Rouen : les trous d'obus du palais de justice bouchés par des Lego pour un nouveau regard sur l'histoire

Dans le cadre du festival Rouen Impressionnée, l'artiste franco-allemand Jan Vormann a entrepris, début octobre 2020, de boucher les trous d'obus laissés par la Seconde Guerre mondiale sur la façade du Palais de justice par des briques en plastique. Les avis sur cette initiative sont partagés.
Œuvre de Jan Vormann sur l'un des murs du palais de Justice de Rouen le 5 octobre 2020
Œuvre de Jan Vormann sur l'un des murs du palais de Justice de Rouen le 5 octobre 2020 © Richard Plumet / France Télévisions
Les trous d'obus, vestiges de la Seconde Guerre mondiale, criblent la façade du Palais de justice. Du 5 au 9 octobre prochain, ils ont été bouchés... par des briques de Lego.
Des trous d'obus datant de la Seconde Guerre mondiale criblent la façade du palais de justice de Rouen.
Des trous d'obus datant de la Seconde Guerre mondiale criblent la façade du palais de justice de Rouen. © Antoine Belhassen/France3 Normandie
8 octobre 2020 - œuvre sur la façade du palais de justice de Rouen
8 octobre 2020 - œuvre sur la façade du palais de justice de Rouen © Didier Meunier / France Télévisions (image extraite d'une vidéo)

Un récit contemporain de l'histoire

Lors d'une séance d'installation, et après un travail et un échange avec des enfants, l'artiste franco-allemand, a expliqué à la rédaction de France 3 Normandie le sens de sa démarche artistique :

"Il y a des gens qui passent ici tous les jours qui ne voient plus les trous. En fait il faut faire un mélange entre mettre en valeur et ne rien faire.
Là, vraiment, ce n'est pas l'idée de réparer, ni de cacher les trous. En effet, c'est pour ça qu'on choisit les briques multicolores pour qu'avec les couleurs vives que ça saute encore plus à l'œil."


Concernant les réactions négatives exprimées en début de semaine, Jan Vormann explique sa relation avec le passé et l'histoire :

"Nous, on ne propose pas une solution à comment regarder le palais de justice ou le réparer en soi, ou comment ne pas avoir de guerre, ou se protéger des bombes : nous on propose pas tout ça !
Ce qu'on veut faire c'est créer un débat sur la participation du public sur l'Histoire, sur la médiation de l'Histoire."

Je suis ravi de pouvoir ajouter, pour un court moment, mon installation qui met en œuvre et qui invite à participer aussi à revoir l'Histoire et aussi à, non pas révisionner, mais revoir les moments qui ont mené à cette destruction, et à voir comment on pourrait agir différemment dans le futur…"

Jan Vormann à Rouen le 8 octobre 2020

VIDEO - 8 octobre 2020 - Street-art au palais de justice de Rouen. Reportage : Béatrice Rabelle et Didier Meunier (montage : Pierre Léonard)

Découverte et critique

Le lundi 5 octobre 2020, sous la pluie, les passants ont découvert l'installation de briques multicolores sur les murs du palais de justice de Rouen.
En début d'après-midi, certaines pièces étaient à terre, tombées sur le pavé luisant.Le matin même, dans un long entretien accordé à nos confrères de 76 Actu, l'historien Paul Le Trévier (spécialisé notamment sur l'histoire des bombardements de Rouen en 1944) a exprimé sa désapprobation concernant cette œuvre en parlant "d'injure mémorielle" il affirme que les "blessures de l'histoire ne sont pas un terrain de jeu !" et déclare "qu'à force d'effacer les trous de l'histoire, on finit par créer des trous de mémoire".
 
Rue Saint-Lô à Rouen : œuvre  de Jan Vormann sur l'un des murs du palais de Justice le 5 octobre 2020
Rue Saint-Lô à Rouen : œuvre de Jan Vormann sur l'un des murs du palais de Justice le 5 octobre 2020 © Richard Plumet / France Télévisions

Un projet artistique

Dans le cadre du festival Rouen Impressionée, l'artiste plasticien Jan Vormann compte imbriquer des milliers de Lego pour combler les traces de la Seconde Guerre mondiale. Ce n'est pas une première pour ce sculpteur franco-allemand. New York, Berlin, Paris... Jan Vormann a déjà coloré de nombreux murs dans les coins abîmés de grandes métropoles.
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Pour réaliser son œuvre rouennaise, il a lancé un appel aux dons de Lego. Des points de collecte sont disposés un peu partout dans la ville, notamment à la mairie, dans les gymnases, les bibliothèques ou encore au centre socioculturel Simone-Veil.
VIDEO : le palais de justice de Rouen raconté par Jacques Tanguy. Réalisation (en 2010) : Richard Plumet

Des réactions diverses

L'annonce de cette œuvre n'a pas convaincu Didier Bruel, président de l'association "Les briques en folie" : "Il y a des choses plus intéressantes d'un point de vue participatif et créatif avec les Lego. Je souhaite que cela se passe bien mais je trouve dommage que l'on ne mette pas assez en lumière les expositions et les animations."

Le président de l'association explique que l'association a été contactée par la mairie, il y a un an et demi, pour d'autres projets en lien avec les Lego : "Ceux-ci ne se sont pas faits et on le regrette".

Sur les réseaux sociaux, l'initiative de Jan Vormann divise les internautes. Certains voient dans ce projet, une offense au patrimoine de la ville :
  D'autres sont plus véhements :  Suite à l'annonce de la mairie sur Facebook, quelques commentaires sont allés dans le même sens. Entre certaines critiques, des Rouennais se disent néanmoins impatients. "Hâte de voir ça !", "C'est le moment de dire adieu à vos jouets", peut-on lire sur le réseau social. D'autres appellent leurs amis à apporter leur "Lego à l'édifice".

Si l'œuvre d'art ne fait pas l'unanimité, elle est assurée de rester éphémère. La manifestation prendra fin en même temps que le festival Rouen Impressionée, le 9 octobre.

La mairie de Rouen a tenu à préciser que l'intervention de Jan Vormann ne prévoyait "que l'incrustation ponctuelle de pièces de Lego" et qu'elle "n'engendrera naturellement aucune dégradation du bâtiment : une condition indispensable pour obtenir les autorisations".
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