Près de Rouen, jouer au tennis aide ces femmes à lutter contre le cancer du sein

Au club de Mont-Saint-Aignan, une trentaine de femmes en cours de traitement contre un cancer du sein s’essaient chaque année à la petite balle jaune. L’activité totalement intégrée dans le parcours de soins se révèle une source de bien-être pour le corps et l’esprit.

Yannick, qui souffre de son deuxième cancer du sein en 20 ans, découvre les bienfaits thérapeutiques du tennis.
Yannick, qui souffre de son deuxième cancer du sein en 20 ans, découvre les bienfaits thérapeutiques du tennis. © Patrice Cornily / France Télévisions

En pleine pandémie de Covid-19, elles sont les seules à pouvoir jouer en intérieur. Un privilège qu’elles partagent avec les sportifs de haut niveau du Mont-Saint-Aignan Tennis Club (MSATC).

En ce lendemain de Pâques, une dizaine de femmes qui bénéficient d’une prescription médicale multiplient les échanges sur et en dehors des courts. Agées d'une trentaine d’années pour les plus jeunes, un peu plus de 70 ans pour les plus âgées, elles luttent ensemble contre le cancer du sein.

Forcément, ça crée des liens. Et puis quand l'une ne va pas, l'autre la soutient et inversement.

Elodie, membre du programme "jeu, santé et match"

Ces femmes en cours de traitement ne se connaissent que depuis quelques semaines mais elles partagent le même programme de soins. "Forcément, ça créé des liens. Et puis quand l'une ne va pas, l'autre la soutient et inversement", confie Elodie, membre du groupe depuis septembre dernier.

Quelques mois auparavant, en mai, elle apprend qu’elle souffre d’un cancer du sein. Tout s’accélère. En juillet, l’enseignante de 40 ans démarre ses premières séances de chimiothérapie. Les soins s’enchaînent. Au centre de lutte anti-cancer Henri-Becquerel à Rouen, l’infirmière coordinatrice lui parle de ce programme de sport. En accord avec son oncologue, Elodie qui n’avait plus pratiqué le tennis depuis les années collège se remet alors à taper dans la petite balle jaune. Un nouveau souffle pour elle.

Elodie, 40 ans, a intégré le programme "jeu, santé et match" 4 mois après l'annonce de son cancer du sein.
Elodie, 40 ans, a intégré le programme "jeu, santé et match" 4 mois après l'annonce de son cancer du sein. © Patrice Cornily / France Télévisions

À la recherche d’un second souffle

"La chimio avait tendance à me créer des problèmes de tachycardie. Le tennis, il n’y a rien de mieux au niveau cardiaque. D’ailleurs, mon cardiologue m’a conseillé de continuer", s'enthousiasme Elodie. Le programme est varié. Chaque semaine, le groupe bénéficie d’une séance d’une heure trente de tennis à laquelle il faut ajouter deux autres séances de marche - nordique ou sportive - d’une heure trente chacune.

Le défi gagnant de Yannick, deux cancers du sein à 20 ans d'intervalle

Redécouvrir son corps affaibli par la maladie, c’est également le pari de Yannick qui vit son deuxième cancer du sein. Le premier était arrivé en juin 2000. A l’époque, on lui avait fermement déconseillé la pratique du sport. Depuis janvier, elle ressent au travers du tennis le bien-être physique qui lui manquait tant.

"Si le programme avait existé il y a 20 ans, ça aurait été super. L'approche a vraiment changé par rapport aux années 2000. Ici, c’est un vrai bonheur, on travaille notre bras, on récupère mieux au niveau de notre épaule et de la cicatrice", reconnaît la quinquagénaire et de poursuivre : "On gagne aussi en mobilité parce qu’au début des soins on ne peut plus beaucoup monter le bras. Du coup, le tennis nous aide énormément et puis pendant ce temps-là, on ne pense pas à la maladie".

 Il n’y a aucune contre-indication. On est dans une logique de douceur

Maël Garnesson, référent sport et santé au Mont-Saint-Aignan Tennis Club

Chaque semaine, Yannick, Elodie et les autres se retrouvent dans le cadre du dispositif « Jeu, santé et match ». Un programme lancé en septembre 2016 par le club de Mont-Saint-Aignan (MSTAC), tellement fier de son idée qu’il a déposé sa marque à l'Institut national de la propriété industrielle (INPI). Le MSATC fait appel à différents partenaires (ARS, Ligue de Normandie, Conseil Départemental, Fédération Française de Tennis) pour financer cette initiative d'un coût annuel de 23 000 euros et entièrement gratuite pour les femmes.

Un dispositif dont Maël Garnesson est la pierre angulaire depuis 5 ans. Avant de se lancer dans l’aventure, le professeur de tennis s’est largement documenté sur la maladie. Il s’est fondé sur le retour d’expérience des médecins et reste toujours en relation avec les centres hospitaliers.

Une fois les ressorts de la pathologie maîtrisés, il a adapté ses cours en fonction de la forme et du moral de chacune de ses élèves. Car les traitements engendrent beaucoup de fatigue. Maël Garnesson rassure : "Il n’y a aucune contre-indication à la pratique du tennis. On utilise des petites raquettes, des balles molles. On est dans une logique de douceur pour permettre une rééducation optimale de l’épaule".

Professeur de tennis au MSATC, Maël Garnesson adapte le matériel et ses cours à la forme et au moral de chacune de ses élèves.
Professeur de tennis au MSATC, Maël Garnesson adapte le matériel et ses cours à la forme et au moral de chacune de ses élèves. © Patrice Cornily / France Télévisions

Depuis juin 2020, Maël Garnesson travaille avec les services de la Fdération Française de Tennis (FFT) à la rédaction d'un document à l'usage des clubs et de leurs ensignants. Objectif : favoriser l'accueil du "sport santé" pour les femmes en cours de traitement du cancer du sein. 

Le Sport Santé, priorité de la Fédération Française de Tennis

Pour toutes ces femmes dont certaines sont sur la voie de la rémission, le tennis est un allié de taille qui réduit les risques de récidive et améliore le bien-être psychologique. Ses bienfaits ne sont plus à prouver. Le "sport santé" s'est d’ailleurs imposé comme une priorité de la Fédération Française de Tennis. Objectif de la FFT : développer un réseau national de clubs labélisés sport santé. 

On oublie tout, c'est notre moment à nous

Chantal, 74 ans et néophyte du tennis

Toutes le reconnaissent. Bien qu’elles ne soient pas toutes au même stade de la maladie, les sessions de tennis sont une bulle d’air, encore plus en cette période où la peur de sortir de chez soi quand on est malade est omniprésente.

"On oublie tout, c’est notre moment à nous", lance à la volée une participante. "Plutôt que de rester chez moi à ressasser mes idées noires, je préfère être ici", reprend Chantal, 74 ans qui a commencé le tennis il y a un an. C’était ce jour-là son dernier cours après trente semaines de programme sportif.

Une fois guérie, elle se voit bien venir gonfler les rangs des licenciés du Mont Saint Aignan Tennis Club. Le plus grand club normand avec ses 798 joueurs a accompagné ces cinq dernières années plus de 120 femmes en cours de traitement. 

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