Un plan de 515 millions d’euros pour sauver l’économie en Normandie

La Normandie vient d’allouer plus de 500 millions d’euros à un plan de relance de son économie. Hervé Morin, le président de la région, en a présenté les mesures, ce vendredi dernier (9 octobre 2020) à Saint-Etienne-du-Rouvray.
© Maxppp
La région mobilise 515 millions d’euros afin de sauver son économie. La situation est catastrophique et il va falloir faire preuve de « résilience », a prévenu Hervé Morin. Le président de la région a fait la présentation du plan de relance, le 9 octobre à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime). Les nouvelles mesures viennent en complément des actions gouvernementales prises, suite à la pandémie de Covid-19.

En Normandie, la plupart des entreprises sont de petites et moyennes tailles ; elles ont donc eu beaucoup de mal à résister au choc économique du confinement. Les fermetures administratives, la baisse de la productivité et la chute de la demande ayant empêché ces structures de maintenir une activité normale. Afin de revenir à cette normale, les dispositions visent surtout à alléger la trésorerie et les coûts des entreprises. Prêts de trésorerie, moratoire de remboursement, reports de charges et des prêts garantis par l’État, d’une part. Mise en place d’une activité partielle et d’un fonds de solidarité, d’autre part.
Au total, le plan comporte 39 actions. (Voir plus bas l'intégralité des 39 actions)

Tout le monde espérait qu’à partir de septembre on verrait enfin un horizon dégagé. Là, c’est le contraire. Il va falloir que l’on soit super résilient, que chacun se serre les coudes. »

Hervé Morin, président de la région Normandie

VIDÉO : 515 millions d’euros pour sauver l’économie normande
 

On fait un effort gigantesque en consacrant un peu plus de 500 millions d’euros, pour le sauvetage de l’économie régionale, pour une partie. Pour la relance, pour une autre." 

Hervé Morin, président de la région Normandie

Cible prioritaire : les entreprises

Les principales mesures visent à accompagner les entreprises locales, en cette période de crise sanitaire. Dans un premier temps, en leur apportant une aide financière, en urgence. Dans un second temps, en leur permettant de poursuivre leur activité de façon pérenne.
 30 millions d’euros seront alloués, à partie d’octobre 2020, au fonds d’investissement Normandie Rebond. Cette enveloppe est à destination des entreprises dont la situation était saine avant l’épidémie mondiale. Des petites et moyennes entreprises (PME) et des entreprises de tailles intermédiaires (ETI) dont le chiffre d’affaire est compris entre 5 et 150 millions d’euros. Le fonds doit les aider à consolider leurs fonds propres afin qu’elles continuent de se développer.
 Les artisans, commerçants et indépendants peuvent bénéficier du dispositif Impulsion relance, sous certaines conditions.
L’aide forfaitaire sera de 1 000 à 1 500 euros, selon le nombre de salarié, pour les TPE ayant subies une baisse d’au moins 30% de leur chiffre d’affaire.  Il s’agit d’aides d’urgence pour les très petites entreprises (TPE) les plus en difficulté. Dans un premier temps, une aide allant jusqu’à 1 500 euros peut être allouée. Dans un second temps, une aide de trésorerie allant jusqu’à 10 000 euros. 45 000 pour les discothèques.
Ces subventions sont réservées aux TPE ayant subies une diminution de 50% de leur chiffre d’affaire.
 Le remboursement des prêts accordés aux entreprises via l’Agence de Développement pour la Normandie (ADN) est suspendu.      Un délai systématique et automatique est appliqué jusqu’à octobre 2020, pour tous les dispositifs.
Les secteurs du tourisme et de l’évènementiel, eux, disposent d’un délai plus long de 6 mois.
Au total, plus de 600 entreprises sont concernées et plus de 10 millions d’euros d’échéances, sur la période du 1er avril au 1er septembre.Un prêt de 20 000 euros est proposé aux artisans, commerçants, indépendants, très petites entreprises industrielles, acteurs de l’économie sociale et solidaire, porteurs de projets dans le tourisme, dans la filière équine, dans l’horticulture et la pêche. Seules les entités regroupant moins de 20 salariés peuvent demander cette avance.
Le prêt bénéficie, par ailleurs, d’une bonification sectorielle de 5 000 euros pour les secteurs les plus durement touchés par la crise. Le tourisme, CHR, l’agriculture, l’horticulture, la pêche et les centres équins.
13 millions d’euros sont disponibles pour garantir ces prêts.À partir de novembre 2020, la Région financera  2 000 stages pour des jeunes ayant obtenu leur diplôme en juin dernier. Ces formations devront être effectuées dans une entreprise, une collectivité ou une association. Le stagiaire percevra alors 650 euros par mois avec une aide à la mobilité de 50 à 250 euros, selon la distance entre son domicile et son lieu de stage. 
La Région accueillera elle-même une centaine de nouveaux diplômés sur ses sites, à Caen et à Rouen.

