Un accord et des projets pour améliorer les liaisons entre Rouen et Barentin

C'est une première en Normandie : deux collectivités ont signé une "entente territoriale" pour s'engager, ensemble, sur la compétence des mobilités. Il s'agit de trouver des solutions qui concernent le train et surtout l'autoroute A150 quotidiennement saturée.
Statue de la Liberté à la sortie du centre commercial de Barentin
Statue de la Liberté à la sortie du centre commercial de Barentin © Richard Plumet / France Télévisions

C'est un accord "historique" qui a été signé le 13 juillet 2021 entre les maires de Rouen et de Barentin. "Historique" car près de 50 ans après la mise en service  de l'autoroute A150, des élus veulent agir pour améliorer et moderniser les moyens de transports entre les deux agglomérations.

La ville de Barentin, située à 15 kilomètres au nord-ouest de Rouen, est connue pour son centre commercial, l'un des plus anciens et des plus grands de Normandie.  
Et depuis 1973, nombreux sont les habitants de l'agglomération de Rouen à se rendre en voiture à Barentin pour y faire leurs achats.

A l'inverse, de nombreux habitants de Barentin, des communes de la vallée de l'Austreberthe et de cette partie sud du Pays de Caux sont tournés vers Rouen puisque 51% des actifs de ce secteur travaillent dans l'agglomération rouennaise.

Les liens entre les deux bassins de population sont donc importants, anciens et en hausse constante. Conséquence de cette augmentation de la circulation : entre Rouen et Barentin, les 15 kilomètres de l'autoroute (gratuite) A150 sont quotidiennement saturés, avec de fréquents accidents.

Depuis des années rien n'a été fait (► Lire plus bas)  pour améliorer la situation, à part un abaissement de la vitesse autorisée sur une portion du trajet.

Une entente pour un cadre commun d'actions

Sans attendre la réponse de l'Etat sur les demandes concernant l'A150 ou les gares de la vallée de l'Austreberthe, et, conscients de l'urgence de la situation, les présidents de deux intercommunalités ont décidé d'agir concrètement et rapidement en signant une entente territoriale.

"C'est un accord unique dans la région, et surtout très concret  autour d'un sujet qui préoccupe nos concitoyens d'un même bassin de vie : les mobilités. Comment je me déplace tous les jours ? C'est ça le sujet !"

Donc il faut que nos projets s'adaptent à la réalité de la vie des gens et pas l'inverse."

Nicolas Mayer-Rossignol,
maire de Rouen et président de la Métropole Rouen Normandie

VIDEO : Nicolas Mayer-Rossignol explique l'accord entre Rouen et Barentin

Cet accord entre Rouen et Barentin porte sur les questions de mobilités et comporte quatre axes de travail.

Une voie réservée sur l'A150
Pour réduire le nombre de trajets domicile-travail effectués en très grande majorité avec des voitures ne transportant qu'une seule personne, il s'agit d'étudier la faisabilité et l'expérimentation d'une nouvelle voie de circulation (en utilisant l'espace disponible au centre de l'autoroute et les bandes d'arrêt d'urgence) qui serait réservée à un "bus à haut niveau de service" entre Rouen et Barentin ainsi qu'au co-voiturage.

Autoroute A150 entre Barentin et Rouen.  Au centre : un espace disponible pour un projet de voie réservée à "un bus à haut niveau de service"
Autoroute A150 entre Barentin et Rouen. Au centre : un espace disponible pour un projet de voie réservée à "un bus à haut niveau de service" © France Télévisions

Relancer les liaisons ferroviaires
Avec un trajet de seulement 15 minutes entre Barentin et Rouen, le train est une solution très intéressante. Mais ces dix dernières années, le nombre de voyageurs n'a cessé de baisser car l'accès à la gare est difficile, dangereux et sans parking.

Alors que de nombreux élus locaux se battent pour conserver leur gare, les maires de Pavilly et Barentin demandent la suppression de leur gare (distantes de seulement 3 kilomètres) au profit d'une nouvelle gare multimodale accessible, et connectée aux bus, au co-voiturage, vélos…

Une étude est lancée pour trouver, avec la Région de Normandie et la SNCF,  le meilleur emplacement et l'infrastructure la plus adaptée pour développer l'usage du train dans les déplacements quotidiens

Vue générale de Barentin (Seine-Maritime) avec à droite le viaduc SNCF qui enjambe la vallée de l'Austreberthe
Vue générale de Barentin (Seine-Maritime) avec à droite le viaduc SNCF qui enjambe la vallée de l'Austreberthe © Richard Plumet / France Télévisions

Développer et favoriser le co-voiturage
Pour réduire le nombre de voitures sur des trajets quotidiens entre Barentin et Rouen, une nouvelle aire de co-voiturage va être créée à Barentin en 2021, à l'entrée de l'A150, près du centre commercial.

Un programme d'incitation au co-voiturage va être lancé par la Métropole Rouen Normandie avec la création de parcours de co-voiturage (un peu comme des lignes de bus) avec un trajet et des arrêts prédéfinis et indiqués par une signalisation spécifique.  

En complément, une application adaptée va être déployée pour permettre une souplesse d'utilisation présentée comme une sorte "d'auto-stop numérique".

Voie verte et déplacement à vélo
Dernier point de l'accord sur les mobilités signé entre la Métropole Rouen Normandie et la communauté de communes Caux Austreberthe, celui portant sur la voie verte. Equipement touristique prisé des randonneurs, cette longue piste cyclable est aussi de plus en plus utilisée au quotidien pour se rendre au collège, au lycée ou pour rejoindre son lieu de travail.

