Voile : rencontre avec Clément Giraud qui rêve d'un deuxième Vendée Globe

Arrivé vingt-et-unième du dernier Vendée Globe, le varois est de retour à La Rochelle, port d'attache de son 60 pieds. Il prépare la prochaine Transat Jacques Vabre qu'il courra évidemment avec son ami Erik Nigon. 

Le 16 février, Clément Giraud franchissait la ligne d'arrivée de son premier Vendée Globe.
Le 16 février, Clément Giraud franchissait la ligne d'arrivée de son premier Vendée Globe. © J-M LIOT/Alea

C'est au bar du Gabut, son QG rochelais en face du bassin des chalutiers, que nous retrouvons l'éternel sourire de Clément. Pendant 99 jours, 20 heures et huit minutes, les petites vidéos qu'il envoyait du bord de son bateau nous donnaient l'impression que le Varois ne s'en départissait jamais de ce visage épanoui et rayonnant. La banane, toujours, contre vents et marées. Pourtant, cette aventure du Vendée Globe avait été tout sauf une promenade de croisière. 

Un départ "à l'arrache" comme disent les marins, mais une aventure hors du commun pour Clément Giraud sur ce Vendée Globe 2020.
Un départ "à l'arrache" comme disent les marins, mais une aventure hors du commun pour Clément Giraud sur ce Vendée Globe 2020. © JM Liot/Alea

Tout avait très mal commencé le 21 octobre 2019 au Havre avec l'incendie de son voilier à quelques jours du départ de la Transat Jacques Vabre. Un mois et demi plus tard, son sponsor principal jetait l'éponge et les rêves de tour du monde en solitaire s'éloignaient sérieusement de l'horizon. Intervient alors dans le scénario une péripétie forcément inattendue que les marins appellent "la solidarité des gens de mer". Le skipper Erik Nigon décide de prêter son bateau à Clément pour la course qualificative entre Brest et Charleston aux Etats-Unis.

Faute de partenaires financiers, Erik, finalement, cèdera donc la place à son camarade qui, in extremis, réussit, lui, à embarquer deux sponsors, Jiliti et La Compagnie du Lit, dans son délire de circumnavigateur. Pour être sur la ligne de départ, c'est à une véritable course contre la montre que Clément et toute son équipe vont se livrer, là, en face du bar du Gabut. La suite vous la connaissez.

Le 7 novembre prochain retour donc là où tout a très mal commencé, Le Havre. Evidemment, c'est avec Erik Nigon que Clément Giraud va participer à la Transat Jacques Vabre, cap sur Fort de France en Martinique. Sous le soleil printanier du vieux port, il nous parle du Vendée bien sûr, d'Erik, de mer et de La Rochelle.

La banane, toujours, contre vents et marées.
La banane, toujours, contre vents et marées. © C.Giraud/la Compagnie du Lit-Jiliti

C’est facile de se projeter après un Vendée ? On débarque après plus de trois mois seul en mer et on pense à demain ?

Oui, direct, même avant de débarquer. J’ai fait une bonne remontée de l’Atlantique avec une super dynamique. Je ne rêvais que d’une chose, c’était d’un nouveau départ, qu’on puisse remettre les compteurs à zéro parce que j’avais compris plein de choses sur le bateau. Donc nécessairement tu te projettes et quand on est arrivé, on a tout de suite senti la volonté des partenaires d’aller un petit peu plus loin et de capitaliser sur le Vendée Globe. Les retombées ont été incroyables. Ils attendaient 100, ils ont eu 10 000 ! Ça a été une super course, il n’y a jamais eu aussi peu d’écart entre le premier et le dernier. Contrairement à ce qu’on pouvait s’attendre, c’était très homogène. Du coup, le contrat était censé s’arrêter en mars et ils ont mis une petite rallonge pour aller jusqu’à la Jacques Vabre. Le but, c’est donc de remettre le bateau le plus vite à l’eau et d’aller naviguer.

De repartir avec Éric, c’est une façon de boucler la boucle ?