Autres cibles : les associations, la culture, l’éducation, la santé et le sport

2 millions d’euros ont été versés au milieu culturel, via le fonds d’urgence culture. Depuis le mois de mai, ce fonds aide à maintenir les emplois du secteur ainsi que la création, la production et la diffusion des œuvres culturelles.
 2 millions d’euros sont également versés au milieu sportif. Suite à la pandémie, ce secteur observe une importante réduction des sponsors et des inscriptions dans les clubs.
 

1 000 entreprises entendues, avant l’élaboration du plan

Les mesures ont été élaborées après une enquête menée auprès d’un millier d’entreprises locales, durant l’été. 
À partir de juin, la Région a d’abord entendu les responsables de filières et d’organisations professionnelles.  
Elle a, ensuite, réalisé une enquête, du 1er juillet au 15 août 2020, sur 1 000 entreprises locales. Parmi elles, 43 % étaient des Petites et Moyennes Entreprises d’activités industrielles regroupant 20 à 50 travailleurs.

Ces structures ont été interrogées sur les problèmes et besoins survenus depuis le confinement. Les difficultés liées aux ressources externes (problèmes de fournisseurs de matières premières ou de services, par exemple), aux ressources internes (les moyens humains et techniques), aux marchés et autres problèmes ont ainsi été abordés.
Au final, un bilan économique désastreux a été dressé.

Il faut que l’on soit uni, que l’on soit Normand, que l’on soit tous ensemble.

Hervé Morin, président de la région Normandie

Une situation économique pour le moment catastrophique

Les impacts du confinement sur le tissu économique normands ont été désastreux. L’emploi a baissé. Les créations d’entreprises ont diminué. Les exportations ont chuté. L’endettement des entreprises a augmenté. Des fonds propres ont été bloqués. Le taux d’endettement des entreprises a haussé. Les cyberattaques à l’encontre des entreprises se sont multipliées. Les situations financières des entreprises se sont compliquées.

La période est abominable parce qu’elle est sans perspective.

Hervé Morin, président de la région Normandie
 


Sans exception, tous les secteurs stratégiques ont été pénalisés par la crise sanitaire. Leur activité a été ralentie et parfois arrêtée brutalement. Selon les secteurs, l’impact de la crise a été plus ou moins conséquent.
L’offre et la demande des activités dites essentielles à la vie de la Nation sont les rares à s’être maintenues ; celles liées aux transports, par exemple, ont chuté. Ainsi, les industries des transports, de la mobilité et des énergies associées, à la restauration et à l’hospitalité, à la culture, aux équipements industriels et aux biens de première nécessité ont été violemment touchées.
Au contraire, cependant, le confinement a eu très peu de conséquences sur le secteur numérique, épargné grâce aux recours au télétravail.
 L’activité industrielle a davantage diminué en Normandie qu’en France, de façon générale. 8 points de moins dans notre région, contre 5, au niveau national. Cette diminution a eu des conséquences directes sur l’emploi qui a reculé lui aussi.
L’emploi a chuté de 32 % en Normandie. Une chute quasi-équivalente à la baisse nationale qui est de 33 %, au cours des deux premiers trimestres de 2020. Précisément, l’emploi salarié était en progression, depuis 3 ans avant de diminuer de 2,4% lors du premier trimestre 2020. C’est une chute historique ; la plus importante depuis 2000. Le secteur privé, lui, descend à 3%.
Les demandeurs d’emplois sont ainsi plus nombreux. 290 720, en moyenne, d’avril à juin 2020, soit 16 190 chômeurs de plus.De janvier à mars 2020, le pourcentage de création d’entreprises a baissé de 8,4. Principalement, au sein des micro-entreprises. Tous les secteurs ont enregistré un déclin des naissances mais elle a été beaucoup plus importante dans le commerce, le transport et l’hébergement-restauration. Ce dernier secteur comptabilise une baisse de 15,5%. 10,4% pour la construction. 8,4 pour l’industrie.