Elle est aménagée sur l'ancienne ligne de chemin de fer de fret qui allait de Pavilly à Caudebec-en-Caux via Duclair. Comme un symbole du rapprochement des deux intercommunalités, la partie sud de la voie verte va enfin être reliée à la partie nord.

Barentin : piste cyclable de la voie verte aménagée sur le tracé d'une ancienne ligne de chemin de fer
Barentin : piste cyclable de la voie verte aménagée sur le tracé d'une ancienne ligne de chemin de fer © Google Street View

"Chiche" : les élus interpellent l'Etat

C'est avec une nouvelle compétence acquise par la communauté de communes Caux Austreberthe, que l'entente territoriale entre Rouen et Barentin a été rendue possible comme l'explique Christophe Bouillon :

"On a profité de la loi d'orientation sur les mobilités qui offre cette possibilité pour des territoires comme le nôtre pour prendre cette compétence et faire des choses derrière. Il y a donc une opportunité, une volonté politique, maintenant il faut être dans le concret !"

L'Etat a dit qu'il était important qu'on développe le transport du quotidien ?
Moi, j'ai envie de dire à l'Etat : "chiche !"
Quand nous avez la chance d'avoir deux collectivités qui prennent les choses en main, qui ont des projets, qui se donnent les moyens d'aller un peu plus loin que de simples idées pour rendre concret tout cela : il faut que l'Etat soit au rendez-vous !
Faut que l'Etat nous accompagne ! "

Christophe Bouillon,
maire de Barentin et président de la communauté de communes Caux Austreberthe

VIDEO : Christophe Bouillon évoque l'avenir des liaisons Barentin-Rouen

A l'Etat donc de répondre aux signataires de cette nouvelle et rare entente territoriale, notamment sur la question des financements des chantiers à venir. Mais alors que les accès du pont Flaubert ne sont toujours pas terminés et que l'A150 est saturée, un autre dossier est en cours et divise : celui de la construction et des budgets alloués à une nouvelle autoroute (payante) à l'est de Rouen, projet également appelé contournement est de Rouen. 

Quel avenir pour le centre commercial de Barentin ?

Christophe Bouillon, maire de Barentin et président de la communauté de communes de Caux Austreberthe, avant les 50 ans du centre commercial du Mesnil-Roux créé par André Marie, a lancé une étude pour préparer l'adaptation  au contexte actuel de cet immense ensemble conçu à l'époque du tout-voiture. Parmi les pistes : le rendre accessible aux clients venant en transports en commun, y faire circuler des navettes internes, y installer de lieux de loisirs…

Une autre aspect de l'étude concerne le nombre de grandes surfaces actuellement inoccupées et vides (comme les magasins Fly ou Alinéa qui ont fermé), alors que d'autres continuent paradoxalement de se construire en périphérie.

Sortie du centre commercial de Barentin au niveau du rond-point de la statue de la Liberté
Sortie du centre commercial de Barentin au niveau du rond-point de la statue de la Liberté © Richard Plumet / France Télévisions

Une autoroute A150 saturée et dangereuse

Cette autoroute construite en 1974 et gérée par l'Etat, n'a pas de voie réservée aux véhicules lents dans la longue montée à la sortie de Rouen. Par ailleurs, son raccordement à l'autoroute A13 (via la Sud 3 sur la rive gauche de la Seine) se fait très difficilement et au ralenti puisque les accès au coûteux pont Flaubert ne sont toujours pas réalisés (les travaux côté sud n'ont pas commencé, et au nord, les études préparatoires ne sont pas encore programmées…)

En 2013, dans l'objectif de réduire le nombre d'accidents, Yvon Robert, alors maire de Rouen avait émis l'idée de demander à l'Etat de "déclasser l'A150 en simple voie de circulation".

L'A150 à la sortie de Rouen en direction de Barentin- Archives
L'A150 à la sortie de Rouen en direction de Barentin- Archives © France Télévisions

En février 2021, après la mort d'une jeune conductrice et une vingtaine d'accidents en deux mois, huit maires de la région rouennaise avaient demandé à l'Etat de faire des travaux sur l'A150 afin de créer une voie montante pour les camions et véhicules lents, rappelant que l'espace avait été prévu pour cela en 1974.

 Pour faire bouger les choses, une autre difficulté résidait du côté des élus locaux puisque, contrairement à la commune du Trait, située deux fois plus loin de Rouen que Barentin (30 kilomètres), la commune de Barentin ne fait pas partie de la métropole Rouen Normandie, mais de la communauté de communes Caux-Austreberthe  

Et pendant longtemps ces deux  intercommunalités voisines n'ont envisagé ni rapprochement ni action commune, restant chacune dans leur périmètre territorial respectif.

Après les élections municipales de 2020, deux nouveaux maires ont été élus : Christophe Bouillon à Barentin et Nicolas Mayer-Rossignol à Rouen. Dans la foulée des municipales, ils ont été également élus président de leur intercommunalité.

Christophe Bouillon est ancien député, ancien maire de Canteleu et ancien 1er secrétaire du PS de Seine-Maritime. Quant à Nicolas Mayer-Rossignol, lui aussi socialiste, il a été le dernier  président du conseil régional de Haute-Normandie.

Ces deux élus, au-delà des frontières administratives des "territoires" (abstraites pour la plupart des habitants), ont décidé en 2021 de travailler en commun et de façon volontariste sur le domaine des mobilités en tenant compte des besoins concrets de la population.

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