On n’y avait réfléchi avant le Vendée et, d’emblée, je lui avais dit « on la fait tous les deux cette transat ! ». Et là, il m’avait dit « c’est peut-être mieux que tu partes avec quelqu’un de meilleur, un grand nom de la voile qui pourras t’apporter plus de com »… Je lui ai dit : « de quoi tu me parles ! On y va pour se faire plaisir, même si on sait qu’on ne va pas la gagner cette Jacques Vabre avec ce bateau». « Ouais mais untel ou untel, ça serait quand même mieux », il me répond. Il réfléchissait déjà dans ses termes là. Mais un quart d’heure après, il m’envoyait un texto ! «Finalement à y réfléchir…» En fait pour nous, c’était un non sujet.

Le 16 février dernier, Erik Nigon était évidemment venu aux Sables d'Olonne accueillir son ami.
Le 16 février dernier, Erik Nigon était évidemment venu aux Sables d'Olonne accueillir son ami. © JL Carli/Alea

Le plaisir, j’imagine, c’est aussi de retrouver ce bateau ?

Après la course, j’avais fait le petit convoyage entre les Sables et La Rochelle une semaine et demi après l’arrivée. J’avais laissé les clés au gars, à la limite j’étais parti me coucher. J’avais envie de passer encore une nuit à bord. Mais, là, oui, je me languis de repartir avec lui, de refaire une histoire. Ça aurait été très sympa d’avoir un nouveau bateau, mais on n’a pas les finances pour ça. Aujourd’hui en tout cas, j’espère que ça pourra se faire plus tard. Après bien sûr, quand tu débarques, il te faut un petit temps de repos. On a eu trois ans très agités avec de grosses doses d’ascenseurs émotionnels du début jusqu’à la fin. Donc maintenant, on a envie que ça continue mais d’une manière plus normale, plus linéaire. On a envie de trouver un rythme de croisière.

L'arrivée aux Sables, un souvenir inoubliable et, aujourd'hui, l'envie de repartir.
L'arrivée aux Sables, un souvenir inoubliable et, aujourd'hui, l'envie de repartir. © JM Liot/Alea

L’idée, c’est de repartir sur le prochain Vendée ?

Ah oui ! J’aimerais vraiment faire le prochain Vendée. On met tout en œuvre aujourd’hui pour ça. Mais pas avec ce bateau-là, j’ai fait ce que j’avais à faire avec lui, je pense, et puis ce n’est pas le mien d’abord. Mais si j’y vais, c’est avec un bateau plus performant, plus récent, plus optimisé. Mais c’était le bateau parfait pour un premier Vendée Globe. Il a fait le job avec une préparation dans l’urgence incroyable. On était quinze à bosser pendant un mois et demi en permanence. On avait engagé une cheffe cuistot pour manger le midi, on ne s’arrêtait même pas une heure, on blaguait un bon coup et chacun repartait à ses affaires avec la banane. C’était une fourmilière humaine pendant un mois et demi, une aventure humaine juste fabuleuse. Si on peut travailler de façon plus calme maintenant, ça ne serait pas plus mal.

La Rochelle, ça reste la base ?

La Rochelle, c’est le port d’attache du bateau. Il était hors de question d’aller ailleurs. On y a nos habitudes, nos infrastructures. Maintenant, avec la victoire de Yannick (Bestaven, ndlr), même s’il est trop tôt pour parler de pôle course au large, on espère tous qu’il y ait par exemple des locaux qui puissent se libérer pour les coureurs et rentrer nos bateaux sous des hangars, ne serait-ce que pour une question environnementale. Quand on voit tout ce qu’on fait sur ces voiliers de 20 mètres, il faut des chantiers adaptés pour travailler dans de bonnes conditions. Pour les questions portuaires, manutentions, sorties d’eau, stockages, aides financières avec la « commission mer », il n’y a rien à dire. Ils font un super boulot. Ce dont on a besoin aujourd’hui, c’est de rentrer les bateaux à l’abri et de pouvoir accueillir les gens. Sans parler des problèmes de logement, quand on est obligé de recevoir nos partenaires au bord du quai, ça me brise un peu le cœur. Ça ne fait pas très pro, alors qu’on l’est. Je pense que je ne suis pas le seul à le penser. Mais pour la préparation, La Rochelle, c’est exceptionnel.

 

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