Les 39 actions du plan de relance

Le plan de relance de la région expose « 39 actions pour une reprise économique et durable », au sein de trois enjeux. L’urgence de la situation, tout d’abord. Une reprise et un renforcement du lien social, ensuite. L’accélération de la région dans « Le monde d’après », enfin.  
Voir la liste complète des 39 actions à la fin de cet article. 

Pour faire face à l’urgence de la situation, tout d’abord :  
1.    Un délai sur le remboursement des créances d’entreprises 
2.    L’impulsion de la relance
3.    Le Fonds national de solidarité (FNS)
4.    Paiement des entreprises de transport routier de voyageurs pendant le confinement
5.    Fourniture de masques pour les entreprises et les collectivités
6.    Création d’un fonds d’urgence culture
7.    Création d’un fonds d’urgence sport
8.    Accompagnement spécifique de la filière touristique
9.    Soutien spécifique à la filière agricole de proximité


Pour créer les conditions d’une reprise et renforcer le lien social, ensuite :  
10.     L’impulsion de la relance +
11.     La création du fonds d’investissement Normandie Rebond
12.     La création d’un dispositif d’intervention sous forme de quasi fonds propres afin de permettre le remboursement des PGE
13.     Le prêt Trésorerie Covid 19
14.     Le prêt RTebond (en partenariat avec la BPI)
15.     Le maintien de la rémunération des stagiaires et accompagnement des organismes de formation
16.     Le soutien aux salariés en reconversion vers les métiers du sanitaire et social et aux salariés précaires
17.     La revoyure des contrats de territoires
18.     Un plan de relance régional de l’export
19.     Le renforcement des fonds de prêts d’honneur
20.     La création d’un fonds régional de garantie gratuit
21.    Le financement de stage de formation en entreprises pour les jeunes diplômés
22.     Le renforcement de l’accompagnement des entreprises de formation
23.    La relance de l’économie sociale et solidaire 
24.     L’accompagnement des acteurs culturels dans les projets de relance de leurs activités
25.     L’accompagnement des acteurs du monde sportifs dans la relance de leur activité
26.     Le soutien à Brittany Ferries, avec la région Bretagne
27.    Le renforcement massif de l’investissement public régional


Pour accélérer l’entrée de la Normandie dans le « Monde d’après », enfin :  
28.     Le Datacenter régional
29.     Le DataLab Normandie
30.     « Local matters » : les cercles d’affaires normands
31.     L’accent sur le parrainage territorial du recrutement en créant du réseau pour ceux qui n’en n’ont pas
32.     La revitalisation des centres-villes de Normandie
33.     La mise en œuvre concrète d’une démarche de compensation environnementale. 
34.     La structuration de l’offre de parcs d’activités
35.     Normandie Carbone
36.     Le soutien, financier aux audits RSE des entreprises
37.     Le soutien financier aux audits cyber-sécurité des entreprises
38.     Le renforcement et le développement de la filière hydrogène normande
39.     L’anticipation des risques industriels : projet de recherche COP HERL 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
région normandie politique fusion des régions réforme territoriale économie covid-19 santé société