Pourquoi les gérants de salle de cinéma s'inquiètent de la fréquentation ?

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Les salles obscures n'ont toujours pas retrouvé leur fréquentation d'avant la pandémie de Covid-19. Les exploitants multiplient pourtant les initiatives.

Les cinémas, comme tout le milieu de la culture, ont connu de longues périodes de fermeture durant la pandémie. En 2021, les salles sont restées closes pendant 138 jours au total. La reprise de l'activité avec port du masque et un siège sur deux laissé libre (sans oublier l'interdiction de manger dans les salles) n'a pas aidé à attirer les foules. Et depuis, les salles obscures restent en partie inoccupées.

Les chiffres publiés par le CNC, le centre national du cinéma sont claires. La fréquentation en France a baissé de 55% entre 2019, année de référence avant la crise du Covid, et 2021.

Les cinémas des villes moyennes moins touchés

Dans les villes moyennes de la région, la baisse est moins marquée. Ainsi à Yvetot, la chute de fréquentation est de 19%,  à Elbeuf de 17% et à Fécamp de 25%. La perte d'activité est plus marquée dans les multiplexes normands. Au Grand-Quevilly et à Rouen dans les cinémas Pathé / Gaumont, la baisse est de 35%.

Les raisons de ce désamour pour les salles obscures

 Pour beaucoup de patrons de salles, c'est une suite logique de la crise sanitaire.  Le télétravail est pointé du doigt par les gérants de cinéma. Après une journée à la maison, le public n’a pas forcément envie de sortir pour voir un film. Et si la motivation est là, il faut parfois parcourir quelques dizaines de kilomètres pour se rendre au cinéma, l'augmentation du prix des carburants peut être un frein. 

Dans un sondage commandé par le CNC, les personnes interrogées évoquent d’autres raisons :

  • 38% d’entre elles ont carrément perdu l’habitude d’aller au cinéma  
  • 36% trouvent le billet trop cher (certaines séances en 3D coûtent près de 20€ par personne)
  • 23% critiquent la programmation, pas forcément à leur goût  

La part de marché du cinéma français recule à 40,6 % (45 % en 2020). En revanche, les grosses productions américaines progressent. Surtout, le CNC note une concentration des entrées sur quelques films : en 2021, les 30 films les plus performants totalisent 55,9 % des entrées annuelles (51,2 % en 2020), un record sur les dix dernières années.

Se démarquer de l'offre des plateformes

Les différents confinements ont accéléré les abonnements aux plateformes de streaming partout dans le monde. L'offre s'est également élargie avec l'arrivée de Disney + et le renforcement des productions des plateformes Apple TV + et Amazon Prime.

Désormais, le cinéma doit se réinventer et en proposer plus. 

Sur Top Gun, on a fait venir l'armée de l'air et la Marine nationale pendant une semaine. Le public pouvait essayer des simulateurs de vol en amont et après découvrir le film. Pour le nouveau blockbuster Jurassic qui sort dans dix jours, on va essayer de faire venir une jungle. On a fait des dégustations de thé et accueilli des musiciens pour Downton Abbey.

Arnaud Delalondre, directeur du cinéma Gaumont de Grand-Quevilly

L'offre cinématographique est aussi complexe. De nombreux tournages ont été perturbés par la pandémie, entraînant des retards sur les sorties de film attendus. Par ailleurs, les longues fermetures ont entrainé un phénomène d'embouteillage, avec beaucoup de longs métrages diffusés en même temps lors de la réouverture des salles. Certains n'ont pas eu la chance de trouver leur public sur une durée de sortie restreinte.