Lubrizol : l'association Rouen Respire rend une première étude sur l'impact sanitaire de l'incendie

le nuage de fumée s'étirait sur 22 km de long / © Stéphane l'Hôte
le nuage de fumée s'étirait sur 22 km de long / © Stéphane l'Hôte

On s'en doutait, mais un premier rapport sur les conséquences sanitaires de l'incendie de l'usine Lubrizol le confirme. La catastrophe a bien eu des conséquences sur la santé des habitants de l'agglomération et sur son environnement.

Par Myriam Libert


Quand les habitants de l'agglomération rouennaise ont aperçu cet énorme panache noir s'échappant de l'usine chimique Lubrizol le 26 septembre 2019, tous ont bien compris que l'incendie ne serait pas sans conséquences sur leur santé et l'environnement. 
Ce sont 9500 tonnes de produits chimiques qui se sont ainsi évaporés dans l'air, et si l'on connait leurs caractéristiques, on connait moins les conséquences de leurs combustions.

Huit mois après la catastrophe, une première étude citoyenne initiée par l'association Rouen Respire vient de rendre ses résultats. Elle confirme bien les conséquences délétères de l'incendie sur notre santé.

L'enquête a été réalisée entre le 20 janvier et le 10 mars auprès de 565 personnes, et menée par le groupe Santé de l’association. Soit quatre médecins -médecin généraliste, médecins du travail, psychiatre- , un biostatisticien, une enseignante et une biologiste médicale.
Les 3/4 des personnes interrogées sont adhérentes de l'association.
Il ne s'agit donc pas d'un échantillon représentatif mais l'enquête soulève néanmoins des questions que l'ensemble de la population impactée s'est posée.

Les informations recueillies concernent :
-l'impact environnemental de l'incendie sur les lieux de vie (odeurs, panache, suies, retombées de fibrociment)
-les impacts sur la santé des personnes interrogées (symptômes physiques et psychologiques, grossesse et allaitement, maladies chroniques..)
-le vécu de la crise et sa gestion par les autorités, ainsi que la préparation à ce type de sinistre.
 
Rouen, le 26 septembre 2019 / © France Télévisions
Rouen, le 26 septembre 2019 / © France Télévisions

Conséquences physiques et psychologiques

A en croire cette étude, la zone impactée par l'incendie serait plus importante que la trajectoire du panache de fumée, notamment au niveau des odeurs ressenties. 

Les odeurs ont persisté des mois après le sinistre, perturbant considérablement les habitants vivant à proximité de l'usine. Les deux mois de confinement furent particulièrement difficiles pour les riverains du site industriel.
Selon Nathalie Le Meur, coordonnatrice de l'enquête pour Rouen Respire, il y a bien une relation entre odeurs et symptômes.

Les symptômes sont corrélés aux odeurs. Plus les odeurs ont persisté et ont été fréquentes, plus les symptômes ont été nombreux et durables. Nathalie Le Meur
 

Les conséquences physiques furent nombreuses, et notamment pour les malades chroniques qui ont vu leurs pathologies s'intensifier. 
-86% des personnes présentant une pathologie respiratoire (bronchite chronique, BPCO, asthme..) ont vu leurs symptômes s'aggraver
-51% pour ceux présentant d'autres pathologies (cardiovasculaires, thyroïdiennes..)

Les conséquences psychologiques sont également importantes
-81% des personnes interrogées disent avoir souffert d'anxiété et de stress, notamment les femmes enceintes et allaitantes
-20% en souffrent encore des mois après le sinistre

Sont en cause l'intensité de l'évènement et son caractère soudain, le sentiment d'impréparation à ce type de catastrophe, la gestion par les autorités ressentie comme insuffisante, une mauvaise communication auprès des populations, le sentiment d'abandon, l'atteinte aux biens, la peur pour les enfants...
D'autre part, ont été comptabilisés un certain nombre de "stress post-traumatique".
Certains riverains se sont sentis totalement abandonnés, et le sentiment de danger imminent persiste des mois après le sinistre.

Toutes ces informations ont été transmises au groupe de travail mis en place par
Santé Publique France pour amender son étude épidémiologique qui devrait démarrer fin août.

Nous sommes dans le groupe de travail, nous demandons que cette enquête épidémiologique soit enfin mise en oeuvre, poursuit Nathalie Le Meur, nous en attendons beaucoup car l'enquête se fera sur une plus grande partie de la population

L'association Rouen Respire envisage également de poursuivre ses actions en justice.

Une centaine de plaintes ont été déposées par des adhérents de l'association. Il faut savoir que Lubrizol et Normandie Logistique ont été mis en examen. on attend beaucoup de la justice. Nathalie Le Meur

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