régie publicitaire du titre qui emploie 25 personnes selon Jessy Levy, avocate des salariés.

Mardi dans un communiqué, le député PCF Sébastien Jumel en a appelé "à l'Etat qui ne doit pas négliger son soutien à la liberté d'informer et prendre ainsi des mesures d'aides financières pour permettre à ce titre de surmonter cette crise".

Jeudi le gouvernement a annoncé préparer des mesures d'aides à la presse.

Président de la société de palettes en bois PGS, qui emploie 1.300 personnes, Jean-Louis Louvel avait acheté Paris Normandie en 2017 au journaliste Xavier Ellie, à qui le groupe Hersant l'avait cédé en 2012.
 
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