Vaccination anti-covid : modification de l'ADN, inefficacité sur le variant delta, le point sur les fausses rumeurs

Publié le Mis à jour le
Écrit par Marie Lorillec

Il est parfois déroutant de tenir une simple discussion sur la vaccination anti-covid. Des théories les plus fumeuses semblent relayées plus vite que la lumière. Des affirmations tellement étonnantes qu'il y a de quoi rester perplexes. Alors comment démêler le vrai du faux ?

"Le vaccin ARN modifie l'ADN" : non

C'est le type d'affirmation à laquelle vous répondez spontanément : "bah non" et pendant que votre interlocuteur  tente de vous expliquer (assez approximativement) le fonctionnement du vaccin à ARN messager, vous réalisez que vous n'avez pas les clés pour lui prouver le contraire que non, le vaccin anti-covid ne modifie pas l'ADN. Enfin vous finissez par espérer vous aussi que la réponse est non...

Et d'abord d'où vient cette idée ? 

Selon les anti-vaccins, la prix Nobel Emmanuelle Charpentier aurait affirmé lors d'une conférence que "l'ARN a pour but de modifier le génome humain". Et les vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna utilisent l'ARN. Les propos tenus par la chercheuse française il y a plus de quatre ans ont été détournés alors qu'elle évoquait les "ciseaux génétiques" qui lui ont valu son prix Nobel. Si vous voulez savoir pourquoi le mot ARN a été prononcé à un moment de sa démonstration (et c'est technique...), je vous invite à lire l'article de nos confrères de FranceInfo. Toujours est-il qu'il n'y a aucun lien entre ces travaux, le vaccin ARN et donc avec le vaccin Covid.

Alors comment ça marche le vaccin à ARN messager ?

Astrid Vabret, virologue au centre hospitalier de Caen, explique le plus simplement possible, le "mode d'emploi" du vaccin à ARN messager : "on met un petit bout du matériel génétique du virus dans nos cellules, dans le cytoplasme. Dans la cellule, il y a le noyau, où est notre matériel génétique et le cytoplasme, qui est l'usine à faire toutes nos protéines etc. Il arrive dans la cellule et il utilise notre matériel cellulaire pour fabriquer la protéine qui va se présenter à la surface de nos cellules. Notre système sait que c'est étranger et donc il sait qu'il va falloir falloir fabriquer des armes pour ça. Donc il fabrique des cellules qui nous font fabriquer des anticorps. On sait que ces ARN là sont en petits bouts et ne persistent pas dans la cellule donc sont rapidement détruits. Donc c'est une arme, on va dire précise, élégante, qui arrive au bon endroit, qui fait ce qu'il faut et qui ensuite s'autodétruit".

L' article du Figaro, ci-dessous, sur l'ARN messager propose des schémas pour comprendre son fonctionnement  : "pour pouvoir fabriquer des protéines... la cellule a besoin d’un plan bien précis. Elle va alors réaliser une copie de la "recette" contenue dans le noyau. Le duplicata ainsi généré constitue le fameux ARN messager. Celui-ci est ensuite exfiltré en dehors du noyau, dans le cytoplasme. Adressée directement aux ribosomes, sans passer par le noyau des cellules, cette molécule n’interagit pas avec l’ADN." Il s'agit d'une copie d'un code, pas de prélèvement d'ADN. 

Comme l'explique l'Inserm, l'Institut national de la santé et de la recherche médicale, "les originaux restent au coffre, les copies sont transmises à l’usine". Les ARN messagers (ou ARNm) sont comme ces copies, des molécules chargées de transmettre l’information codée dans notre précieux génome, pour permettre la synthèse des protéines nécessaires au fonctionnement de nos cellules. Attention, ce message s’autodétruira rapidement : les ARN messagers sont en effet des molécules très fragiles. Concrètement, il s’agit donc d’administrer un ARN messager qui correspond au plan de fabrication d’une protéine du microbe ciblé, qui ne risque pas de nous rendre malade mais contre laquelle l’organisme va s’entraîner à lutter."

Le vaccin est-il inefficace sur le variant Delta ? non

Une vaccination complète empêche le patient de développer des symptômes liés au Covid 19 en cas de contamination par la souche classique dans 90% des cas (c'est-à-dire que sur 100 personnes, 10 peuvent malgré tout développer la maladie). Un résultat qui n'est pas le même selon la souche de virus.

Ainsi, le variant Delta fait chuter cette proportion à 80% pour les sérums Pfizer/BioNTech et Moderna et à 60% pour AstraZeneca, d'après une étude britannique menée par Public Health England. Les vaccins anti-Covid sont "4 à 5 fois moins efficaces contre le variant Delta", selon Timothée Bruel, chercheur du laboratoire virus et immunité à l'Institut Pasteur, interrogé par TF1.

Point important, si le vaccin Pfizer est moins efficace face au virus Delta, il révèle une très grande efficacité face aux formes graves. "Après deux doses, le vaccin Comirnaty développé par l'alliance Pfizer-BioNTech s'avère efficace à 96% contre les risques d'hospitalisation liés au variant Delta, selon une étude à l'état de prépublication (en anglais) menée du 12 avril au 4 juin par les autorités sanitaires anglaises, mise en ligne le 14 juin. Après une seule dose, le taux d'efficacité estimé s'élève déjà à 94%, selon les auteurs de cette étude en cours de revue critique. Il s'agit de résultats plus encourageants que face au variant Alpha, identifié au Royaume-Uni (83% d'efficacité après une dose et 95% après deux doses)."

Retrouvez l'article complet de France Info sur l'efficacité des vaccins, labo par labo :